18 des 25 Etats membres de l’Union européenne ont un salaire minimum légal. Contrairement à la France, l’Allemagne n’en fait pas partie. Le sujet, revenu en force dans le débat politique, divise actuellement la grande coalition.
Pour Angela Merkel, le débat sur le salaire minimum est mort et enterré. Les conservateurs de la CDU-CSU étant opposés à une telle mesure, la grande coalition ne pourra pas trouver de compromis, a estimé la chancelière lors de l’assemblée annuelle du patronat, début novembre. Du côté des sociaux-démocrates au contraire, la question reste d’actualité. Et pour cause : le SPD a passé en septembre un accord avec la confédération allemande des syndicats (1) pour défendre un projet de salaire minimum.
Le « Mindestlohn » à la sauce sociale-démocrate a toutefois peu de points communs avec le SMIC français. Pour le vice-chancelier Franz Müntefering, il s’agit de fixer des minima par branche professionnelle, à l’instar du secteur du bâtiment, où un salaire minimum a été instauré en 2005 pour contrer la main-d’œuvre bon marché venue d’Europe de l’est. Depuis septembre dernier, ce salaire est compris entre 9,80 et 12,40 €/h.
Le gouvernement a certes donné son accord à un élargissement de la loi anti-dumping, mais les conservateurs refusent de l’étendre à tous les secteurs. L’Allemagne risquerait de ne plus être assez attrayante pour les investisseurs. Autre argument : un salaire minimum aurait des conséquences néfastes sur le marché de l’emploi. « Faux », répond Claus Schäfer, de l’Institut de sciences économiques et sociales de la fondation Hans Böckler (2), en citant des études menées à l’étranger.
L’économiste défend l’idée d’un salaire minimum généralisé, inscrit dans un cadre légal : « le salaire minimum ne peut pas dépendre d’une branche professionnelle, il doit être garanti par l’Etat et valable partout ». C’est également la position du groupe « Initiative Mindestlohn » (3), qui réclame un salaire minimum unique de 7,50 €/h. Le groupe Linke, qui relaye l’initiative au Bundestag, va même plus loin et revendique 8 €/h, soit 985 €/mois, la somme à partir de laquelle une personne endettée qui travaille ne peut être saisie, afin de garantir son existence.
Zeynep Can, 31 ans, dirige un salon de coiffure à Cologne. Après quatre ans d’expérience elle gagne 850€/mois pour un emploi à plein temps, ce qui est légèrement au-dessus du minimum fixé par la convention collective de sa branche (793 €/mois en région NRW). Un salaire horaire à 8 euros, elle n’est pas contre, mais Zeynep n’y croit pas trop. Claus Schäfer n’est pas non plus très optimiste : « tout dépend du montant final. S’il est ramené à 4,50 euros, c'est-à-dire au niveau du revenu minimum d’existence, il risque de légitimer et de cimenter le secteur des bas salaires ». Les recommandations du groupe de travail de la coalition sont attendues en décembre.
Anne Le Touzé
(1) Deutscher Gewerkschaftsbund (DGB): www.dgb.de
(2) Wirtschafts- und Sozialwissenschaftliches Institut (WSI): www.boeckler.de/cps/rde/xchg/SID-3D0AB75D-7497041D/hbs/hs.xsl/8.html
www.mindestlohn.de/initiative
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