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Manifestation pour une fiscalité luttant contre la pauvreté parodiant un riche contribuable porte Brandebourg à Berlin (Photo : Campact / Jakob Huber)

Après les États-Unis, la France et l’Italie, les plus aisés des Allemands se manifestent enfin : eux aussi veulent payer plus d’impôts. La réaction se veut toutefois plus timide : sur la centaine de millionnaires contactés par l’hebdomadaire Die Zeit, seuls quatre d’entre eux ont répondu positivement. Tour d’horizon à l’aune d’un débat sur la baisse générale des impôts dans le pays qui compte le plus de millionnaires au Monde après les États-Unis et le Japon.

 

 

 

Les États-Unis, la France, l'Italie... et l'Allemagne ?




Maurice Lévy, initiateur en France de l'appel à une taxation exceptionnelle des plus riches
© wikicommons - World Economic Forum

C’est le milliardaire américain Warren Buffet, troisième fortune mondiale, qui a ouvert le bal le 15 août dernier. Dans le New York Times, il déclare ne pas être suffisamment taxé et lance un appel au gouvernement fédéral américain pour que celui-ci augmente l’imposition des plus riches. Le lendemain, l’appel traverse l’Atlantique et est repris en France par Maurice Lévy, PDG du groupe de communication Publicis. Dans une tribune publiée par le quotidien Le Monde, celui-ci propose une « contribution exceptionnelle des plus riches, des plus favorisés, des nantis », qui se doivent en ces temps difficiles de contribuer à « l’effort national ».

 

Le publicitaire est rapidement suivi par 15 autres entrepreneurs français. Pour ces derniers, l’ordre est clair : « Taxez-nous ! ». Les signataires de l’appel, parmi lesquels figure Liliane Bettencourt, actionnaire de L’Oréal, insistent sur la nécessité d’apporter leur soutien durant cette période difficile pour l'économie nationale. Toutefois, le caractère « exceptionnel » de la contribution a son importance. Il ne s’agit en aucun cas pour eux d’encourager une augmentation durable de l’impôt sur les plus riches. Point trop n'en faut!




L'un des symboles du luxe, le cheval cabré de Ferrari. Son PDG, Luca di Montezemolo, a transmis l'appel pour une taxation des plus riches en Italie.
© drocpsu

De l’autre côté des Alpes, c’est le patron de l’un des emblèmes du luxe qui a transmis l’appel. Luca di Montezemolo, PDG de Ferrari, a encouragé le 29 août l’État italien à taxer les plus aisés. Initiative restée lettre morte puisque la taxe devant toucher les plus hauts revenus vient d’être annulée par le gouvernement de Silvio Berlusconi. Quand il s’agit de générosité, il n’est pas facile de se faire entendre. En ces temps mouvementés pour l’économie mondiale, les plus fortunés semblent tout de même s’agiter au sein des pays industrialisés. Aux États-Unis, en France ou en Italie, leur démarche traverse les frontières. Toutefois, l’appel a eu plus de peine à franchir le Rhin.


Mieux vaut tard que jamais

 

Deux semaines après l’agitation provoquée par Warren Buffet, les riches Allemands se réveillent. A l’est du Rhin, la réaction s’effectue en deux temps. C’est le collectif « Appel pour un impôt sur la fortune » qui a lancé le premier l’idée d’une taxation des plus nantis. Si l’initiative vient subitement de revenir sur le devant de la scène, laissant croire au rechignement de la part des riches Allemands, celle-ci date en fait de 2009, bien avant que les Américains, Français et Italiens ne fassent leur coming-out fiscal généreux. Par ailleurs, leurs revendications sont claires : un prélèvement exceptionnel du patrimoine à hauteur de 5% pendant 2 ans, s’abaissant à 1% les années suivantes. Pour ces derniers, il ne s’agit pas non plus d’un impôt classique. Il est nécessaire que l’argent récolté ait une utilité bienfaitrice pour la société et soit exclusivement mobilisé pour financer les « investissements durables » tels que le développement de l’économie verte ou le soutien des services publics (éducation, santé).




"Introduire un impôt sur la fortune !" – Texte officiel signé par 54 millionnaires allemands.

Lancée sur le thème de la solidarité, l’ambition globale de cette initiative « Appel pour un impôt sur la fortune » est avant tout de permettre une redistribution plus effective des richesses. Pas étonnant que l’organisation altermondialiste ATTAC soutienne la proposition, se félicitant dans un communiqué de décembre 2010 des mots employés par Peter Vollmer, 71 ans, multimillionnaire et initiateur du collectif "Des fortunés pour un impôt sur la fortune" qui a lancé l’appel. Ce dernier se plaignait justement de « payer toujours moins d’impôts ». Bien qu’ayant hérité d’une fortune considérable – son père était propriétaire d’une société d’imprimerie et d’une maison d’édition –, M. Vollmer a travaillé comme ouvrier et a milité au sein des syndicats pour de meilleures conditions de travail toute sa vie durant. On est loin de la clinquante quinzaine de dirigeants français, tous PDG ou actionnaires de grands groupes cotés en bourse plaidant la « contribution exceptionnelle ». Au 31 août, 54 personnes dont le patrimoine dépasse 500 000€ ont signé « l’Appel pour un impôt sur la fortune ».




Selon le "World Wealth Report 2011" publié par Merrill Lynch et Capgemini, l'Allemagne reste le 3ème État comptant le plus de millionnaires. Ceux-ci seraient près 924 000 en République fédérale, loin devant la France et ses 396 000 millionnaires.

 

Alors que le débat sur l’imposition des plus riches vient d’être relancé en Allemagne, Die Zeit renchérit dans son édition du 1er septembre. Après avoir interrogé plus d’une centaine de millionnaires, l’hebdomadaire de centre-gauche constate que seuls quatre d’entre eux répondent positivement à la question suivante : « Accepteriez-vous une plus forte imposition si celle-ci servait à réduire la dette publique ? ». Si cette proportion n’est pas élevée pour un État qui compte près de 924 000 millionnaires, la démarche a néanmoins le mérite d’enfin intégrer l’Allemagne au débat lancé par Warren Buffet quant à la taxation des riches en ces temps de crise. On verra ce qu'il en adviendra dès l'automne, quand le Bundestag débattra de la baisse des impôts pour l'horizon 2013.

 

Pour l'heure l'observateur facétieux aura pu constater que si la grand-mère la plus fortunée de l'Hexagone, Liliane Betancourt s'est associée à la démarche, en revanche le grand-père le plus discret d'Allemagne, Karl Albrecht, 91 ans, et aussi citoyen le plus riche du pays (un des deux frères créateurs et propriétaires du hard-discounter Aldi) est resté comme à son habitude en retrait.

 

 

Alban Genty

02.09.2011

 

 

 

2ème partie :

 

Pour comprendre l'historique de la taxation des plus fortunés en Allemagne, lire la suite ici.








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