
Günther Hoffmann, 48 ans, habite dans un village du Mecklembourg et de la Poméranie occidentale au nord-est de l’Allemagne. Lors des élections du 17 septembre dernier, le parti nationaliste allemand d’extrême droite, NPD, y a réalisé un score lui permettant d’entrer dans trois des six parlements régionaux. Depuis des années, Günther Hoffmann s‘engage dans des associations comme « bunt statt braun » luttant contre l’influence de l’extrême droite.
Le NPD a recueilli plus de 30% des voix dans certaines parties de votre région lors des dernières élections. Ce résultat vous surprend ?
Non, il correspond assez bien à nos craintes. Seules certaines localités nous ont surpris parce qu’on n’était pas encore au courant des réseaux d’extrême droite qui s’y étaient établis. Mais, il faut savoir que dans la région, le NPD dispose de peu de structures propres, son succès relève plutôt de l’implantation des « camaraderies libres » qui s‘organisent depuis une dizaine d’années et qui cherchent à construire une structure parallèle au niveau local. Sans coopération avec les camaraderies, le NPD n’aurait pas eu un tel succès.
Comment travaillent ces associations néonazies ?
Ce sont des organisations très éclatées et informelles qui ne sont pas officiellement enregistrées, pour contourner le danger d’une interdiction. Toutefois, elles ont réussi à créer une véritable infrastructure sociale et économique. Elles disposent d’une propre publication gratuite, d’une maison de disques, d‘entreprises artisanales ou encore d’une organisation de jeunesse qui organise des universités d’été et des concerts. Aujourd’hui, les camaraderies ont environ 250 membres actifs et de nombreux sympathisants.
Si un candidat du NPD est élu maire dans la région, quelles en seraient les répercussions ?
Chaque poste est une nouvelle tribune. Le NPD essaye de réinstaller l’esprit de communauté villageoise qui s’est effrité ces 15 dernières années. Certains villages n’ont même plus un bar où les habitants peuvent échanger leurs points de vue. Ce que font les cadres du NPD, c’est donc de la « politique de bon voisinage », de la communication directe avec l’électeur. D’ailleurs, M. Andrejewski, un député régional NPD, a déclaré qu’il allait ouvrir un bureau citoyen pour conseiller les Hartz IV.
Comment lutter au mieux contre l’extrême droite ?
Il va falloir beaucoup d’efforts et de temps pour arriver à un changement d’attitude. Je crois que le plus important est de s’investir massivement dans les écoles et les foyers de jeunesse auprès de la nouvelle génération, pour la rendre résistante à l’idéologie néonazie. C’est pour cette raison que notre association travaille beaucoup dans le domaine culturel, par exemple en organisant des projets de théâtre avec les jeunes ou en proposant des conférences. Car aujourd’hui, l’extrême droite est une force politique établie qu’il faut prendre au sérieux.
Propos recueillis par Lisa Jandi