Laurence Chaperon ne souhaite pas s'étendre sur le sujet. Oui, elle photographie les personnalités politiques allemandes, dont Angela Merkel, depuis le début des années 90. Pour cette artiste française, débarquée à Bonn en 1982 pour passer une audition de danse classique chez Paul Van Dyck, pas question pour autant de se vanter. « Sa réussite, c'est la sienne et je ne cherche pas à me profiler par rapport au succès de la chancelière ». Celui de Laurence Chaperon tient à sa discrétion.
« J`ai commencé à faire des photos d'Angela Merkel par hasard ». Quand Laurence Chaperon décide de mettre un terme à sa carrière de danseuse classique, la jeune femme a déjà un parcours exceptionnel derrière elle. Après avoir commencé cette discipline à 17 ans et demi, elle est rapidement repérée par les plus grands. Raymond Franketti, Roland Petit, et Paul Van Dyck… Pourtant, à trente ans, la danseuse range ses pointes : « C´était le bon âge ! », sourit-elle, l´œil noisette pétillant.
Sa reconversion est toute trouvée : elle pratique la photo en amateur depuis toujours. Sa rencontre, en 1992, avec un photographe à la tête d´une agence de photos politiques, sera décisive. Après avoir suivi des cours de photo à Paris et Bonn, Laurence Chaperon se lance dans la photographie d´hommes politiques. Reportages, voyages avec les politiciens, portraits… « Ce qui m´intéresse, c´est de photographier des personnes, j´aime travailler avec les gens ! », explique la photographe, aujourd´hui établie à Berlin – elle a déménagé de Bonn à Berlin en même temps que le gouvernement. Et c´est justement parce qu´elle les aime, qu´elle met un point d´honneur à respecter leur intimité. « Depuis qu´Angela Merkel est connue, on me demande comment elle est en privé… Mais si j'ai la chance de la photographier, c´est justement parce que je respecte sa confiance et que je suis discrète ». Inutile donc d´espérer lui arracher la moindre confidence sur Angie.
Une femme photographie une femme, et si c´était ça, la clé du succès ? Laurence Chaperon sourit : « Je ne sais pas si j´ai un œil féminin. Y a-t-il une sensibilité différente ? Ce n´est même pas sûr. Ce qui compte, c´est comment on se comporte avec la personne qu´on photographie. Et je ne suis jamais indifférente ». L´artiste reconnaît soigner tout particulièrement les postures dans ses mises en scène de portrait, héritage de son passé de danseuse classique. Homme ou femme, l´importance de l´image en politique ne connaît pas de sexe. « J´observe de la même façon un homme ou une femme et ce qui compte, c´est l´attitude, le rayonnement…Mais dans le principe, un lecteur va toujours faire plus attention à l´image d´une femme, à sa coiffure et ses habits. »
Alors bien sûr, la photographie n´est pas épargnée par le machisme... « Dommage, c´est banal mais encore vrai. Mais ça ne m´empêche ni de vivre, ni de travailler, ni de réussir ! ». En toute discrétion.
Sonia Gonzalez