Le Troisième Reich est à l’Allemagne pour le correspondant étranger ce que la famille royale est à la perfide Albion : un fonds de commerce inépuisable qui interpelle toujours le chef de service parisien en mal de frayeurs historiques (ou hystériques ?). Les skinheads et autres Eva Herman confirment les bons vieux clichés sur fond de ritournelle éternelle « l’Allemagne décidément ne changera jamais ! »
Pour le correspondant qui s’échine à placer des papiers sur les soubresauts de la politique intérieure, la réforme de la santé incompréhensible ou autres joyeusetés genre ALG ou Hartz, les néo-nazis sont pain béni. Quelques abrutis au crâne rasé défilent au pied de la porte de Brandebourg et déjà les images font le tour du monde rappelant les retraites au flambeau d’époque où les bruits de bottes étaient plus sonores et plus menaçants. Peu importe que les écervelés provocateurs ne constituent qu’un maigre troupeau, le coup médiatique fonctionne à tout coup.
Les rédactions parisiennes oublient un peu vite les exploits hexagonaux d’un certain Jean-Marie aux succès autrement plus importants et durables que ceux des nostalgiques du Reich de 1000 ans. La paille –qui existe- dans l’œil du voisin teuton leur fait bien vite oublier la poutre qui les défigure.
Mais pourtant les choses évoluent. Les collègues à Londres s’occupent aujourd’hui tout autant de Harry et William qu’ils le faisaient il y a quelques années de Lady Di. La couverture en France de l’Allemagne et de son passé est devenue plus « sachlich ». La connaissance du voisin n’a pas forcément progressé mais les conclusions sommaires reviennent moins vite à la surface. Le travail pédagogique des correspondants a peut-être porté ses fruits pour livrer une image plus nuancée et pertinente. Une nouvelle génération de journalistes, toujours consciente de l’héritage du passé, mais moins marquée biologiquement par ce dernier est aujourd’hui aux commandes.
Pascal Thibaut est correspondant de RFI. Il habite à Berlin depuis 16 ans.