Bernd est hilare en ce glacial jour de décembre. Il vient de se délester de pas mal d’euros chez le marchand de journaux qui, exceptionnellement en ce moment, vend toutes sortes d’explosifs de poches et autres feux de Bengale. Il a emmené avec lui Thomas et semble vraiment ravi de partager avec son fils ces moments festifs et détonants tout comme il les vécut avec son propre père. Si elle s’écoutait… à ces pétards bruyants Monique en préférerait de bien plus pacifiques et conviviaux, mais ça n’est pas d’actualité ! Elle est une mère responsable : elle a la déco du salon à kitchiser de plombantes guirlandes fluo et autres couronnes, elle a surtout une oie à fourrer ! Ces périodes de bonheur décrétées sur calendrier l’ont toujours laissée de marbre. À ses yeux ces détonations dans les rues de Berlin évoquent tout autre chose, comme des fantômes d’une époque barbare révolue dont les balafres des façades ici et là témoignent encore. Etrange ces passages à vide sporadiques, comme s’il était parfois trop lourd de vivre dans ce qui pourrait se résumer à un livre d’histoire du vingtième siècle. Alors non, elle ne partage pas l’euphorie ambiante. Mais elle sait aussi que ses enfants, le foisonnement de la vie dans ces mêmes rues, c’est un pied de nez à la barbarie. Alors la joie puérile toute masculine de Bernd la fait maintenant plutôt sourire. Et puis il faut être en phase… au milieu du séjour Eva ne cesse de tournevriller autour du conifère sacrifié et décoré de vraies bougies allumées !