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 Neo Rauch, See, 2000
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Pas de fumée sans feu
Rauch, le représentant par excellence de la Nouvelle école de Leipzig (voir La Gazette n°9), n’aime pas les limites. C’est du moins ce qui se dégage de l’exposition exceptionnelle que lui consacre le Kunstmuseum Wolfsburg. 75 tableaux aux formats démesurés et une sculpture de néons.
Le train. Cette chose de métal par laquelle la révolution industrielle est passée… ainsi que sur le corps des parents de Neo Rauch, morts dans un accident ferroviaire alors qu’il venait de naître, les deux d’un coup, broyés par la tôle. On comprend mieux la fascination du peintre pour ce moyen de transport. Afin de le dompter, il se l’est approprié, il l’a rationalisé. De même que son passé en RDA : dans ses tableaux, Rauch multiplie les ouvriers et les travailleurs, aux prises avec la désolation, une affliction naïve et ingénue qui s’exprime dans des œuvres gigantesques, paradoxales, aux couleurs mates et douces, proches du langage graphique de la bande-dessinée ou de la publicité américaine des années 60. Désolation et violence, latente, sans être véritablement menaçante, un peu puérile et pourtant bien présente. Des fusils, des couteaux, un homme troué de balles qui avance, avenant, vers son meurtrier, comme si de rien n’était. Rauch l’infatigable peint sa vision de la modernité, inlassablement. Il poursuit un rêve. Un songe désincarné où les dichotomies se fondent, un monde où ville et campagne sont un, où espace privé et public se mélangent, où l’ancien et le nouveau ne sont plus anachroniques, où l’humain et l’animal fusionnent... Il peint aussi pour honorer les commandes de ses clients qui se pressent au portillon.
Mais il y a une chose avec laquelle Rauch ne joue pas : le sexe - les sexes. A l’inverse des surréalistes, héritiers de Freud, qui exploraient les rêves sous l’angle de la sensualité, le monde onirique de Rauch est un monde figuratif et réaliste, un « réalisme socialiste » peuplé de bêtes travailleuses. Dans des tableaux exempts de tout érotisme, ses personnages, pour être asexués, n’en sont pas pour autant androgynes. Il semblerait que la sexualité soit pour Rauch un terrain sacré sur lequel il ne s’aventure pas, l’homme et la femme sont morts à jamais, ils ne peuvent plus se mélanger, ni se reproduire - ou être reproduits. Ne reste que des paysages d’autoroutes vides, des usines désertées ou si peu peuplées, des HLM et des stations services, ainsi que des êtres humains sans âmes et relégués au statut de robots. Une vision douce amère de notre époque, à une heure de Berlin en ICE.
C.R.
Neo Rauch, „Neue Rollen - Bilder 1993 bis 2006“, Kunstmuseum Wolfsburg, Hollerplatz, du 11.11 au 11.3.2007, mer à dim de 11h à 18h, mar de 11h à 20h