C’était un petit matin d’avril 2002. Encore sous le choc du premier tour de la présidentielle, des Français berlinois se réveillaient piteusement se rendant compte que leur manque de civisme de la veille avait permis à Jean-Marie Le Pen d’accéder au deuxième tour.
Ces Français pas très civiques se réveillaient un peu tard. Le délai pour s’inscrire sur les listes électorales du consulat était clos depuis fin décembre. La seule solution qui leur restait encore était de faire établir rapidement une procuration au profit d’une personne inscrite sur la liste électorale de leur commune de résidence en France. Mais pour le deuxième tour marqué par la réélection de maréchal de Jacques Chirac, l’enjeu était surtout symbolique. Entre les deux tours, des Français de Berlin et parmi eux, des abstentionnistes du premier tour qui voulaient se racheter, manifestaient sur Unter den Linden contre l’extrême-droite.
Avec la désignation de Ségolène Royal pour représenter le PS à la prochaine présidentielle, Monique s’est rappelée que des élections avaient lieu l’année prochaine en France (voir page 16). Notre Française berlinoise est plus prévoyante que certains qui, il y a cinq ans, ont eu une gueule de bois carabinée. A leur décharge, il faut dire que les formalités n’étaient pas toujours très simples : trois listes distinctes à l’époque au consulat (immatriculation simple, inscription sur les listes électorales pour les scrutins nationaux et liste pour la désignation du conseil des Français de l’étranger). Sans oublier ceux qui croient – ils existent - que l’enregistrement auprès des autorités allemandes (Anmeldung) permet de voter au consulat lors des présidentielles….
Le choc du 21 avril semble en tout cas avoir porté ses fruits. Les Français installés à l’étranger seront en 2007 au moins 700 000 à être inscrits contre moins de 400 000 en 2002. Un chiffre qui peut faire la différence en cas de scrutin serré. A condition que ces inscrits plus nombreux se rendent aux urnes. Quatre Français de l’étranger sur cinq avaient voté en 1981, les deux tiers en 1988, une bonne moitié en 1995 et seulement 44% en 2002.