Dans le pays qui a inventé le concept de neutralité, la culture du consensus n’est pas seulement une règle : c’est presque une religion. Comment les helvètes résistent-ils à la mondialisation ?
Attention à ne pas se méprendre à la vue du drapeau couleur rouge vif de la Suisse : il ne s’agit pas d’un pays communiste, loin s’en faut. Le marché du travail y est depuis longtemps très souple, libéral même, diraient certains. Et le mot n’est pas grossier en Suisse, même si son acceptation est plus aisée à Bâle et Zurich qu’à Lausanne ou Genève. Proximités culturelles différentes, sans doute. « En Suisse, les employeurs peuvent s’adapter à une phase économique difficile en licenciant. En Allemagne ou en France, il est plus avantageux pour eux de fermer carrément boutique », commente un employé de Swisscom devant les déboires de Benq-Siemens. L’essentiel de l’économie Suisse repose sur un secteur tertiaire ultra développé, traditionnellement moins revendicatif que le secteur industriel. L’Union Syndicale Suisse (USS), fondée en 1880, rassemble 380 000 membres et 16 syndicats, tandis que l’autre grande union, Travail.Suisse regroupe 170 000 adhérents. Le taux de syndicalisation atteint 25% des salariés, ce qui reste assez élevé. Le contexte économique de la Suisse est également bien différent de ses voisins français et allemands, ce qui peut expliquer la paix sociale qui règne dans la Confédération. Malgré des années de croissance molle, le chômage plafonne à 3,1% (en Juillet 2006). Les grèves ne font absolument pas partie de la culture d’entreprise et sont extrêmement rares. La règle en cas de conflit est la médiation externe.
Mais si la Suisse est de culture économique libérale au niveau de son marché de travail, elle sait également se montrer protectionniste, en particulier dans le domaine agricole. C’est d’ailleurs une des explications du refus de ses citoyens d’entrer dans l’Union Européenne et d’opter pour la négociation bilatérale, qui lui permet de préserver ses acquis.
Le système de protection sociale, modernisé dans la décennie 90, offre quant à lui un « coussin de sécurité » dans ce pays où la pauvreté, pas inexistante, est taboue. CVP