Alors que le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) remettra en avril à Bruxelles le deuxième volet de son rapport sur les impacts du changement climatique, l’Europe a des ambitions de pionnière en la matière.
Un ours polaire perdu sur son morceau de banquise en fonte accéléré : nous l’avons tous vue, cette image cathodique quasi quotidienne, emblème du réchauffement climatique. Or, d’après les experts du GIEC, l’élévation des températures moyennes au cours du dernier siècle et surtout les records de chaleurs observés depuis une vingtaine d’années, montrent que le réchauffement de la planète n’est plus un phénomène aléatoire. « Il y a de moins en moins de voix discordantes », affirme le climatologue Martin Beniston, membre du GIEC. « Les entreprises commencent à parler de climat dans leurs publicités ou leurs stratégies énergétiques. Je crois qu’il y a une réelle prise de conscience. »
De plus en plus de pays industrialisés élaborent leur propre stratégie. En Allemagne, l’industrie automobile est particulièrement dans la ligne de mire : le secteur des transports représente à lui seul un tiers des émissions de CO2 du pays. On parle ainsi de limitation de vitesse sur autoroute, de taxe écologique sur véhicules polluants, ou encore de l’instauration de vignettes rouge, orange ou verte pour limiter la présence automobile dans les centres-villes. Ces mesures pourraient être mises en œuvre d’ici deux à trois ans. En face, les constructeurs automobiles commencent à proposer davantage de modèles peu polluants. Selon Martin Beniston, « beaucoup d’entreprises ont compris qu’elles peuvent être gagnantes si elles respectent des normes environnementales, surtout depuis que le prix du pétrole a augmenté ».
Au niveau européen, l’Allemagne (qui préside l’Union jusqu’en juin) a obtenu des pays membres l’engagement de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 20% d’ici à 2020, voire de 30% si un accord international parvient à être passé. Le tout dans l’espoir d’honorer les promesses du Protocole de Kyoto, qui prévoit de ramener la production de dioxyde de carbone, à l’origine des gaz à effet de serre, à son niveau de 1990. Dernièrement, la chancelière allemande Angela Merkel, a même proposé de réduire les émissions de 60% d’ici 2050. Un objectif qui fait rêver, mais qui a peu de chances de se concrétiser : les Etats-Unis, plus gros pollueurs de la planète aux côtés de la Chine et de l’Inde, viennent d’annoncer que leurs émissions de CO2 devraient augmenter de 11% au cours de la prochaine décennie. De plus, même si les 27 se sont accordés à produire d’ici 13 ans 20% d’énergies renouvelables, la France a obtenu que le nucléaire soit compté dans cet objectif contraignant.
Pourtant, l’Allemagne est bien décidée à jouer un rôle précurseur pour relever l’un des défis majeurs du 21ème siècle. Martin Beniston lui donne raison : « l’Europe peut avoir une influence positive en montrant que la lutte contre le changement climatique est possible au niveau technologique, mais surtout économique et politique ». Selon lui, il faudrait 5 à 10 ans pour élaborer une stratégie communautaire efficace sans perturber la bonne marche de l’économie. Tout en commençant dès aujourd’hui à économiser de l’énergie, notamment en optant pour des sources alternatives dans le secteur des transports et des bâtiments publics.
De son côté, Berlin propose d’instaurer une taxe globale sur le kérosène. En effet, peu de gens savent qu’un aller-retour à Majorque en avion, correspond à environ un an de consommation énergétique d’une voiture de ville. Selon un récent sondage, 92% des Allemands seraient prêts à adopter un comportement plus écologique, mais en même temps, le chiffre d’affaire des tour-opérateurs s’envole.
« Le changement climatique est aussi dangereux que la guerre » a déclaré le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, en plaidant pour une action mondiale. Oui, mais la mobilisation contre le réchauffement climatique est moins facile à organiser car il tue, lui, à petit feu.