
Un simple trou dans un grillage, une nouvelle invitation à l’exploration urbaine. Situé au sein de la réserve naturelle de la forêt de Grunewald, le site de Teufelsberg (« La montagne du diable » en français) et les vestiges de son historique centre d’espionnage offre aux curieux une nouvelle ballade aux allures fictives. La Gazette de Berlin a profité des dernières couleurs chatoyantes de l’automne pour aller faire un petit tour du côté de cette montagne emblématique, appareil photo au poing.

Une jeune montagne au lourd passé
La montagne de Teufelsberg est la seconde montagne la plus haute des environs de Berlin après le Muggelberg. Pourtant ses 115 mètres d’altitudes ont une particularité qui la différencie de ses consoeurs. En effet, Teufelsberg n’a en réalité rien d’une colline naturelle et n’a vu le jour qu’aux lendemains de la Seconde Guerre Mondiale.
L’endroit avait été d'abord sélectionné par le IIIème Reich pour l’édification d’une université nazie. Dans le cadre de la « Welt Haupstadt Germania », Albert Speer avait dressé les plans d’une faculté militaire et technique qui devait former les futures élites du règne nazi. En 1940, son projet prend forme au sein de la forêt de Grünewald, sur le site même de l’actuelle Teufelsberg.
Suite à la chute du pouvoir nazi, les locaux sont partiellement démolis à l'explosif par les alliés. Puis les alliées prennent la décision de recouvrir le site des gravats de la capitale allemande, sortant tout juste de plusieurs mois de siège. Durant 22 ans se succèdent alors jusqu’à 800 camions par jour venant déverser plus de 7000 mètres cube de décombres. En 1972, c’est plus de 26 millions mètre cube de gravats qui enfouissent désormais les vestiges de la faculté.
La Guerre Froide offre une nouvelle fonction à cet immense amas de ruines situés non loin de Berlin. Alors que la colline avait été entre-temps transformée en modeste station de sports d’hiver, l’armée américaine prend conscience de l’excellence du site pour espionner au-delà du rideau de fer et surveiller l’espace aérien, notamment les trois couloirs établis entre Berlin et la RFA. Une base militaire est ainsi construite autour de cinq immenses dômes de toile blanche prévus pour abriter les radars ainsi qu’une impressionnante antenne. Le site sera donc, jusqu’à la réunification, exploité par le National Security Agency. En 1992, suite à la réunification, l’ensemble des appareils électroniques sont retirés laissant des fondations vides.


Un squelette invincible
Aujourd’hui le site semble laissé à l’abandon. Le squelette de la base militaire alliée est resté, ses dômes si particuliers rappelant son passé. En 1998, le Sénat de Berlin, propriétaire du lieu avait vendu une part du site à la compagnie d’architecture « Von Gruhl und Partner ». Le cabinet avait imaginé un projet de grande envergure pour l’endroit. Il souhaitait y construire un immense complexe hôtelier. Mais la compagnie s’endette, les moyens nécessaires pour déblayer et rénover le site sont trop importants. Le projet tombe à l’eau.
Le site fera à nouveau parler de lui dans les journaux en 2007. Cette fois-ci c’est le célèbre réalisateur David Lynch qui s’intéresse à cette jeune montagne déjà chargée d’histoire. Son projet est plus original. En tant que partisan de la doctrine de Maharishi Mahesh Yogi, il souhaite y établir une université sur l’art de la méditation transcendantale. Le projet entre dans sa tournée européenne du moment qui vise à construire plusieurs « universités invincibles » dans des endroits européens stratégiques. Mais une fois de plus, c’est un échec, il n’obtient pas le permis de construction.
Depuis, l’extrême état de délabrement des installations est un problème revenant de manière récurrente dans les débats organisés par la ville de Berlin sur l’avenir du site dont l’architecte Gruhl est toujours copropriétaire. Pourtant l’aspect irréel de ce complexe perdu dans la forêt fait le plaisir des badauds. Le week-end on y croise de nombreuses familles, des touristes où des jeunes qui viennent se promener entre les lambeaux de toile blanche et les murs investis par les graffeurs, pour admirer la splendide vue offerte sur Berlin et sa nature environnante. Du dôme central, le mieux conservé, on entend parfois s’échapper les mélodies de musiciens venus apprécier l’incroyable acoustique de la sphère dominante. Les plus téméraires escaladent les échelles pour atteindre les dômes adjacents. D’autres, sans Dieu ni diable, préfèrent simplement s’asseoir à l’un des balcons, bières à la main, pour savourer le calme et l’ambiance d’un de ces endroits qui font le charme de la capitale européenne.
Coralie JACQUIER
le 25/11/11

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