La « Zwischennutzung » l’utilisation intermédiaire en français, souligne dans la langue allemande cette idée de l’entre-deux, l’entre-deux périodes, deux espaces, deux usages…La Zwischennutzung du Palais de la République est le parangon de ce phénomène urbain.Le sort du bâtiment n’a pas été scellé tout de suite en 1990, mais après son désamiantage en 2001, lorsque la sentence démocratique est tombée : qu’on lui coupe la tête !
C’est alors que les « professionnels de la « Zwischennutzung » sont intervenus : artistes, architectes, citoyens créatifs qui depuis 17 ans n’ont de cesse de s’emparer des friches industrielles, des bâtiments administratifs de feu le régime de Pankow, des immeubles laissés vides par le départ massif de citoyens de l’ex-RDA, pour en faire un usage politico-artistico-culturel.
Donc, au Palais, régnait en 2002, une ambiance un peu morose. Le squelette de verre et d’acier était désormais purifié de la substance cancérigène (ou presque, voir les déboires du « démontage sélectif » cf. La Gazette n°5). A part le concierge qui veillait sur le palazzo prozzo, personne, pas même le peuple n’avait plus ses entrées au Palais.
Amélie Deuflhard, directrice des Sophiensäle, ancien local syndicaliste transformé en salle de spectacle au début des années 90 a battu le rappel des troupes : « Nous avons voulu faire de cette « Zwischennutzung » un générateur d’idées pour repenser le centre historique de Berlin, pour accueillir une culture qui ne soit pas élitaire, pour rendre vivant nuit et jour, un centre qui, avec ses musées, ses églises et son ministère se vidait à la nuit tombée. »
Le propriétaire, c’est-à-dire l’Etat fédéral, a donné son accord à force de persévérance. Et tous les artistes qui ont participé aux festivals « Volkspalast » de 2003 à 2005 ont réalisé des créations abordant toujours des thèmes politiques et sociaux.
En se référant au centre Georges Pompidou et aux maisons de la culture française, les instigateurs de la « Zwischennutzung » ont clairement affiché leurs objectifs : « On a voulu toucher des gens de tous les âges et de tous les milieux avec le Hip-Hop, les concours de freezbee, le spectacle de Sasha Walz, la ville sur l’eau, les chants ouvriers chantés par des chœurs… etc.
Son ultime création en forme de testament fut cette montagne blanche installée à l’intérieur du Palais en août 2005, une montagne dans un palais, aussi incongrue que la perspective d’un château prussien sur les ruines d’un palais du Peuple.
Dominique Treilhou,
Envoyé spécial sur le chantier de démantellement du Palais de la République!
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