« L´impossible retour »
Du retour des survivant des camps nazis en 45 à l´afflux massif des Russes au lendemain de la chute du mur, en passant par le terrorisme d´extrême gauche des années 70, Olivier Guez, au gré des rencontres, retrace 60 ans de vie juive en Allemagne. Une démarche intelligente et vivante. Un livre où il est en fait beaucoup question de l´Allemagne.

La Gazette: Vous avez publié précédemment un livre de géopolitique, avec « L´impossible Retour » vous êtes dans un autre registre, comment en vient-on à écrire ce qui a priori peut devenir en français un ouvrage de référence sur un tel sujet ?
Olivier Guez: Je viens d’une famille juive qui n’a pas de traumatisme particulier lié à la Shoah. Mais né á Strasbourg, j’ai toujours eu une espèce de fascination pour L’Allemagne. J’avais surtout envie de comprendre comment une société se remettait d’un tel crime. Comment on vivait au quotidien après une telle période. Et c’était valable à la fois pour les Juifs et les Allemands. Ce jeu de miroir, permanent après-guerre, existait précédemment. En fait l’histoire des juifs en Allemagne est un excellent révélateur de l’état de la société allemande. Et puis Berlin me paraissait, et me paraît toujours une ville assez fascinante.
LG: Le lien étroit entre l’Allemagne et les Juifs d´Europe, grands vecteurs de la germanité, qui ont donné un peu partout d´éminents germanistes, a joué un rôle dans la genèse du projet ?
OG: Il y a une fascination pour cette culture de la Mitteleuropa de la fin du 19e / début du 20e... mais cette culture disparaît quasiment à l´issue de la Shoah. Je voulais me concentrer sur l’Allemagne ou les deux Allemagnes, parce que la nouvelle culture juive qui émerge progressivement après 45 est totalement différente. Simplement parce que la plupart des Juifs qui sont revenus en Allemagne n’étaient plus des Juifs allemands. Il n’y en a quasiment plus dès l’après-guerre, et aujourd’hui encore c’est une extrême minorité : en Allemagne, dans la communauté (environ 200000 personnes), il y a peut-être au maximum 10% de Juifs allemands.
LG : Et au-delà d’une culture proprement juive est-ce qu’il n´y a pas un esprit -- on pense au « multikulti » si souvent évoqué aujourd´hui, qui pourrait être l´héritier de cet âge d´or -- est-ce que cette présence juive ne participe pas à ce foisonnement exceptionnel qu’on vit aujourd’hui à Berlin ?
OG : Ca en fait partie ; on a surtout envie que ça en fasse partie. Aujourd’hui, un peu comme dans les années vingt, Berlin draine une quantité d’artistes, d’écrivains qui viennent ici parce que les conditions y sont exceptionnelles. Ca fait partie d’un rayonnement, les Allemands ont envie de fantasmer là-dessus. Le fait que des Juifs soient revenus, reviennent notamment à Berlin, donne l’impression aux Allemands qu´ils ont retrouvé une certaine forme de normalité. Finalement 60 ans après la Shoah, l’Allemagne renoue avec l’histoire qui a été la sienne au début du 20e siècle quand l’Allemagne, surtout Berlin accueillait des centaines d’intellectuels, de savants.
LG : Au départ de cet ouvrage il y a eu une démarche universitaire. Mais quand vous évoquez vos rencontres, vous parlez de la déco du salon, de la température qu’il fait et puis il y a le « je » même s’il est très discret…
OG : Le sujet est relativement sensible et c’est ma propre subjectivité par rapport aux personnages, à l’Allemagne. Et j’ai un grand respect pour le nouveau journalisme américain des années 60, où l´on se met en scène. C’est plus agréable pour le lecteur. Puis pouvoir attirer des gens qui n’ont pas une culture particulière de l’histoire de l’Allemagne contemporaine, qui peut paraître rébarbative, c'était important. L’idée, c’était de les prendre par la main, de les emmener dans ce voyage à travers l’histoire, à la rencontre des ces personnages que j’ai croisés au fil de ces deux ans.
LG : Cette approche, suivre cette communauté qui ne peut être anodine dans ce pays, n´est-ce pas finalement un prisme idéal pour avoir un aperçu pertinent de l’histoire politique de la RFA (et accessoirement de la RDA) depuis la Seconde guerre mondiale ?
OG : Exactement ! C’est ce que j’avais envie de faire en fait… Si ça fonctionne je suis évidemment ravi. Je ne pense pas qu’on puisse comprendre l’histoire de l’Allemagne depuis au moins deux siècles sans évoquer l’histoire de la communauté juive. Et c’est vraiment cette approche que je voulais conserver tout au long du bouquin.
LG : Le fait d´être juif et français a facilité les rencontres…autrement dit : est-ce qu´un Allemand aurait pu écrire ce livre de la même façon ?
OG : D’après ce qu’on m’a dit non. Je pense que j’ai eu une chance par rapport à ce sujet c’est peut-être pour ça d’ailleurs que j’ai eu très envie de le traiter. Je pense que ma judaïté m’a permis d’avoir un rôle d’insider-outsider.
LG : Est-ce que vous avez des réactions d’Allemands qui vous ont lu ?
OG : Pas encore, mais il faut absolument que le livre soit traduit en allemand, et j’ai de bons espoirs en ce sens. J’aimerais bien discuter avec un public allemand de ces différents thèmes. Ce serait quelque chose de très important aussi pour moi.
LG : Des nouveaux projets éditoriaux ?
OG : Oui, j’ai commencé à travailler sur le « roman » de la chute de mur à Berlin, une sorte de « Paris brûle-t-il »*. Le modèle serait une espèce de récit avec des personnages qui ont tous existé… tous convergeant la nuit du 9 novembre.
LG : Est-ce que vous n’êtes pas en train de perdre votre rôle d’observateur et de devenir un acteur puisque vous vivez à Berlin et devenez … un juif berlinois ? Vous vous inscrivez dans ce mouvement là…
OG : Oui, je m’y inscris d’une certaine manière dans la mesure où j’étais très attiré par Berlin, son passé et cette époque particulière que l´on vit ici aujourd’hui. Juif berlinois ? Je ne sais pas, j’ai du mal avec les étiquettes, les cartes de visite…. Mais oui, un peu, on est tous des Juifs allemands ! un peu…
Propos recueillis par Régis Présent-Griot et Kasimir Jörg.
*Livre de Larry Collins et Dominique Lapierre (1964) ainsi qu´adaptation filmée éponyme de René Clément (1966) sur la libération de Paris.
"L'Impossible Retour" d'Olivier Guez. chez Flammarion, 350 pages, parution le 10/09/07.
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Je suis à la recherche d'un dénommé Henri GUEZ - Juste une question, auriez-vous un lien de parenté, ce Monsieur ayant disparu, et dont nous n'avons plus jamais rien su, justement après la guerre?? Merci de me répondre