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Myrna Loy et Clark Gable sur le tournage de Too Hot To Handle (1938).
source : Collection Isabelle Champion, Paris
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Le musée du cinéma et de la télévision de Berlin (Museum für Film und Fernsehen) propose jusqu'au 29 avril 2012 deux expositions sur la photographie de tournage. Am Set, Paris, Babelsberg, Hollywood (1910 bis 1939) présente une collection très complète et captivante, tandis que la deuxième galerie Am Set, Berlin Babelsberg heute s'avère moins attirante.


Première, moteur

 

Au coeur de Berlin, dans le nouveau quartier de Potsdamerplatz, le musée du cinéma et de la télévision se situe dans les bâtiments ultra-modernes du Sony Center. Plus de 250 photographies de tournages sont présentées dans cette galerie doucement éclairée à la décoration discrète.

De loin la plus fascinante, la première partie, Am Set. Paris-Babelsberg-Hollywood, 1910 bis 1939 est une exposition déjà présentée à Paris en 2010. Les photos font parties du stock de la Cinémathèque française, de la Cinémathèque allemande et de la collection du cinéphile Gabriel Depierre (décédé en 2004), jadis assistant du grand photographe Roger Cordeau.

 

Le cinéma a quelque chose de magique. Une aura particulière qui fait vivre au spectateur d’un film un moment intense et fantastique. Mais cette alchimie ne peut pas se réduire au trop bref instant de la projection. Le processus est long et contient de nombreux secrets. C’est cette tambouille qu’il est proposé aux visiteurs curieux de découvrir. L’envers du décor. Le cinéma en action. Tout ce travail en amont, ces prises répétées des centaines de fois pour viser juste et atteindre l’illusion parfaite. Comprendre comment se forme l'image en mouvement, grâce à un art qui précisément fixe l'image à un moment donné, un paradoxe?




Asta Nielsen et Fritz Weidemann en plein tournage de WENN DIE MASKE FÄLLT (1912) par Urban Gad.
source : Deutsche Kinemathek
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Action

 

L’exposition permet de jeter un coup d’œil aux coulisses. Souvent anonymes, le rôle des photographes de plateau prend de l'importance à partir des années 1910, avec l’apparition de la publicité, permettant d’alimenter le star-system naissant. Grâce à eux et à leurs photos. Les photos sont d'une qualité artistique indéniable et extrêmement bien conservées. Grâce à la puissance du noir et blanc et à la finesse des contrastes, l’épopée du cinéma renaît sous nos yeux.




Le réalisateur Fritz Lang dirigeant au mégaphone sa masse de figurants pour le film Metropolis (1927).
source : Horst von Harbou - Deutsche Kinemathek
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30 ans de métamorphoses. Passage de la caméra en bois à la puissante et légendaire caméra Mitchell. Les décors, au début sous la forme de vulgaire trompe-l’œil, se transforment par la suite en paysages géants et hyper réalistes. Les premiers studios, de grandes serres en verre éclairées par la lumière du jour (à l’image de la bien-nommée Glashaus de Babelsberg construite en 1912 dans le Brandendourg à côté de Berlin), deviennent des bunkers isolés et entièrement électrifiés.

Encore artisanal, le cinéma de cette époque composait sa propre grammaire. « Des pionniers inventant une nouvelle forme d’expression, un nouvel art » signe Martin Scorsese dans la préface du catalogue de l’exposition. Bien vite, l'artisanat se transforme en industrie, avec son gigantisme et sa hiérarchie sociale très stricte. On revit la révolution des éclairages électriques et des premiers films parlant. Les plateaux de tournages se remplissent de tout l’appareillage désormais indispensable : réalisateurs et techniciens se frayent un passage à travers les machines, domptant lampes et gigantesques caméras.




Brad Pitt sur le tournage de Inglourious Basterds (2009) de Quentin Quarantino, tourné aux studios de Babelsberg.
source : Studio Babelsberg
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Acteurs, réalisateurs, techniciens et machines sont intimement mêlés. On contemple Cary Grant et Rita Hayworth assis tranquillement à côté de leur réalisateur Howard Hawks. Marlène Dietrich séduisant l’objectif d’un coup d’œil derrière l’épaule. Et beaucoup d’autres : Fritz Lang, Friedrich Wilhelm Murnau, René Clair, Cecil B. DeMille, Jean Renoir, John Wane, Clark Gable, Laurel et Hardy, Charlie Chaplin...

 

Coupez!

 

La deuxième partie, Am Set Berlin-Babelsberg Heute, est moins intéressante.

En 2012, les célèbres studios Babelsberg fêtent leurs cent ans. En 1927, Fritz Lang tourne là-bas son chef-d'oeuvre Metropolis. Durant une cinquantine d'année, la montée du nazisme, la Seconde guerre mondiale et l'Allemagne divisée a diminué la renommée de ces studios. Depuis dix, ils connaissent un regain de popularité. Berlin attire, souvent pour la richesse de son histoire, les plus grands noms du cinéma actuel. La deuxième galerie, Am Set Berlin-Babelsberg Heute, retrace cette dernière étape. Le résultat s'avère pourtant frustrant. Malgré des photos montrant en plein travail Tom Cruise (Valkyrie, 2008), Brad Pitt (Inglorious Basterds, 2009), Roman Polanski (Le pianiste, 2002) ou Daniel Brühl (Good by, Lenin !, 2003), l'enchantement observé dans la première galerie a disparu. Est-ce la photo en couleur qui surinforme le spectateur et dévoile un monde désenchanté ? Ou simplement le métier de photographe de plateau qui a perdu ses lettres de noblesse et son utilité ? Malgré tout, cette double exposition est une mise-en-bouche émouvante et instructive avant le déferlement cinématographique de la 62ème édition de la Berlinale.

 

Loïc Boissieu

13.01.2012

 





Ingrid Bergmann et le Chien Buzzy sur le tournage de INTERMEZZO de Gregory Ratoff (1939).
source : Collection Isabelle Champion, Paris
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