Qui se douterait que nombre d’expressions populaires allemandes proviennent directement du yiddish, cette langue parlée par les Juifs ashkénazes ? Schmusen (bavarder), Pleite (banqueroute), Kaff (patelin), autant de mots employés quotidiennement dans l’ignorance de leur origine. Si l’on connaît la prégnance des dialectes allemands du Moyen-Âge sur la langue juive laïque, on oublie souvent que l’influence fut réciproque. C’est, entre autres, au Dr. Althaus, professeur de linguistique à l’Université de Trèves, que l’on doit cette redécouverte. Ce spécialiste a mis au jour un aspect de la « symbiose » qui continue d’exister entre la communauté juive et l’Allemagne : « Les mots yiddish sont aujourd’hui une composante de la langue allemande, restreinte mais riche en couleurs et puissamment expressive. »
Vecteur d’une mémoire, celle des drames mais aussi celle d’une culture particulière, le yiddish reflète, par sa syntaxe et son vocabulaire, les liens étroits qui ont dominé l’histoire des Juifs ashkénazes et du pays de Mendelssohn. Le linguiste établit ainsi que 70 à 80% des éléments de cette langue sont d'origine allemande, 15 à 25% d'origine hébraïque et 5 à 10% d'origine slave. Le premier nom du yiddish ne fut-il pas taytsh, soit « allemand » ? Aujourd´hui, c´est aux Etats- Unis, terre d´accueil des Ashkénazes fuyant les pogroms du 19ème s. puis le nazisme, que le yiddish est le plus parlé. En Allemagne, de nombreuses initiatives ont pour ambition de redonner à cette langue l’importance et le rôle qui furent les siens : les cours proposés la Volkshochschule sont pris d’assaut et les études de Judaistik affichent un succès croissant…
Aurore Peyroles