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 L'affiche du film
Photo: looking4poetry
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A 38 ans, Marjane Satrapi est l’auteur d’une BD culte - et d’un film en passe de le devenir. « Persépolis », le film d’animation tiré de la BD de l’Iranienne Marjane Satrapi, sort sur les écrans allemands le 22 novembre. Le récit (autobiographique) suit les tribulations de la jeune Marjane, une Zazie iranienne attachante et frondeuse dans un pays en proie aux révolutions, à la guerre et la répression, l’exil scolaire (raté) de l’adolescente à Vienne, et son retour en Iran jusqu'à son arrivée à Paris en 1994, où elle vit aujourd’hui. Le film a obtenu le prix du jury du festival de Cannes 2007, défrayé la chronique diplomatique Franco-Iranienne, et captivé les foules françaises. Précédé par un succès de librairie inattendu (l’album a été traduit en 38 langues!), le film a tout pour séduire le public allemand.

La Gazette : Pourquoi avoir choisi d’adapter Persépolis au cinéma?
Marjane Satrapi : Pour être honnête je n’étais pas vraiment convaincue que ce soit une si bonne idée. Je ne sais pas pourquoi j’ai commencé. C’était cette opportunité : on te donne de l’argent, des moyens, et on te dit de faire le film que tu veux. J’étais juste trop curieuse pour ne pas accepter. Maintenant que j’en aime le résultat, je peux vous inventer 256 raisons pour l’avoir fait.
La Gazette : La BD c’est quatre tomes… Comment réduire ça à 90 min?
Marjane Satrapi : Il faut choisir un fil conducteur et le suivre. Avec Persépolis le choix s’est fait sur le tournant de l’exil – la nostalgie de quelqu’un qui n’a plus de pays - Marjane assise dans l’aéroport sans billet retour se remémore toute sa vie. Une fois que tu as ça, tout le reste suit.
La Gazette : Ça correspondait à un état d’esprit du moment ?
Marjane Satrapi : Oui. A l’époque où j’ai fait la BD, c’était ma façon de montrer mon point de vue sur les évènements, sur l’Iran.. Au moment du film c’était la nostalgie qui dominait. Si je devais le refaire aujourd’hui mon angle serait surement encore différent.

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 Marjane Satrapi ou l'itinéraire d'une femme libre entre Orient et Occident au delà des clichés et des archaïsmes (photo : jason Whitteker)
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La Gazette : Persépolis est en effet un film sur l’exil et l’identité. Avec le recul, pourquoi pensez-vous avoir réussi à vous intégrer en France et pas en Autriche ?
Marjane Satrapi : Mauvais endroit, au mauvais moment ! Quand je suis arrivée en France je n’étais plus une ado, j’avais 24 ans, fini mes études et j’avais un mariage et un divorce derrière moi. Et puis il n’y avait pas la barrière de la langue. Ce n’est pas tellement le choc des cultures – je ne crois pas à cette imbécilité de choc des cultures – mais la barrière de la langue ça, ça existe : si les gens ne comprennent pas ce que vous dites, ils ne comprennent pas ! Et le français est une langue que je parle depuis l’âge de quatre ans.
La Gazette : Qu’est-ce qui vous a plu en France?
Marjane Satrapi : Qu’on puisse fumer partout où l’on veut !
La Gazette : Hum… Maintenant que ce n’est plus le cas, vous aimez la France un peu moins ?
Marjane Satrapi : Le jour où ils interdisent la cigarette pour de bon, je vais l’aimer beaucoup moins, ça c’est sûr ! Parce que, ce qui me plaît en France, c’est l’attachement à la liberté individuelle. J’adore l’individualisme des Français. Je suis moi-même très individualiste, alors si c’est pour devenir comme des moutons, baisser la tête et suivre les règles ! La cigarette, pour moi c’est vraiment une question de liberté individuelle.
La Gazette : Comment décririez-vous la liberté individuelle en Iran?
Marjane Satrapi : Bon, ne comparons pas l’incomparable. Dans un pays démocratique, on peut dire ce qu’on veut sans aller en prison et ça aide. Le plus important c’est la pensée individuelle. Malheureusement nous nous dirigeons vers un monde extrêmement monolithique. Nous voulons des réponses toutes faites à des situations extrêmement complexes et ça, que nous le voulions ou non, mène au fanatisme parce que ça signifie que vous travaillez avec les émotions. Vous pressez le bouton de l’émotif et ils vocifèrent, brûlent, tuent. Pour ma part, en tant qu’artiste, c’est avec l’intellect que je travaille : je pose les questions. Je montre la complexité et je demande aux autres de faire un effort : l’effort de l’intelligence.
La Gazette : Une œuvre politique ?
Marjane Satrapi : Non ! Un tract, c’est politique : tu le prends et tu le jette plus loin. Il n’en reste rien. Disons juste que c’est un film approprié aux temps que nous vivons.
La Gazette : Est-ce la raison pour laquelle vous dites que Persépolis est une œuvre humaniste plus que politique ?
Marjane Satrapi : Oui. Trop souvent on parle de tout, sauf de l’être humain.
La Gazette : Et la BD, en était le meilleur véhicule ? Pourquoi ?
Marjane Satrapi : D’abord parce que je ne saurais pas m’exprimer différemment. Je ne suis pas un bon écrivain. J’aime l’universalité du langage graphique, du dessin. Il y a toujours des choses que l’on peut exprimer à travers le dessin, que les mots auront du mal à traduire. Prenez le mot ‘fun’ : il n’existe pas en français. Tout simplement parce que les Français ne sont pas ‘fun’. Ils ont l’ironie, le sarcasme, toutes sortes de choses mais ils ne sont pas des gens ‘fun’. Avec le dessin, je peux transmettre exactement ce que je veux et les gens comprennent.
La Gazette : Est-ce la raison pour laquelle l’adaptation cinématographique devait être un film d’animation ? On vous avait pourtant proposé Jennifer Lopez et Brad Pitt dans le rôle de vos parents, c’était tentant !
Marjane Satrapi : Ça n’aurait pas marché et pour deux raisons. Dans un film traditionnel vous devez choisir un lieu – un endroit géographiquement déterminé : et on aurait eu cette histoire d’ « Orientaux » qui vivent loin de nous, avec leurs fanatiques. On aurait perdu ce caractère universel que l’abstraction du dessin permet. Le second problème est qu’on était confronté à plusieurs niveaux de narration : la vie réelle, les retours historiques, les flashbacks. Pour réussir à agencer tout ca, ou bien vous vous appelez Federico Fellini - et vous vous en sortez avec grâce et beauté - ou bien vous risquez de sombrer dans le vulgaire. L’animation permet de naviguer d’une narration à l’autre plus facilement.
La Gazette : Pensez-vous revenir en Iran un jour?
Marjane Satrapi : Oui, j’y retournerai…
Propos recueillis par Nadja Vancauwenberghe