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La fameuse habanera de Carmen revisitée par Sebastian Baumgarten.
photo : komisches opera


Le Komische Oper de Berlin présente pour encore deux dates (le 27 janvier et le 4 juillet 2012) le plus célèbre des opéras français : Carmen. Sebastian Baumgarten, l'Est-berlinois metteur en scène d'opéra monte la pièce en 4 actes de Georges Bizet. Après la surprise d’entendre les airs légendaires traduits en allemand, les 3 heures de spectacles s’avèrent haut en couleur et réjouissant.


Un funeste présage



Carmen menaçant Zuniga, le nouveau lieutenant parfaitement idiot.
photo : komisches opera
(cliquer pour agrandir)

A deux pas de la grande avenue Unter den Linden menant à la porte de Brandebourg, l’Opéra-comique de Berlin ressemble de l’extérieur à un cube de dalles blanches, sobre et massif. Une fois entré, l’alliance entre architecture moderne et baroque procure au lieu un faste élégant et bourgeois. Dans la grande salle, l’orchestre s’accorde caché dans la fosse. Le grand lustre central éclaire les moulures dorées des balcons et le velours rouge des sièges. Rouge sang, comme un présage.

 

Né à Paris en 1838 dans une famille de musiciens, le petit Georges Bizet se révèle rapidement doué en musique. En 1875, l’Opéra-comique lui commande « une petite chose facile et gaie, dans le goût de notre public avec surtout, une fin heureuse ». Après des mois d’acharnement, Bizet compose un chef-d’œuvre en tout point différent aux attentes d’origine : Carmen. Les répétitions sont épuisantes. Les chanteurs sont mal à l’aise avec la volonté du compositeur de voir les personnages bouger sur scène tout en jouant d’une manière naturelle. La première sera désastreuse. Le public est déstabilisé par la mise en scène et les critiques se scandalisent de cette histoire sulfureuse.

 

Bouleversé, Bizet se retire dans sa maison de campagne. Malade suite à une baignade dans l’eau glacée de la Seine il meurt quelques jours plus tard de complications cardiaques. On est en 1875, il a 36 ans. Ernest Guiraud, un ami du compositeur remplace les passages parlés par des récitatifs (chantés). Cela a participé sans doute à la diffusion rapide de Carmen dans une société peu habituée à l’alternance entre dialogues et musique. Des musicologues rétabliront les passages parlés au XXème siècle. Pour sa mise en scène à Berlin, Sebastian Baumgarten prend ses libertés et modernise ses moments parlant. Au final, les critiques lyriques allemands ont très bien accueilli cette approche.


Une mise en scène moderne et loufoque



le bar de Lillas pastilla.
photo : komisches opera

Tout le monde connaît Carmen, opéra écrit par Bizet d’après une nouvelle de Prosper Mérimée est aujourd'hui probablement l'une des œuvres lyriques la plus jouée dans le monde. L’histoire d’amour entre Carmen, la belle tsigane, et un toréador orgueilleux, Escamillo. Mais c’est sans compter sur l’amour éperdu que voue le soldat Don José à la sauvage bohémienne. Un amour exclusif à la fin tragique.

 

La mise en scène est délibérément moderne. Sebastian Baumgarten a choisi d’installer l’histoire dans l’Espagne d’aujourd’hui. Un décor d’usine délabrée, des ouvriers aux traits tirés par la fatigue, en arrière plan, une barre d'immeuble austère. Une esquisse de la crise économique espagnole. Dans cette ville de Séville, les langages se croisent, anglais, espagnol, allemand et français pour l’irremplaçable habanera (L’amour est un oiseau rebelle). La scénographie est riche d’installations vidéo, d’effets de lumières, de pyrotechnie, parfois excessive. La mise en scène de Sebastian Baumgarten est extravagente. Carmen apparait un moment sous une perruque blonde. On aperçoit un Zaniga aviné en caleçon imprimé de singes. Avec malice, le spectateur observe le sang des hommes jaillirent lors des combats sous la forme de confettis. Les squelettes géants de Marx et Lénine sont brandis comme des étendards par les contrebandiers aux maquillages macabres et fluorescents. L’aveu ironique et désenchanté d’une solution vaine aux tensions sociales.

 




Le toréador Escamillo entouré des cigarières.
photo : komisches opera

Stella Doufexis, mezzo-soprano, joue le rôle de Carmen avec passion. Don José, le soldat fou d’amour est joué par Timothy Richards. Lillas pastilla (Ana Menjibar), la tenancière de l’auberge captive l’assistance avec des passages de flamenco enflammés et accompagnés par deux guitaristes de talent. Le chœur de l’opéra est puissant, mais leur jeu est peut-être parfois trop exagéré pour être émouvant. Magistral, le chef d’orchestre Yordan Kamdzhalov conduit ses musiciens avec entrain. L'excellente acoustique de la salle permet d’appréhender avec plaisir les airs mémorables, expressifs et joyeux de cette œuvre indéniablement populaire. Olé !

 

Loïc Boissieu

23.01.2012

 

 

Pour accéder au site du Komisches Opera : cliquer ici

 





Lillas pastilla (Ana Menjibar) danse le flamenco accompagné de ses deux guitaristes.
photo : komisches opera








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