Berlin n’est pas en manque de scènes, grandes ou petites, anciennes ou contemporaines, subventionnées ou indépendantes. Étrange initiative donc que celle de Jochen Sandig et Folkert Uhde (sous le haut patronage de Sasha Waltz) au bord de la Spree. Radialsystem V, à quelques mètres de la Ostbahnhof, ouvre ses portes les 9 et 10 septembre. Une belle alternative aux « maisons de théâtre » poussiéreuses et un premier programme éclectique (danse, musique classique, arts visuels).
L’architecture, d’abord, mérite d’être remarquée tellement elle n’a rien de remarquable... L’architecte Gerhard Spangenberg (auteur de la Treptower et des bureaux de la TAZ sur la Kochstraße) n’a pas cherché ici à faire œuvre. Son intervention est simple et lisible : rénovation minimum et respectueuse de l’ancien (une usine de pompage d’eau) et par-dessus, une boîte de verre au langage contemporain. Une vaste terrasse-balcon se trouve ainsi créée entre les deux volumes. Surtout, ce n’est pas un geste ou un manifeste, juste une architecture au service des usages futurs. Une halle de 600 m² avec un aménagement modulable, pas de scène, pas de gradin fixe, pas de technique compliquée. Une flexibilité qui rendra possible toutes les manifestations, du théâtre à la danse en passant par les « events» tellement prisés par les entreprises privées. Viennent une deuxième salle de 400 m² puis, dans le volume de verre, des studios de répétition, loges, bureaux, etc.
L’autre surprise de Radialsystem est son mode de financement qui explique aussi en partie la grande flexibilité de son architecture. Car il ne s’agit pas d’une salle de spectacles usuelle (et dédiée à un metteur en scène et à une esthétique), mais plutôt d’une machine à produire et, dans le même temps, d’espaces à louer bien situés, modulables et classieux. On pourrait presque penser aux Maisons de la Culture, l’ambition sociale en moins, la logique de l’investisseur privé en plus. Un projet réaliste pour le 21ème siècle berlinois, même si on sait par avance que l’énergie et l’intelligence de ce genre de lieux ne vient pas tant de l’architecture que des personnes qui le gèrent et l’utilisent.
Thibaut de Ruyter