Un coq gaulois aux plumes tricolores déplume toutes griffes acérées un aigle allemand qui n’en peut mais. Pendant que le baisemain reprend du service dans les relations franco-allemandes, y compris dans un bled du Brandebourg aux mœurs habituellement plus rugueuses, les caricaturistes s’en donnent à cœur joie. Ils traduisent en quelques coups de crayon ce que la vulgate diplomatique nous dissimule : on se vole dans les plumes dans le poulailler franco-allemand.
Plus de dépêche d’Ems, de gaz moutarde et de lignes Maginot ou Siegfried : les guéguerres entre les deux pays sont aujourd’hui moins sanglantes qu’autrefois. Leurs noms de code –A320, A350 ou A380- rappellent certes les batailles navales de notre enfance. Mais le « Touché, coulé » franco-allemand autour d’Airbus est autrement plus sérieux. La guerre économique d’aujourd’hui fait remonter à la surface certains vieux réflexes et autres préjugés.
Les commentaires habituellement soporifiques de la presse allemande en deviennent presque lisibles. La grande Nation en a pris pour son grade ces derniers temps. D’un édito titré « Liberté, Egalité, Supériorité » dans le « Financial Times Deutschland » en passant par « Monsieur Chirac, so geht’s nicht » du « Bild Zeitung » dont les commentaires s’intéressent d’ordinaire au dernier violeur en cavale ou aux affres de Dieter Bohlen. Mais voilà, par rapport à des dossiers ennuyeux à mourir comme la constitution européenne, Airbus a l’avantage d’être concret : des emplois sont sur la sellette, des existences menacées, comme l’a souligné, grandiloquent, Jacques Chirac à Meseberg.
« Ehontés », « malhonnêtes » : « Bild » n’a pas fait dans la dentelle, comme d’habitude pour évoquer les Français qui « nous roulent dans la farine ». Et l’illustre quotidien de conclure son éditorial à la veille de la visite de Chirac par ces propos imagés : « Cher Jacques, nous aimons votre vin, votre fromage et votre art de vivre. Mais nous ne vous laisserons pas couper les ailes d’Airbus, compris ? ». « Tortour de France » titrait le mensuel « Manager Magazin » l’été dernier en se demandant « pourquoi les hommes d’affaires allemands se laissaient toujours mener par le bout du nez par leurs collègues français ».
La réponse du berger à la bergère était à lire le jour même de la rencontre Chirac/Merkel à Meseberg dans les pages saumon du « FTD » où le correspondant des « Echos » en Allemagne réglait ses comptes avec ces teutons mal léchés. Sous le titre « Arrogante Allemagne », l’auteur évoquait « la francophobie qui gagne du terrain » et « l’hystérie des responsables allemands » et s’interrogeait : « Il n’est pas sûr que le fossé qui sépare nos deux pays puisse encore être surmonté ». Surtout avec de tels commentaires.
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