Entre le 1er et le 3 juillet 2011, le Fühlinger See, a pris des airs de Jamaïque. Et pour cause, le plus grand festival de musique reggae d'Europe avait une nouvelle fois établi ses quartiers autour du lac dans la banlieue de Cologne. Pour sa 26ème édition, la pro­grammation a frappé un grand coup avec des têtes d'affiche comme Jimmy Cliff, Alpha Blondy, Youssou N'dour, ou encore Ziggy Marley. Après Danakil, Lord Kossity et Sinsemilia l'an dernier, le Summerjam a à nouveau fait la part belle aux artistes francophones cette année avec pas moins de cinq artistes Français et Africains. La Gazette y était et fait le bilan.
Le Summerjam de Cologne, c'est tout simplement le plus grand festival de Reggae d'Europe. Chaque année, plus de 25 000 personnes se retrouvent au Fühlinger See, dans la banlieue de Cologne pour « kiffer la good vibe » comme on dit, durant trois jours de concerts.

Grandeur et décadence
Des spectateurs venus des quatre coins de l'Europe, dont énormément de Français. Impossible en effet de se balader sur l'île du festival ou dans le camping bondé sans entendre parler (ou crier) dans la langue de Molière.
Qui dit plus gros festival d'Europe, dit aussi organisation titanesque. Les grands moyens sont donc mis en place pour accueillir tout ce beau monde : quatre gigantesques parkings, neuf sites de camping, de nombreuses boutiques vendant des produits « rastas » en tout genre et trois navettes reliant à intervalles réguliers les différents points stratégiques du festival.
Si l'ambiance pourrait être qualifiée de « peace and love », il ne faut toutefois pas perdre de vue que tous ces spectateurs sont aussi des consommateurs potentiels. Et le moins que l'on puisse dire c'est que rien n'est vraiment « donné » au Summerjam. Le pass trois jours coûte déjà une centaine d'euros, le parking n'est pas compris dans le prix et il faut réserver pour avoir la chance de profiter des meilleures places de camping. Si vous comptiez tout de même prendre une douche, il vous en coûtera 2,50 euros. Babylone quand tu nous tiens …
Mais un festival en Allemagne est aussi l'occasion de constater les différences d'organisation entre nationalités : quand la plupart des Français ne s'étaient souvent déplacés qu'avec le strict minimum (tente, duvet voire matelas de sol pour les parvenus), de nombreux campeurs allemands avaient, quant à eux, tout prévu : tentes gigantesques, barbecue, provisions gargantuesques, caisses de bières, tables, chaises, chaine hifi… Mais le constat est simple, quand les moins organisés vont dépenser « une petite fortune » pour s'offrir une bière ou un hamburger, les plus prévoyants ne dépenseront quasiment rien de plus une fois sur les rives du Fühlinger See. Sans parler du mal de dos…
À côté de ces petits tracas d'ordre économique, il ne faut pas oublier que ce qui importe le plus au Summerjam, c'est bien la musique. Et sur ce point-là, on en a vraiment pour son argent : deux immenses scènes sont mises à la disposition des artistes, et à partir de minuit, la « Dancehall Arena » ouvre ses portes pour des « after » aux accents plus Ragga.
Pour la 26ème édition, la programmation a invité 41 artistes parmi les plus grandes stars internationales : Jimmy Cliff, Alpha Blondy, Patrice, Ayo, Ziggy Marley, Max Romeo, Barrington Levy, Anthony B ou encore Tarrus Riley, pour ne citer qu'eux. Au milieu de cette pléiade de pointures, cinq groupes francophones se produisaient : Alpha Blondy, Youssou N'Dour, Dub Inc, Ben l'Oncle Soul et Irie Révoltés.

Alpha Blondy, Youssou N'Dour, « têtes d'Afrique »
Mon premier est ivoirien et sans doute l'une des plus grandes stars de la scène reggae internationale. Mon second est sénégalais et est un artiste aux multiples facettes, à la fois auteur, compositeur, acteur occasionnel et homme d'affaires prospère. Mon tout donne deux des plus grands artistes africains contemporains, musiciens engagés aux mélodies pour le moins engageantes. Ils étaient présentés par l'organisation comme têtes d'affiche de l'édition 2011 du festival.
Alpha Blondy se revendique lui-même en tant que « citoyen de Cologne ». Et pour cause, il vient cette année pour la sixième fois au Summerjam. D'aucuns le comparent même à Bob Marley pour son charisme et son engagement politique. Il est vrai que sa musique est difficilement dissociable de sa lutte contre la corruption et la brutalité du pouvoir. Pour preuve, lors de la conférence de presse accordée aux journalistes présents au festival, on a parlé quasiment que de cela. Il ne se considère pas pour autant comme un chanteur engagé : « je parle seulement de ma propre condition sociale, d'injustice sociale ». Le deuxième jour de festival aux alentours de 21h30, Alpha Blondy et son groupe « The Solar System » font leur apparition sur la « scène rouge » du Summerjam. Et dès les premiers accords de « Jérusalem », le public est conquis. S'en suivront plus de deux heures de musique, de danse, entrecoupées d'appels à la paix en Afrique et dans le monde. Alpha Blondy a parfaitement su mélanger classiques comme « Cocody Rock » ou « Brigadier Sabari » et nouveaux titres de son dernier album. L'Ivorien, tout juste remis d'une « opération au coeur » a fêté de la plus belle manière ses trente ans de carrière. Il a montré au public qu'il en avait toujours un, et un très grand, de coeur ! Il a ensuite laissé la place à Jimmy Cliff, qui a clôturé en beauté cette « Reggae Night »

Le concert de Youssou N'Dour était le dernier du festival. Et il était extrêmement attendu par une grosse communauté africaine qui avait fait le déplacement jusqu'à Cologne. D'entrée, le Sénégalais explique que le concert sera un voyage « from Kingston to Dakar ». Les premières chansons sont donc dans une veine plus reggae quand la seconde partie du concert est composée de « chansons de son pays ».
Sur scène, l'artiste et son groupe s'en donnent à coeur-joie, chaque musicien y allant de son petit « show » de danse. Dans le public, l'ambiance est incroyable, la foule se déchaine littéralement et oublie la fatigue accumulée lors des trois jours de festival. Point d'orgue du spectacle, le fameux « Seven Seconds » repris en coeur et a capella par les milliers de personnes présentes. Heureusement, Youssou N'Dour est resté plus de temps que cela sur scène, pour le plus grand bonheur des spectateurs qui avaient toutes les peines du monde à laisser partir l'artiste, surement aussi parce que cela signifiait la fin du Summerjam 2011...

Ben, prince de la Soul « à la française »
Le dernier jour de festival a été l'occasion pour le public d'ouvrir un peu ses horizons musicaux. L'icône allemande Ayo, le groupe de Ska-rock The Busters, les cuivres de Trombone Shorty étaient à l'affiche. Les festivaliers ont aussi pu écouter un peu de Soul Music durant deux concerts d'affilée : ceux de l'Allemande Joy Denalane et du Français Ben l'Oncle Soul. Le jeune musicien originaire de Tours faisait quelque peu figure de benjamin du festival, lui qui n'a, à l'heure actuelle, sorti qu'un seul album éponyme.
Sur scène pourtant, Ben a déjà tout d'un artiste chevronné. Entouré de sa troupe de musiciens et de choristes, il a fait danser et chanter pendant un heure et demi le public de la « scène verte » aux sons de « Soulman » et « Seven Nation Army», mais aussi sur des reprises de Ray Charles. L'occasion pour lui de jauger sa côte de popularité en Allemagne. À l'applaudimètre, le jeune homme est déjà très apprécié, et pas seulement par les nombreux francophones présents à Cologne. Cette première tournée, qui dure depuis un an et demi, est extrêmement prometteuse. Elle s’achèvera en décembre 2011, aux dires de l'artiste que La Gazette a d'ailleurs pu interroger avant son concert. Avis aux amateurs, car en plus d'être un « soulman », Ben est aussi un véritable « showman ».

Dub Inc, groupe sans frontières
Si il existait au Summerjam un concours de tee-shirts à l'effigie d'un groupe, Dub Inc remporterait la médaille d'argent…derrière Bob Marley. Cela peut paraître anecdotique mais montre vraiment toute la popularité des stéphanois en dehors de France. Cela fait une dizaine d'années que « la Dub » écume les routes du monde avec succès. Le groupe propose un Reggae tout à fait à part, fruit d'un savoureux métissage.
Métissage musical d'abord, puisque leur son est assez unique, mêlant à la fois Dub, Reggae traditionnel, Ragga et Hip-Hop. Métissage vocal ensuite, avec le flow endiablé d'Aurélien alias « Komlan » et la voix aux effluves orientales d'Hakim alias « Bouchkour ». Cette diversité, ils la revendiquent aussi dans leur textes, souvent engagés politiquement. Leur quatrième passage au Summerjam le vendredi soir a été un véritable succès. Il faut dire que Dub Inc sait parfaitement jouer avec le public, qu'ils font participer activement au spectacle, comme un membre à part entière du groupe. La forte présence française au festival ne leur a pas échappé et ils n'ont pas hésité à adresser quelques invectives bien senties à un certain Nicolas S. Mais le groupe ne connaît plus les frontières et leurs chansons étaient reprises en coeur par les spectateurs de toute nationalité. À noter aussi la participation sur scène de Tarrus Riley qui avait collaboré avec eux sur une chanson (« No Doubt ») de leur dernier album (« Hors Contrôle »).
Depuis les petites salles de la région Rhône-Alpes jusqu'au plus grands festivals de Reggae du monde, « la Dub » a énormément appris et progressé tout en conservant la fraîcheur et la simplicité de ses débuts. Les « Rude boys » de Saint-Étienne sont devenus des « Big boys ».


Ce 26ème Summerjam aura donc été une vraie réussite, malgré une météo parfois capricieuse qui aurait pu gâcher la fête. Hormis le côté parfois trop commercial, ce festival possède véritablement une identité et un public à part entière. C'est sans doute pour cela que les plus grands artistes y reviennent toujours avec plaisir. « Vous êtes le meilleur festival du monde » a même déclaré l'immense Jimmy Cliff à son public.
En plus de cela, il convient de saluer les efforts faits par l'organisation pour, d'une part faire découvrir des groupes d'horizons différents comme les rappeurs californiens d'Atmosphere par exemple, et d'autre part servir de tremplin à des artistes plus jeunes ou moins connus comme les Franco-allemands d'Irie Révoltés.
Comme le chantait Bob Marley dans « Trenchtown Rock » : « L'avantage de la musique, c'est que quand elle t'atteint, elle ne te fait pas mal » (« One good thing about music, when it hits you, you feel no pain. »).
Un peu de douceur dans un monde de brutes…
Till Buisson
07.07.2011
À lire aussi dans la Gazette
Alpha Blondy, une certaine "Vision" de la politique : Interview d'Alpha Blondy au Summerjam 2011
Ben l'Oncle Soul, du "soulman" au "showman" : Interview de Ben l'Oncle Soul au Summerjam 2011 (en français)
Ben l'Oncle Soul, Botschafter des Soul « made in France » : Interview von Ben l'Oncle Soul in Summerjam 2011 (auf Deutsch)
Groundation : Berlin' & lootin' : Article et interview du groupe de reggae californien Groundation, lors de leur concert à Berlin du 21 mai 2011

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sa fait 5ans que je fait se festival et je vais continuer a y aller et pour mathieu l'age n'a rien a voir tu voie des personne de plus de 45 50ans la bas et ne se plaigne pas d'un mal de dos ou quoi que se soie et le camping c un moyen de rencontrer plein de personne et la boue serieux tu abuse il fait tout le temps beau et chaud presque a par l'année derniere y a vraiment des chochote sur les forum amuser vous une foi
ça doit être une question d'âge, mais franchement je ne me vois pas sous la tente, dans la boue, enfermé dans un camp à taxer tout le temps, je ne sais pas si j'apprécierais encore la musique?
difficile de ne pas se sentir le dindon de la farce dans un pareil contexte.
Babylone est tellement fort qu'il fait de la tune avec le reggae!