Le modèle social allemand arrive à un tournant. Attaqué par l’ensemble de la société, il est confronté à la mondialisation, qui lui impose une profonde remise en question.
Les syndicats, autrefois partenaires incontournables du patronat et des travailleurs, paient le prix de leur manque d’adaptation et voient leur crédibilité s’effacer inexorablement.
L’Allemagne est un pays de consensus. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le modèle social des entreprises reposait sur une co-gestion entre les dirigeants et les syndicats, censés défendre les salariés tout en évitant les mouvements sociaux. Un modèle regardé avec envie de l'étranger, où les expériences de co-gestion ont souvent tourné court. Les syndicats jouissaient d’une confortble assise au niveau du nombre de ses adhérents, contrairement à la France. Ainsi, Ver.di (Vereinte Dienstleistungsgewerkschaft), le grand syndicat des services et le premier du pays, comptait encore en 2005 près de 2,4 millions d’adhérents, contre 875 000 à la CFDT, principal syndicat français par sa base. Les salariés, représentés par leurs syndicats, dirigent l’entreprise main dans la main avec le patronat, le tout sous l’œil bienveillant de « l’Etat-providence » hérité de Bismarck.
La culture du consensus à l’épreuve de la mondialisation
Mais voilà, les jours heureux du « miracle économique allemand » sont loin, et la belle maison du syndicalisme co-gestionnaire, fer de lance de la sociale démocratie à l’allemande commence à se fissurer sérieusement sous l’effet de la mondialisation.
L’Allemagne, championne du monde des exportations, est de fait davantage exposée sur le champ de bataille de la mondialisation, dont elle est forcée d’accepter les règles. Dans un contexte de chômage de masse - qui a atteint jusqu’à 12%, un record depuis la crise de 1929, les syndicats peinent à trouver leur nouvelle place.
Déjà chez OPEL à Bochum en 2004, les syndicats subissaient un camouflet avec une grève sauvage contre les plans de fermeture de la maison mère… américaine (voir encadré). Cette année, c’est BenQ-Siemens, devenu taiwanais, qui remue le couteau dans la plaie. (La Gazette n°10).
Des syndicats trop conciliants coupés de la « base »…
La tendance est au gel, voire à la réduction des salaires pour « sauver les emplois », comme chez Volkswagen. Des concessions que les syndicats « acceptent trop facilement », selon Pascal Lopez, syndicaliste chez Sanofi-Aventis, « quitte à se laisser complètement abuser par des partenaires internationaux qui n’ont aucune raison de jouer le jeu de la concorde sociale, comme dans le cas de BenQ-Siemens». Le résultat de cette faiblesse relative des syndicats se traduit par des pertes d’effectifs vertigineuses : près d’un demi million de membres ont quitté Ver.di depuis 2001, et IG-Metall, puissant syndicat de l’industrie, a vu chuter le nombre de ses adhérents de plus d’un million en une douzaine d’années.
… et critiqués par le « sommet »
Attaqués par la base salariale sur un flanc, les syndicats le sont sur l’autre par le patronat, et la classe politique, y compris leur allié traditionnel, le SPD. La prise de conscience de la nécessité de réformes profondes dans le volet social du « modèle rhénan » semble avoir imprégné l’ensemble de la société allemande. Udo Rehfeld, chercheur à l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES) décrit ainsi un « changement profond de l’environnement idéologique en Allemagne », avec une campagne de dénigrement du « lobby syndical », accusé de freiner la modernisation du pays.
Trop grande faiblesse face aux rigueurs de la mondialisation, impréparation aux changements qu’elle impose, le modèle de co-gestion allemand cherche sa voie.
Constant von Meerkamp
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