
Seulement deux soirées pour admirer le magnifique spectacle « Les Paravents » mis en scène par Frédéric Fisbach. Une pièce écrite par Jean Genet dans les années 50 qui marqua un tournant décisif dans la vie de l’auteur : il quitta avec elle le terrain de la simple littérature pour celui de l’engagement politique.
Ce mauvais garçon de la scène littéraire souvent censuré, ce génie perfectionniste obsédé par la beauté du mot se pose en défenseur des opprimés. Il s’oppose à « la tyrannie blanche » en critiquant ouvertement la France pour la façon misérable dont elle abandonne ses anciennes colonies. Dans « Les Paravents » on retrouve la rage et la colère d’un ancien engagé dans la Légion étrangère, profondément écœuré par la société occidentale qui l’a toujours rejeté sans jamais le comprendre. Il répand son aversion pour la « race blanche », meurtri de n’y avoir jamais trouvé sa place (homosexuel, taulard, voleur, déserteur, privé de droits civiques…).
Une pièce scandaleuse, à l’époque, qui narre l’odyssée vers la mort de trois héros : Saïd, Leïla et leur mère à travers l’Algérie en pleine guerre d’indépendance. Une Algérie avec ses bordels, pleine de vices et assoiffée de justice. Et pour suivre ce trio familial dans son agonie, Fréderic Fisbach a choisi le ton du conte. Associé aux marionnettistes du théâtre japonais Youkisa, il met en scène trois comédiens, une quinzaine de figurines et deux vociférateurs français pour donner vie à 96 personnages. Renonçant au réalisme et à toute forme de théâtre conventionnel, il plonge le spectateur dans un émerveillement enfantin lui permettant de redécouvrir avec bonheur le plaisir des histoires contées et des marionnettes. Un jeu de théâtre qui sépare les mots et les images avec une mise en scène sobre mais rendue gracieuse par l’élégance des marionnettes à fils.
Ainsi, grâce à cet énorme spectacle de presque quatre heures, Fisbach répond au rêve de Genet qui aspirait à un théâtre de cérémonie. On y va pour entendre des histoires et en tant que spectateur, on ne demande qu’à y croire !
"Les paravents" mis en scène par F. Fisbach, 18 et 19 décembre 2007 à 18h15, Haus der Berliner Festspiele dans le cadre du festival Spielzeit' europa.
Letizia Mariotti