Oublier le 14 juillet ? Vous n’y pensez pas ! On oublie l’anniversaire de sa femme ou sa belle-mère sur une aire d’autoroute. Mais pas LA fête nationale. L’école laïque et républicaine est passée par là. Sans compter les souvenirs personnels. Les retraites aux flambeaux avec Monsieur l’instituteur et le feu d’artifices, le bal des pompiers et les flonflons, la kermesse et les pétards.
Oublier le 3 octobre ? Le risque est déjà nettement plus grand pour nos voisins allemands et leur fête nationale frigide et sans âme. Dernièrement, j’appelle mon concessionnaire pour la révision annuelle de ma voiture. A mon grand étonnement, mon interlocuteur me propose un rendez-vous le 3 octobre. Après deux secondes d’hésitation, je lui fais remarquer que le 3 octobre est un jour férié pour cause de fête nationale. Ni vexé, ni gêné, ce patriote de pacotille me propose sans broncher un rendez-vous le 4 octobre.
Reconnaissons que la date du « Tag der Einheit » qui rappelle l’entrée en vigueur du traité d’unification le 3 octobre 1990 n’a rien de très glamour et fait autant vibrer que la date limite pour déposer sa déclaration d’impôts. Un peu comme si en France le 4 octobre, date d’entrée en vigueur de la constitution de la Cinquième République était notre fête nationale. La prise de la Bastille comme lieu de mémoire, ça a plus de chien.
Et les festivités, comme le défilé militaire que nous partageons encore avec Cuba et la Corée du Nord, ça vous soude une nation. Ici, les manifestations du 3 octobre ressemblent à une source d'inspiration pour Léon Zitrone. Du haut de son petit nuage, il doit sûrement s’en servir pour garder la main. Tout ce que l’Allemagne compte se retrouve endimanché et constipé pour une cérémonie à côté de laquelle un enterrement passerait pour une comédie irrésistible . Et le peuple dans tout ça ? Si tant est qu’il se rappelle de la date, il en profite, comme cette année, pour faire le pont. Et les fêtes populaires présentent un scénario des plus éculés : la bière coule la flot et les saucisses croustillent sur des charbons ardents.
*Pascal Thibaut est correspondant de RFI. Il habite à Berlin depuis 16 ans.