
Monique est mal à l’aise. Les mains studieusement posées sur sa sacoche, elle observe le grand rotor au plafond qui, invariablement, propage le même air chaud, saturé. Personne d’autre qu’elle ne semble souffrir de la chaleur accablante qui règne dans cette salle. Elle réajuste son tailleur qui, avec l’âge (et quelques kilos en plus peut-être …), fait de plus en plus grise mine ; un pan se relève systématiquement, tel un épi moqueur.
Elle n’ose regarder les autre prétendantes : petites charmeuses de serpents aux dents de puma, pas plus vieilles qu’un bon cru de whisky, qui la déshabillent du regard avec un sourire mi-amusé, mi-condescendant. Soudain, la porte s’ouvre. La petite tête impatiente de la secrétaire surgit de l’embrasure. « Monique… » Elle hésite. Elle n’arrive pas à prononcer son nom. Peu importe. Monique se lève, altière, et se dirige résolument vers elle. Elle se demande pourquoi dans ces entrevues, on ne peut s’empêcher de vouloir impressionner jusqu’à la secrétaire, qui pourtant n’en a que très peu à faire.
Elle s’engage dans un corridor immaculé. Le patron doit avoir été dentiste dans une autre vie. Il lui semble même percevoir cette odeur particulière mentholée-amère. Quelque part des travaux résonne comme la « fraise », le béton crépite comme de l’émail et Monique frappe à la porte du bureau.
« Entrez » lance une voix autoritaire. Assis derrière un bureau, un « quadra » à l’allure détendu l’accueille en souriant et lui présente un fauteuil.
- Je peux vous appeler Monique ?...
- Euh… Oui.
- Mark. Appelez-moi Mark. Ici, vous le verrez, tout le monde s’appelle par son prénom, lance-t-il rapidement sans prêter attention à sa réponse.
Monique, habituée à une certaine austérité allemande, est surprise. Elle se sent soudain à l’étroit dans sa tenue d’élève studieuse. Elle maudit Bernd de l’avoir poussée à porter ce tailleur.
- Bon… Examinons votre Lebenslauf. Bien. Oui. Intéressant… Ah… Oh, bon Dieu !
Il sursaute, en prenant une pose de chat effrayé.
- Que se passe-t-il ?
- Hmm… La photo… Non, mais regardez-moi cette coiffure ! Ça ne va pas avec la morphologie de votre visage ! Ne bougez pas… Oui, c’est bien ce que je pensais : visage oblong ! Ce n’est pas un point positif pour vous, ça…
- Pardon, je ne…
- Passons, passons… Je vais la retourner parce que… Bon. Alors… deux enfants et un mari… Il la détaille soudain en passant la tête par-dessus le bureau. Vous n’avez pas exactement perdu les kilos de la grossesse, n’est-ce pas ? Vous comptez en avoir un troisième ?
Monique se demande comment elle doit prendre cette question.
- Pas pour le moment…
- Et votre mon mari ?
- Non plus…
- Je veux dire, que fait-il dans la vie ?
- Il est ingénieur en automobile.
- Hmm…
Il se met à tourner distraitement les pages du Bewerbungsmappe, soupirant par moment, s’attardant rarement plus de deux secondes sur chacune d’elles. Il relève soudain la tête, plonge son regard dans celui de Monique qui le soutient sans ciller, mais quelque peu embarrassée. Pendant un instant, l’air même semble s’être immobilisé… Il se met alors à parler en allemand, aussi naturellement que si on avait changé la langue d’un DVD d’embauche. Sa voix retombe doucement. Il se tait, puis éclate brusquement de rire, tandis que Monique reste interdite.
- Vous n’avez pas menti sur votre niveau d’allemand… Basiskenntnisse, hein ? lui dit-il en essuyant une larme, le visage rubicond.
A ce moment, Monique hésite entre ce qu’elle doit claquer : la porte ou le petit patron cynique.
- Excusez-moi, je pense que j’ai fait une erreur en venant ici… dit-elle en se levant, remontée.
Devant elle, l’homme se met de nouveau à rire frénétiquement, de plus en plus fort, se tordant parfois en deux sur son bureau, éparpillant les feuilles du dossier de candidature de Monique.
Elle sent qu’elle doit partir, qu’elle quitte cet endroit de fou, mais la porte est fermée à clef. Elle a beau tirer de toutes ses forces, celle-ci ne cède pas. L’homme en rit d’autant plus scandaleusement. Monique panique, se met à crier à l’aide ! A l’aide ! Quelqu’un ! A l’aide !... Elle se réveille, le visage baigné de sueur, le cœur affolé. A côté d’elle, Bernd dort comme un loir.
« Pourvu que mon entretien de demain ne ressemble pas à ça ! » prie-t-elle en essayant de se rendormir, dérangée par le lointain bourdonnement d’un rotor…
Et là, on dit : dors sur tes deux oreilles, Monique !
Paul Flavien Enriquez Sarano
resultats entre 1 et 4 de 4
ben il devrait pas y avoir le prochain numéro en ligne là ?
Oh! vous y parlez mieux que ca de ma meuf!
suis assez d'accord avec bigboss, c'est un peuune gourde Monique! non?
faut dire qu'avec 1 prénom pareil la pauvre...
moi si j'étais employeur je n la prendrais pas Monique!