
Szymkowicz : « l’enfant de la tragédie* »
Des couleurs qui prennent les yeux. Violemment. Une peinture dont le mouvement propulse le sujet hors de la toile et lui donne vie. Bruyamment. Difficile de rester de marbre face aux œuvres du peintre expressionniste belge Charles Szymkowicz, actuellement exposées dans pas moins de 5 lieux à Berlin : la Communauté française de Belgique, la Galerie Eva Poll, l’institut français, la fondation Poll et la Berliner Fernsehturm, et ce jusqu’au mois de mars 2008.
Le thème est commun à toutes les expositions : des portraits. De Kafka à Vàclav Havel en passant par Chagall, Picasso, Hugo ou Rimbaud, sans oublier Léo Ferré - devenu depuis 1970 son grand ami et à qui il dédia une série de tableaux - Charles Szymkowicz n’a représenté que des personnages capitaux à ses yeux. D’origine juive-polonaise, il porte en lui les blessures familiales, conséquence de la Seconde guerre mondiale. Très fortement marqué par les peintres expressionnistes allemands comme Nolde ou Grosz, il se reconnaît dans ce courant artistique qui lui permet d’exprimer au mieux ses émotions. Cet artiste meurtri écrase et mélange des couleurs vives qui reflètent son âme tourmentée. De ses portraits, qu’il semble créer dans la douleur, se dégage un spleen certain mais on y retrouve surtout de l’amour. L’amour qu’il a pour ses sujets, des hommes et des femmes, qu’il exalte par la puissance de son coup de pinceau. Et l’amour pour Berlin, ville à la fois mère d’artistes « dégénérés » et infanticide, où Szymkowicz est venu distiller de vraies émotions. Le spectateur est cueilli et il ne peut que recevoir la violente beauté qui s’échappe des ses œuvres.
*Léo Ferré
Communauté Française de Belgique, Jägerstrasse 52-53, jusqu’au 06 mars / Galerie Eva Poll, Lützowplatz 7, la Fondation Poll Gipsstrasse 3 et l’Institut français, Kurfürstendamm 211, jusqu’au 1er mars / Berliner Fernsehturm, Panoramastrasse 1A, jusqu’au 11 février.
Letizia Mariotti

