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Bochum, là où le soleil s’assombrit* …la chanson trouve malheureusement une nouvelle illustration : installé à Bochum depuis 1988, Nokia, le géant finlandais des télécoms a décidé de plier bagage. Le leader mondial des téléphones mobiles prévoit donc d’arrêter la production en Rhénanie du Nord, déplaçant l’essentiel des activités du site vers la Roumanie, mais aussi vers la Hongrie ou la Finlande dès le deuxième semestre 2008, menaçant ainsi près  de 2 300 emplois.

 

Coût du travail trop élevé, manque de compétitivité du site, la direction de Nokia justifie sa décision par la nécessité pour le groupe de garantir sa rentabilité dans un marché largement mondialisé et concurrentiel. Affirmant que Nokia ne pouvait répondre à ces exigences en maintenant sa production à Bochum, le groupe finlandais se tourne donc vers des pays à bas salaires : en Roumanie, par exemple, où le coût du travail est dix fois moindre. Des indiscrétions indiquent toutefois un bénéfice pour le site de 134 millions d’euros.

 

Les réactions ne se sont fait attendre dans aucun des deux partis de la coalition. Le Président du SPD, Kurt Beck, juge cette décision inacceptable dans la mesure où Nokia a perçu, depuis 1995, près de 90 millions d’euros d’aides de la part de la région et du gouvernement fédéral. M.Beck annonce qu’il fera tout son possible pour récupérer les subventions que le Land avait versé à Nokia, estimées à environ 60 millions d’euros. Le Président du Land, Jürgen Rüttgers (CDU), s’est scandalisé de cette décision, arguant que les salaires ne représentent pas plus de 5% des coûts de production de l’usine et pointant du doigt l’excellente situation financière du groupe**, qualifiant Nokia de « pompe à subventions ». Côté syndicat c’est la surprise, ainsi Ulrike Kleinebrahm, d’IG Metall s’insurge : « C'est absolument incompréhensible qu'une entreprise qui a gagné autant d’argent ici ferme l’usine », et qualifie même cette décision de « cochonnerie sans nom ». La polémique revêt d’ailleurs une dimension européenne dans la mesure où le gouvernement fédéral s’interroge sur la possibilité d’un soutien à cette délocalisation par les fonds structurels européens.

Malgré les appels au blocage de l’usine par le puissant syndicat IG Metall ou au boycott de la marque, la direction reste ferme sur son intention de quitter l’Allemagne. La discussion devrait se limiter aux modalités du plan social. Les conséquences pour Bochum et la région pourraient être catastrophiques tant pour les salariés de Nokia que pour d’autres entreprises, tels que les fournisseurs, les sous-traitants, les intérimaires ou les compagnies de services aux entreprises. Ainsi DHL (logistique et transport de colis et courriers) pourrait réduire ses effectifs, pour palier au départ de Nokia.

 

Malgré la mobilisation des acteurs publics, la délocalisation semble inévitable, comme l’indique Peer Steinbrück, ministre fédéral des finances, qui juge improbable le sauvetage du site et affirme qu’il ne fallait pas faire naître de faux espoirs. Les esprits taquins mais perspicaces font remarquer qu’en 1988 l’arrivée de Nokia était bien déjà une forme de délocalisation par rapport aux sites finlandais. Cette fermeture est d’autant plus douloureuse qu’elle marque la disparition d’une filière puisqu’il s’agit de la fin de la production de téléphones portables sur le sol allemand, suite à la délocalisation de Motorola et au départ de BenQ Mobile après que Siemens ait renoncé à cette activité (voir La Gazette N°10 du 12 octobre 2006). Il est toutefois cocasse de voir qu’avec des cheminements différents, sociaux démocrates et libéraux conviennent ensemble de l’aspect vain et malsain des subventions.

 

 

Benoît Marcilhacy

 

 

*"Bochum, wo die Sonne verstaubt", comme le chante Herbert Grönemeyer dans une chanson célébrant l'identité ouvrière de sa ville natale face à la cossue Düsseldorf. 

Lire aussi : À contre-courant : Relocalisation !

Pour consulter d'autres articles en économie : Audiovisuel extérieur : problèmes de réception, "France Monde" en clair, Emblème allemand dans nos assiettes








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