
Il a tout du jeune et ambitieux vendeur, aux dents si longues qu’elles ont percé une canalisation d’égouts… Le costume profilé, la coiffure soulevée par une parfaite vague américaine. Poignée de main virile pour Bernd, salutation distinguée pour Monique. Il n’oublie pas de lancer un clin d’œil complice à Thomas qui le regarde avec de gros yeux ronds inquiets. Un sourire poli à la laine de verre, qui doit fendre chaque matin un miroir. Bernd et lui échangent quelques mots. Il comprend que la « Frau » est une « Madame » : il s’empresse alors de faire une démonstration de ses quelques expressions apprises lors d’un séjour en France… Monique mime parfaitement la femme conquise, et Bernd qui a deviné son jeu, lui lance un regard à la fois amusé et réprobateur.
Bientôt, le vendeur les invite de la main à le suivre jusqu’à son bureau. Elle comprend à demi-mot ce que peuvent se dire les deux hommes : elle a déjà entendu quelques termes dans la bouche de Bernd, lorsque celui-ci a tenté de lui expliquer les démarches de l’achat d’une voiture en Allemagne, avec ce flegme germanique qui veut transformer le concept le plus compliqué en la théorie la plus simple, et ne fait, en fin de compte, que souligner l’ignorance de l’interlocuteur. « Ne sais-tu pas ce qu’est la TÜV ou le Kraftfahrtsbundesamt, ma chérie ? C’est pourtant simple… »
Il faut dire que la voiture est un univers étranger à Monique ; les ailerons, le drapeau confédéré sur le capot, les barres d’uranium luminescentes sous l’essieu, la radio 16000 Watts… Non, cela n’a jamais été pour elle. Elle se moque gentiment de la lubie de Bernd ; lui, le Mad Max de Ravensburg, le Michael Knight de la ligne Berlin-Rostock ! Elle n’a jamais fait partie des filles prêtent à courir après le garçon en décapotable…
Le vendeur ouvre devant eux un catalogue ; Monique voudrait une voiture simple, minimum d’options, une citadine, chic et débrouillarde. Bernd, lui, cherche la monture qui lui permettra de dévaler le bitume, le monstre fulminant sous sa montagne d’acier. Le vendeur a naturellement choisi son camp, et lance quelques rares coups d’œil affectés et condescendants vers Monique, tout en soulignant les qualités d’un modèle qui, somme toute, n’est pas si cher que ça... Pour rabrouer le jeune roquet, Monique passe à l'anglais, souligne judicieusement la consommation d’essence à deux chiffres, les zéros en trop dans le prix final… Bernd suit la joute comme un spectateur de tennis, lançant de temps à autres quelques appréciations « objectives ».
Le match est serré : le vendeur utilise sa carte maîtresse. Il entraîne Monique et Bernd jusqu’à ce qu’il appelle « la cabine d’essayage » et les installe dans le modèle « tout cuir, tout bois ». Bernd respire difficilement de bonheur et d’envie. Monique elle-même n’est pas indifférente à l’ergonomie de cette voiture qui, finalement, n’est pas si chère que ça… Non ! Non !... Difficilement, elle s’extirpe de la pin-up de l’asphalte. Bernd, quant à lui, suffoque de plaisir en tournant le volant et en reproduisant les bruits de moteurs… Mais Monique tient le choc : il en va de la survie de leur compte en banque qui, ces derniers temps, pousse des cris de bête blessée.
Ils finissent par s’entendre autour d’un modèle familial, au moteur sportif sans être de course. Monique arrive même à négocier un rabais, une peluche de chien qui remue la tête, et la climatisation… gratis ! Lorsqu’ils se quittent, dans les yeux du vendeur brille une lueur de respect face à un farouche adversaire.
Bernd jubile, Thomas rêve de chiens qui disent « oui » sans cesse, Monique d’une orange pressée au bord du canal, mais cela devra bien attendre… Il reste encore de nombreuses choses à régler.
Et là on dit : on the road again, Monique !
Paul Flavien Enriquez-Sarano, sur une idée de Céline Figuière.
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On peut avoir une photo dédicacée de Monique?
légèrement vêtue la Foto?
Chers lecteurs,
J'ai le malheur de vous annoncer... Excusez-moi, trois secondes... (Dans le frigo, Bernd! Oui, là! Non... Voilà!). J'en étais où... Oui. Le malheur, donc, de vous annoncer que pour les photos cela serait impossible (Non, Bernd, ils n'ont pas envie de voir les photos de vacances à Remoulin...). Pour ce qui est de la photo "légèrement vêtue", l'hiver arrivant, celle-ci a sorti écharpe, gants et chaussettes "recette de grand-mère". Désolé. Je vous invite, malgré tout, à visionner le film suédois "Svezia, Inferno e Paradiso" avec la très jolie musique de Piero Umiliani. A très bientôt. Monique.