Le mois d’Octobre 2011 est une date majeure dans l’Histoire germano-turque. 50 ans auparavant l’Allemagne ouvrait ses frontières à la Turquie en signant un accord de recrutement de main-d’œuvre. Ce jubilé est l´occasion de célébrer la face turque incontournable de la république fédérale.

Une « communauté parallèle »
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 Travailleurs turcs, Berlin 1970
Image: Heinrich Klaffs
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À la mi-août 1961, la rupture entre l’Ouest et le bloc soviétique marquée par la construction du mur de Berlin retirent 11% des ouvriers des usines allemandes. La RFA d’alors, subitement en manque de main-d’œuvre, met en place une politique d’immigration sollicitant les « travailleurs hôtes » (Gastarbeiter). Le besoin urgent de l’Allemagne ainsi que la nécessité du gouvernement turc de récupérer au bout de deux ans des travailleurs devenus qualifiés, donne lieu à un traité le 31 Octobre. Les travailleurs turcs sont donc largement invités sur le sol allemand. L’office fédéral du travail basé à Istanbul s’occupe du recrutement. Les Immigrants sont souvent d’origine très modeste avec un niveau de formation très bas ce qui, du fait de la nature des postes proposés n’empêche pas le recrutement. Il s’agit, la plupart du temps, de travail à la chaîne ou de places dont les Allemands ne veulent pas. En 1964 le permis de travail limité à deux ans est annulé ce qui pose les bases de l’intégration à long terme. Le choc pétrolier de 1973 et la récession qui l’accompagne marquent la fin de cette politique de recrutement mais l’Allemagne demeure une terre d’accueil pour les refugiés politiques turcs.

La génération « Deukisch »
Les Turcs ont immigrés, sont restés et ont fondé des familles. L’Allemagne voit donc arriver des générations d´enfants turcs nés sur le sol allemand : les « Deukisch », contraction de deutsch (allemand) et türkisch (turc). Les enfants vont à l’école, parfois le seul lieu où les jeunes peuvent pratiquer l’Allemand. Le turc est parlé à la maison et dans le quartier. L’hébergement des premiers immigrants dans des lotissements communs favorise la formation d’une communauté soudée. Cette concentration pose cependant le problème de l´échec scolaire. L´absence de mixité sociale explique les difficultés à l’école des jeunes turcs. Cette problématique présente beaucoup de similitude avec ce que connaissent la France et ses banlieues.
Des exemples de la réussite de membres de la communauté turque existent bien évidemment. Vural Öger, ex-PDG de l’agence de voyage Öger tour GmbH, propose en 1969 le premier vol direct Hambourg-Istanbul qui facilite l’organisation du trafic vers la Turquie notamment pour les vacances. Kadir Nurman qui aurait inventé en 1972 le sandwich Kebab fait également partie des piliers de la communauté turque-allemande. En 1994 Cem Özdemir, membre du parti des Verts est élu au Bundestag. Le sport avec le footballeur Mesut Özil ou encore les médias avec la présentatrice de télévision Gülcan Kamps sont également des domaines proposant des modèles d’intégration réussie auprès des jeunes. La jeunesse s’oriente vers tous types de filières et de formations et se démarque ainsi de leurs aînés de manière significative.


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 Foule lors de la coupe d'europe 2008
Image: tetedelacourse
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Le phénomène « Deutschländer »
Une tendance s’intensifie des dernières années : l’Allemagne est témoin de plus de départs de ses Deukisch que d’arrivées de Turcs sur son sol. En clair le flux migratoire s’inverse. En 2008 environ 40.000 « Deukisch » quittaient l’Allemagne pour la Turquie. Les raisons de cette migration seraient principalement économiques ; la Turquie connaissant une des croissances les plus importantes d’Europe. Un travail à la hauteur des qualifications ainsi que la reconnaissance positive d’être de culture mixte explique cette fuite des cerveaux. Ces migrants sont d´ailleurs appelés les « Deutschländer » par la population locale. Savoir tirer les avantages d’une éducation multiculturelle semble être la philosophie de vie de ces nouveaux émigrés qui ne voient leur présence en Turquie que de manière provisoire. L’écrivain Hatice Akyün explique ce phénomène comme étant une migration et non comme un retour (« Das ist keine Rück-, sondern eine Auswanderung »).
Pour d’autres la Turquie demeure une sorte de deuxième chez soi où vit la famille éloignée et où l’on passe souvent les vacances : ils se sentent parfois comme tiraillés entre deux cultures. Mais il n’est pas rare de voir les jeunes générations assumer les choses différemment. Arslan, 31 ans, Nike air aux pieds et casquette vissée sur la tête explique: « pour rien au monde je ne quitterai l’Allemagne, j’ai la nationalité turque mais je suis né ici, mes parents mes frères et sœurs ainsi que mon avenir sont ici, je veux que mes enfants grandissent en Allemagne. Et même si je parle parfaitement allemand avec un très léger accent turc je parle le turc avec un accent allemand bien pire encore.»
La question est donc complexe et le cinquantenaire de l’accord de 1961 devient le moment idéal pour revenir sur le passé, débattre et réfléchir afin de bien préparer au moins les 50 prochaines années. À cette occasion de nombreuses soirées de discussions sont proposées ainsi que des visionnages de films et autres évènements dans diverses places culturelles. L’Allemagne, loin d´être indifférente, célèbre ses longs rapports amicaux avec la Turquie et son peuple à travers tout le pays.
Marie Lebert
le 25.10.2011