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Garagiste français à Berlin

   24.05.2013 
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Photo: Chloé Riegler.

Le militantisme n'a pas de frontières. A Berlin aussi, les socialistes occupent le terrain pour leur candidat François Hollande. Le mercredi 11 avril, à quelques jours des présidentielles, La Gazette de Berlin les a suivi pour une opération de porte à porte dans le quartier de Kreuzberg.




Dix militants sur le départ. Photo: Chloé Riegler.

18h15 : un rouge qui tâche

 

Avec leurs coupe-vents rouge « Équipe de campagne, François Hollande », les militants socialistes se distinguent de loin. Malgré une pluie menaçante, ils étaient une dizaine mercredi 11 avril à se retrouver près du métro de Kotbusser Tor. «On le fait pour lutter contre l'abstentionnisme. Quand on est français, on est encore français à l'étranger et notre voix compte », signale Naomi, jeune militante. Au sein du groupe de militants, de Michelle frisant la soixantaine jusqu’à Naomi, la vingtaine, la diversité des militants est respectée, presque comme dans une affiche de campagne PS. La plupart ne sont pas des engagés de la veille, ils se connaissent et sont résidents permanents à Berlin.

 

« Aux présidentielles, on estime à moins de 50% les français de l'étranger qui vont voter », affirme Matthieu Rigal. Le jeune secrétaire de la section de Berlin, arrivé le sourire aux lèvres et la sacoche pleine de prospectus, donne déjà des consignes à son groupe. « Ce soir on compte aller frapper à plus de 200 portes. C'est ambitieux sur seulement deux heures, mais on a déjà fait 80 portes à quatre la dernière fois, alors à dix, ça devrait être jouable ».

 

Tous sont convaincus de l'utilité du porte-à-porte. La méthode est plus directe et efficace que le simple tractage pour informer les électeurs, et elle permet d'expliquer la procédure -assez peu connu finalement- des élections à venir. « Il y a des gens qui ne connaissent pas les dates des deux tours, mais aussi énormément de questions administratives du genre où on vote ? Où on fait les papiers ? », commente Naomi à l'enthousiasme à toute épreuve.

 




Matthieu Rigal, secrétaire de section à Berlin et Etienne, militant. Photo: Chloé Riegler.

18h35 : Assaut sur les sonnettes

 

Après quelques photos, la dizaine de militants se scindent en quatre groupes. Cette force militante semble manquer aux autres partis politiques, puisque les socialistes sont les seuls à pratiquer le porte-à-porte en Allemagne. Ce mercredi 11 avril, l'action fait partie d'un porte à porte mondial de 24 heures en continu pour François Hollande : « Ça commence à Taipeï, on continue à Pondichéry, en Europe, et ça se terminera en Amérique du Nord. La Réunion participe aussi... », indique Matthieu Rigal. Au total, plus de cinquante équipes se sont mobilisées le 11 avril à travers le monde. Depuis le début de la campagne l'objectif affiché de l'équipe de François Hollande est de frapper à plus de 5 millions de portes, France et DOM-TOM cumulés.

 

« On a reçu des directives pour cet événement, mais on a une totale liberté d'organisation de notre porte-à-porte sur Berlin », explique Matthieu Rigal. Pas si simple comme organisation, puisque cinq minutes plus tard, le groupe marque un arrêt. Le secrétaire de section réalise qu’il a en main la mauvaise liste : « c'est la 10-9-9-7 et il me fallait la 99-8 moi », l’entend-on dire au téléphone. Le porte à porte se heurte à plusieurs obstacles : le déménagement, l'absence de réponse aux interphones, ou même le refus d'ouvrir sa porte.

 

Les listes de français résidant à Berlin proviennent de l'Ambassade. « Quand on appelle directement une personne par son nom en sonnant chez elle, forcément ça l'interpelle. Certains critiquent le fait que l'Ambassade donnent les liste à n'importe qui, entre guillemets », explique Matthieu Rigal.

 

Au 31 décembre 2011, 114 372 Français étaient inscrits au registre des Français établis hors de France, dont 21 235 à Berlin. Mais entre les étudiants Erasmus de passage, ceux qui ne font pas leur Anmeldung (inscription en Mairie) et ceux qui sont pas enregistrés au Consulat, difficile d'avoir des estimations précises. Selon Matthieu Rigal, en 2007, il y avait 6642 inscrits sur les listes électorales de Berlin. « En 2012, cette même liste à laquelle s'est jointe la Basse-Saxe compte 11800 inscrits, dont 7400 pour la seule ville de Berlin (arrondis à la centaine) », explique-t-il.

 

En raison de la difficulté à constituer un échantillon représentatif, un seul sondage d’intentions de vote a été réalisé fin mars pour la présidentielle de 2012 auprès des français de l'étranger dans le monde. Selon cette étude d'OpinionWay, les français de l'étranger placeraient nettement en tête Nicolas Sarkozy (37%) devant François Hollande (27%).

 

Parmi les quatre pays avec le plus d'expatriés français - les États-Unis, la Suisse, le Royaume-Uni et l'Allemagne- la République Fédérale est le seul pays où les français de l'étranger votent majoritairement à gauche. Berlin la bohème, semble attirer un électorat favorable à François Hollande.



18h50 : « oui merci, je voterai Hollande».

 

Une porte s'entrouvre. Intimidé mais curieux, un jeune homme descend prendre les prospectus qu'on lui tend. Il écoute attentivement les militants, puis réplique d'un : « oui merci, je voterai Hollande ». Une croix de plus à cocher sur la liste des satisfaits. Chaque action de porte à porte est quantifiée. La section berlinoise tente d'établir des statistiques pour ensuite les transmettre à la Fédération des Français à l’étranger du Parti Socialiste.

 

« La plupart du temps nous sommes accueillis avec curiosité et intérêt », explique Michelle, militante enjouée, « même par ceux qui ne sont pas de notre bord politique", insiste la dynamique doyenne du groupe.

 




Photo: Chloé Riegler.

19h30 : Berlin, passe d’armes à gauche

 

Après plus d'une heure, trois personnes seulement ont reçu les prospectus en main propre de Matthieu Rigal et son groupe. « On est dans un coin avec peu de français, je pense que les autres groupes ont dû avoir plus de chances que nous », assure-t-il. Le secrétaire de la section berlinoise a de quoi rester confiant : historiquement, la capitale fédérale a longtemps conservé une réputation de gauche.

 

Aux élections législatives locales de septembre 2011 à Berlin, le SPD (Parti social-démocrate, cousin germain du PS) avait réussit le score notable de 28,3%. Du côté français pour les élections présidentielles de 2007, sur 3500 suffrages exprimés à Berlin, 73% ont votés pour Ségolène Royal contre 27% pour Nicolas Sarkozy. « C'est vrai qu'on est en terrain relativement conquis, même à Charlottenburg [quartier à la réputation bourgeoise NDLR] on a 80% voir 90% de réponses positives », admet le secrétaire de section.

 




A voté. Photo: Chloé Riegler.

Au-delà des seules élections présidentielles, les militants tentent d’informer les électeurs sur les législatives : « Peu de gens connaissent Pierre-Yves Le Borgn, candidat pour le PS et les Verts dans la septième circonscription, et ignorent d'ailleurs la tenue d'élections législatives les 3 et 17 juin », commente Gabriel, militant aguerri.

 

L'éloignement, cause probable du désintérêt ? Selon un sondage OpinionWay réalisé en mars 2012, seulement 68% des français vivant dans un pays européen hors de France connaissent le nom des principaux candidats aux législatives dans leur circonscription. Globalement, le sondage estime à seulement 38% le taux de participation des français à l'étranger aux élections législatives.

 

En Allemagne, le Parti socialiste compte 200 encartés pour cinq sections. La section berlinoise rallie à sa cause 40 militants. « C'est vrai que pour une action de terrain c'est plus facile de travailler avec des gens acquis à notre cause, mais c'est pas forcément évident, parce que les Français à l'étranger se sentent moins concernées par les élections », précise Naomi, militante énergique. A Berlin aussi, la bête noire de l'abstention n'a pas dit son dernier mot.


Corentin Valençot.

 

 

D'autres articles sur les élections :

 

- Réponses des candidats à 3 questions sur l'Allemagne

- Les infos à savoir








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