Les pères allemands peuvent désormais vérifier plus facilement l’ascendance génétique de leurs enfants, ainsi en a décidé la Cour constitutionnelle de Karlsruhe. Cependant, l’arrêt de la Cour a confirmé que les tests de paternité effectués en secret n’avaient aucune valeur juridique devant un tribunal.
« La bouille à sa mère » ! Et pour cause : depuis l’arrivée de la pilule contraceptive et la révolution sexuelle, la femme peut choisir librement ses partenaires... mais un accident est si vite arrivé !
Juste retour de bâton ? Si un papa soupçonne qu’on lui a fait un polichinelle dans le dos, il peut faire vérifier sa paternité en laboratoire. Par exemple, au ID-Labor de Wiesbaden. Ce laboratoire traite près de 2 000 cas par an, 84% des particuliers qui font appel à ses services sont des hommes âgés de 30 à 50 ans. Un cheveu, un chewing-gum ou un peu de salive suffisent à l’analyse. Pour la modique somme de 446,25 euros, le père qui doute saura alors avec certitude s’il est bel et bien le géniteur de son rejeton.
Les tests de paternité ne sont pas seulement destinés à satisfaire la mâle curiosité de pères en souffrance, ils peuvent aussi faire office de preuve en cas de litige sur la garde des enfants ou sur le versement d’une pension alimentaire à la suite d’un divorce. Le hic, c’est que les résultats du test perdent leur valeur aux yeux des tribunaux si la mère n’a pas donné son accord au préalable et que le père a procédé au test en secret. Comme l’explique Kirsten Thelen, docteur en biologie moléculaire au ID-Labor, « on pourrait sinon envoyer de faux échantillons au labo pour obtenir le résultat souhaité lors d’un procès».
La ministre de la Justice, Brigitte Zypries, souhaite que les tests menés en cachette soient sanctionnés par la loi. Une mauvaise idée, rétorque Kirsten Thelen : « Les gens qui y recourent sont souvent dans des situations personnelles difficiles. Ca peut être aussi une mère qui veut s’assurer qu’elle n’a pas conçu l’enfant lors d’une infidélité. » Le secret est alors le bienvenu, pour éviter la crise.
Kirsten Thelen explique qu’à certains mois de l’année, notamment en période de rentrée scolaire, les demandes sont particulièrement nombreuses. « Parfois, les parents sont déjà séparés et le père n’a pas vu ses enfants depuis longtemps ». Le doute s’immisce lorsque papa passe quelques jours avec ses bambins et qu’il constate – ou qu’on lui fait remarquer – qu’ils ne lui ressemblent pas.
Sans aller jusqu’à la séparation, l’analyse négative de la salive d’un chewing-gum peut faire éclater la cellule familiale. Des médiations professionnelles sont alors proposées par des psychologues et des avocats pour tenter de recoller les morceaux. Après tout, il est plus difficile d’être un bon papa qu’un simple géniteur.
Mais rassurez-vous, Messieurs : dans 80% des cas, les tests sont positifs et les enfants appartiennent bien au père qui se coupe les cheveux en quatre...
Anne Le Touzé et Sandrine Blanchard
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