
 |

|
 Crédit photo : Airwalkmax
|

Depuis lundi dernier, la ville de Bonn a vu fleurir sur ses trottoirs de nouveaux parcmètres destinés à règlementer la prostitution. Comme une voiture paye la durée de son stationnement, les prostituées devront désormais payer leur place sur le trottoir.

Cette année à Bonn, la rue Immenburgstraße a connu de nombreuses mutations. Spécialisée dans le travail du sexe, cette rue possède des bars, maisons closes et de la prostitution d’extérieur. Et c’est cette dernière activité qui porte ces derniers temps toute l’attention vers elle. Il y a trois mois, la municipalité a fait construire des compartiments cloisonnés en bois sur des places de parking permettant aux clients de se garer en toute sécurité. Et lundi dernier, leur dernière trouvaille fait controverse. Désormais, les prostituées travaillant doivent payer leur place sur le trottoir grâce à un parcmètre spécialement conçu pour l’occasion. Le prix est de six euros pour une nuit complète, de 20h15 à 6h du matin. C’est la première fois qu’un système automatisé tel que celui-ci est mis en place. Des employés administratifs patrouillent pour surveiller si chaque prostituée à bien payé sa sexe-taxe. En cas de fraude, l’amende est susceptible d’aller jusqu’à 100 euros.
La municipalité semble fière de ses nouveaux parcmètres. La porte-parole de la ville de Bonn, Monika Frömbgen présente tous les points positifs de la mesure. C’est au nom de l’équité fiscale que la ville crée cette nouvelle taxe. En effet, jusqu’ici, seule la prostitution organisée dans les bars à hôtesse, saunas et autres maisons closes étaient déjà taxées. Désormais, le secteur de la prostitution d’extérieur est également règlementé. Evidemment, cette sexe-taxe est le moyen de récolter un peu de sous au passage. Toutes les installations de la Immenburgstraße ont coûté 8 000 euros. Et selon les estimations de Mme Frömbgen, avec environ 15 à 20 dames par soirée, cette nouvelle taxe rapportera entre 88 à 120 euros par jours. Ajouté aux 200 autres travailleuses du sexe de Bonn, les recettes s’élèveront à 200 000 euros par an, une somme non négligeable.
Cette pratique nouvelle a immédiatement suscité des réactions de toute part. Vice-président de l’Association allemande des villes et des municipalités (DST), Uwe Zimmerman trouve cette idée novatrice et très intéressante, « si ça fonctionne, cela pourra être repris dans d’autres villes ». C’est également l’avis des Verts. Dorothée Weingartz, leur porte-parole trouve la mesure très juste. Il serait normal d’exiger cette taxe étant donné les dépenses effectuées pour la sécurité de ces dames. C’est une mesure sérieuse et utile comme le montre l’installation d’un bouton d’urgence pour aider les prostituées en cas d’urgence. Mais ce n’est pas l’avis de tout le monde. Le président du SPD de Bonn, Wilfried Klein, a même qualifié la sexe-taxe « d’idée absolument folle ». Plusieurs associations sont également très critiques. C’est le cas de l’association des prostituées de Francfort qui derrière Juanita Carmen Dona Carmen refuse cette mesure en soulignant qu’il n’y a aucune autre profession payant ses taxes à un guichet automatique. C’est aussi au nom de l’égalité face à l’impôt que l’Agence de conseil des travailleuses et travailleurs du sexe (Bufas) rejette la sexe-taxe. Les associations sont fatiguées du fait que la prostitution soit mise à l’écart.

 |  |

|
 crédit photo : chishikilauren
|
L’installation de ce parcmètre à prostituées interroge de nouveau les esprits sur cette profession atypique et souvent qualifiée de « plus vieux métier du monde ». L’échange d’actes sexuels contre une rémunération pose de nombreuses questions. Et chaque pays y répond à sa propre manière. Sur ce point, les différences sont grandes entre l’Allemagne et la France. Cette dernière reconnait la prostitution mais la réglemente peu et toutes les activités de proxénétisme organisées sont illégales. La loi la plus symbolique est la loi de sécurité intérieur de 2003, dite loi Sarkozy, qui condamne le racolage, même passif. Une mesure qui n’a eu comme effet que de repousser la prostitution en d’autres lieux. En Allemagne, la situation est différente. On compte environ 400 000 personnes pratiquant la prostitution, dont 95% de femmes. Les allemands ont fait le choix peut être plus sain d’admettre que la prostitution existe et qu’il est alors nécessaire de l’organiser et de la contrôler. C’est pourquoi la prostitution, le proxénétisme et les maisons closes sont légales et réglementées. En 2002, une loi reconnaît la prostitution comme un « emploi de service » avec les droits et les devoirs qui lui sont liés. Malgré tout, peu de prostituées sont déclarées et peu d’établissements proposent de vrais contrats de travail.
L’installation de cette nouvelle sexe-taxe à Bonn à au moins le mérite de remettre en lumière ce métier stigmatisé qui fait courir la plupart du temps de nombreux risques (maltraitance, assassinat, infections variées) à des personnes de plus en plus jeunes et bien souvent en situation précaire.
Loïc Boissieu