
Véronique Bellée, 41 ans, a roulé sa bosse avant de poser ses valises à Berlin. Quand elle quitte sa Normandie natale, cette jolie blonde a 18 ans. A Paris, une rencontre et la voilà partie pour un tour du monde en voilier. Après dix ans d´aventures sur les océans et une escale à Paris, la jeune femme repart, cap sur l’Afrique. Quatre ans plus tard, retour en France. Mais une contrée restait encore vierge… l´Allemagne.
« J´ai eu l´impression d´arriver au Portugal ! Il faisait chaud, c´était le mois de juin. Je me souviens, dans la Bornholmer Strasse, il y avait des pissenlits partout! ». Pour son premier séjour berlinois, Véronique peut compter sur Sonja, une amie artiste qui vit au cœur de Prenzlauer Berg. « J´ai rencontré des vrais Berlinois, très gentils, qui avaient le temps de me faire découvrir la ville. Et j´ai eu envie d´y rester ! » On la met en garde, les hivers sont plus rudes. « Alors je suis revenue passer trois mois en hiver, pour voir ! ».
Pour préparer son départ, Véronique commence par rentrer à Paris régler ses dettes. Elle travaille en intérim, refuse « le contrat en or » que lui propose Coca-Cola et laisse mûrir sa décision. Au fond, elle est déjà prise. « Berlin, c´est le symbole de la réunification, de la barrière qui tombe entre l´Est et l´Ouest. C´était ma première fois en Allemagne quand même, quelle aventure !». Elle éclate de rire. Puis, sur le ton de la confidence, mi-figue mi-raisin : « Et puis, ils me faisaient peur les Allemands, je ne comprenais pas ce qu´ils disaient ! ». Premier objectif, apprendre la langue donc. Véronique trouve une école et un Tandem-Partner. Pas facile d’établir la communication quand les deux ont le même niveau, faible : « Du coup, on parlait beaucoup avec les mains », se souvient-elle en souriant.
Dès son arrivée à Berlin, notre grande voyageuse établit ses quartiers à Prenzlauer Berg, qu’elle ne quittera plus. Une première WG dans la Lychener Strasse, à deux pas de la Helmotzplatz où Véronique gagne sa croûte en vendant des crêpes. « J’avais l’intention de venir faire des crêpes ici. Une amie m’avait dit que les Allemands aimaient ça ». Les débuts berlinois sont durs. Les cours de langue un peu trop intensifs. Les moments de solitude, inévitables: « Quand on comprend la moitié des choses, forcément, on se sent un peu seul. Mais ça me plaisait bien ici. »
Avec l’arrivée de l’hiver, Véronique arrête les crêpes. Et travaille comme aide-cuisinière. De là à monter sa propre affaire, Véronique, qui en a vu d’autres, n’y croit pas. « Ce serait dur car en tant qu’étrangère, je ne suis pas à 100 % de mes capacités », constate-t-elle sans ménagement. « Parfois, c’est fatigant. Gagner de l’argent ici, c’est pas facile ». Pourtant, au bout de trois ans et demi, Véronique ne compte pas partir. C’est justement « ce côté bohème et débrouille », si rare pour une grande ville, qu’elle affectionne. Qui lui « ressemble ». Et de conclure, en riant, « Ich bleibe hier ! », en allemand, avec l’accent…
Sonia Gonzalez