

Vainqueur de l'ours d'or à Berlin lors de la 61ème cérémonie de la Berlinale, Une séparation de l'iranien Asghard Farhadi (La fête du feu, A propos d'Elly) paraît le 14 juillet sur les écrans allemands. Alors que le pitch du film ne tient qu'à son titre, il parvient à revêtir diverses apparences: drame social, comédie de mœurs, fable politique, enquête policière ou encore documentaire sur la religion et le système judiciaire dans l'Iran d'aujourd'hui. Plusieurs fois primé, il ne fait nul doute que s'il avait été retenu à Cannes cette année le Palmarès aurait été sensiblement différent.

Histoire persane
A l'annonce du lauréat, le doute d'un prix politique s'est installé sachant que le compatriote et collègue d'Asghard Farhadi, Jafar Panahi, membre symbolique du Jury de la Berlinale, était encore emprisonné en Iran. Mais ce scepticisme s'est rapidement évanoui devant la maîtrise scénaristique que déploie le cinéaste dans son 5ème long métrage.
Simin (Leila Hatami) et son époux Nader (Peyman Mooadi) sont en procédure de divorce car cette dernière veut quitter le pays et son mari refuse ne voulant pas laisser seul son père atteint de la maladie d'Alzheimer. Sa femme ayant quitté le domicile conjugal, Nader se voit obligé d'engager une aide à domicile très pieuse, Razieh (Sareh Bayat), pour s'occuper de son père pendant la journée. Dés lors, un enchaînement d'incidents va conduire les protagonistes dans l'engrenage judiciaire de Téhéran où l'on ne sait plus à qui donner raison. La fille du couple, Termeh (Sarina Farhadi) assiste impuissante à cette dégringolade qui va sans doute précipiter son avenir.

Cinéma complice
La scène d'entrée place tout de suite le spectateur dans un rôle de juge qu'il conserve tout au long du film. Le couple se tient face caméra dans le bureau du magistrat et discute avec lui des modalités du divorce. Les acteurs regardent donc le spectateur droit dans les yeux, l'impliquant ainsi directement dans leur dispute. Puis l'intrigue se met en place et l'on assiste aux évènements tantôt d'un point de vue, tantôt de l'autre. A chaque scène, Nader et Razieh avancent de nouveaux détails, de nouvelles révélations qui pourraient tour à tour les disculper ou les accuser d'avantage. Que voit-on, que croit-on avoir vu? Le questionnement ne cesse de se poser et les réponses arrivent au compte-goutte, maintenant l'audience en désarroi mais également dans l'attente impatiente d'un dénouement.
Tout le film est construit ainsi, à la manière d'une enquête dont le public est témoin ou du moins croit l'être. Interrogé lors d'une interview, le réalisateur assimile son film à un gratte-ciel aux fondations particulièrement solides mais où les étages seraient indépendants les uns des autres. Il y a plusieurs niveaux de lecture dans le film. On peut s'arrêter au simple divorce ou partir explorer les autres strates. Parfaitement bien agencées, les scènes découlent les unes des autres faisant toujours avancer l'intrigue de façon à éveiller la curiosité. Un véritable plaisir pour le spectateur dont il ne faut absolument pas se priver de profiter.
François Tdm
12.07.2011