

Le nouveau de livre de Hans Joachim Schädlich est disponible en français. Le Voyage de Kokochkin ou la quête de souvenirs de Fiodor Kokochkin, récit à travers l’Europe en guerre du XXème siècle

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 Hans Joachim Schädlich en 2010
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Sur la couverture du dernier livre de Hans Joachim Schädlich, une femme est accoudée au bastingage d’un bateau. Son manteau flotte au vent, une valise est posée à ses pieds. Le voyage de Kokochkin n’est pourtant pas l’histoire d’une femme mais bien celle de Fiodor Kokochkin, nonagénaire, professeur émérite de biologie, de retour aux Etats-Unis, après un voyage sur les traces de son passé européen. Qui est donc cette femme énigmatique alors ?
A la lecture du livre, on la découvre multiple et intemporelle. Cette femme c’est la mère de Fiodor, qui s’enfuit de Russie avec son fils en 1918, après l’assassinat par les Bolchéviks de son mari, membre de la première assemblée constituante de Russie. Elle est aussi l’ami puis la fiancée de Fiodor quand, en 1929, il arrive seul à Berlin, sans argent, afin d’y étudier la biologie. Il devra partir pour l’Autriche quelques années plus tard, abandonnant cette fiancée, en fuite une nouvelle fois devant la folie des hommes. Cette femme enfin, c’est Olga Noborra, architecte de cinquante ans, passagère du bateau qui ramène Fiodor à New-York et qui ravive en lui des envies de badinages.
Le récit de Hans Joachim Schädlich oscille entre passé et présent, gardant toujours comme point de mire à l’horizon la thématique du voyage, celui qu’on ne décide pas et qui nous prend par surprise : la fuite. Fiodor voyage sur un bateau luxueux, le Queen Mary. C’est dans cet univers paisible qu’il se réconcilie avec ses souvenirs et qu’il a le temps de penser à ce voyage douloureux qu’il vient d’achever. Au fil des méandres de sa pensée, le lecteur suit Fiodor à travers l’Europe en train, en taxi, en voiture, à pied.
De Saint-Pétersbourg à Odessa, puis de Bounine à Berlin, en passant par Paris et Prague, le voyage ne s’achève qu’aux Etats-Unis. Et encore, la société hétéroclite du bateau renvoie à une image trouble de l’Amérique post-attentats du 11 septembre 2001. Fiodor se garde d’intervenir dans l’emportement verbal des hommes, préférant la compagnie d’une femme, Olga. Mais il pense tout de même à mourir, à achever ce voyage, là, au milieu de l’océan. Idée fugace, perdue au cœur de ses souvenirs, et qu’il oublie vite lorsqu’un petit matin voit surgir la statue de la liberté devant son regard de savant fatigué.
Hans Joachim Schädlich, né en 1935 dans l’ex-RDA a lui aussi, comme son héros, connu les temps troubles des dictatures. Il a vu ses textes censurés, avant de passer à l’Ouest en 1977. Le voyage de Kokochkin se lit comme on regardait un paysage défiler sous nos yeux lors d’un voyage en train. Les personnages sont assez insaisissables et il est difficile de vraiment s’attacher à l’un d’entre eux. Dans un récit facile et rapide à lire, la Grande Histoire prédomine, gommant les personnages qui la traversent et donnant au récit, comme nous le signale la quatrième de couverture, « une profondeur légère, qui est la marque du grand écrivain qu’est H.J Schädlich ».
Sarah Maquet
Le 04/02/12
Le voyage de Kokochkin
Hans Joachim Schädlich
Editions Jacqueline Chambon / Actes Sud
Traduit de l’allemand par Marie-Claude Auger
Parution : Février 2012 – 19 € – 192 p.
ISBN 978-2-330-00253-4