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 Comment se faire un « wholetrain » ?
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Comment se faire un wholetrain - Alerte à la bombe dans le métro munichois
Pas facile d’être un tagueur. David est le leader du KSB (entendez : Keep Steel Burning), un gang d’accros du graffiti perpétuellement sur le qui-vive. Non seulement les flics sont à leur trousse et ne les lâchent pas, mais voilà qu’ATL, une bande rivale, est en passe de leur chiper la suprématie sur le turf munichois avec leurs « burners », ces fresques géantes dont ils ont réussi à recouvrir plusieurs voitures de métro. En liberté sur parole à la suite d’une condamnation pour vandalisme, David hésite à se mouiller davantage. Mais mu par sa loyauté envers le reste de la bande – une tribu à la composition très « tendance » : Tino, un jeune père plus habile à manier l’aérosol que les couches culottes, Elyak, le Turc deuxième génération et enfin Achim, le p’tit nouveau, fils de riches et par conséquent un peu suspect - David se résout à engager la bataille finale: se faire un « wholetrain », grapher un train de voyageurs tout entier.
Gangs rivaux aux logiques, règles et code de l’honneur endogènes, fuite en avant, flics peu amènes, le réalisateur Florian Gaag nous entraîne dans les arcanes d’une subculture qu’il connaît bien pour en avoir été lui-même un membre durant ses années munichoises. Financé avec des bouts de ficelles, Wholetrain n’en est pas moins un premier film nerveux à l’esthétique riche : somptueux graffitis (Gaag a persuadé les stars de la scène munichoise des années 1990 Won, Cemnoz, Neon et le New-Yorkais Pure de mettre leur talent à contribution) ainsi qu’un soundtrack original qui ne décevra pas les amateurs de hip hop (KRS One, Freddie Foxxx, O.C., Afu-Ra, Planet Asia, Grand Agent, Tame One, etc.). Quant à l’essence même du graffiti, art périssable par excellence, elle est parfaitement rendue à travers une série de scènes efficaces et bien rythmées, telle celle où le gang de David risque l’arrestation pour faire une photo de la rame qu’ils ont graphée la nuit précédente. Condamnés à disparaître sous le rouleau lessiveur des équipes de nettoyage publiques (parfois pas plus tard que le lendemain), à moins qu’ils ne soient « crossés » /recouverts par la bombe d’une autre bande, les exploits des taggers ne survivent en effet qu’à travers leur documentation photographique, trophées ultime au royaume des œuvres éphémères. On saura gré à Gaag de ne pas chercher à pontifier – « graffiti : art ou délinquance ? » – et d’avoir risqué un scénario qui transcende le simple pittoresque urbain pour explorer une passion qui défie la raison, les amitiés viriles qu’elle génère et la transition vers l’âge adulte : Wholetrain est aussi un film initiatique émouvant.
Primé d’une mention spéciale dans la section « Perspective du Film Allemand » à Berlin, montré à Cannes, « Wholetrain » jouit déjà d’un succès d’estime et devrait rencontrer les faveurs d’un public international jeune. Un nouvel et convaincant exemple de la créativité du jeune cinéma allemand.
Nadja Vancauwenberghe