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©Coralie Jacquier

Miss.Tic à l'institut français de Berlin, lors du vernissage de son exposition.


Les rues parisiennes connaissent bien Miss. Tic. « Armées jusqu’aux dentelles », depuis les années 80, elle confie aux murs, de la Butte aux cailles, de Montmartre, de Ménilmontant ou encore du Marais, ses peines, ses joies, ses désillusions de femme. Ses personnages féminins parfois provocateurs, toujours sensuels attirent le regard sur des calembours sur l’amour remplis d’humour. À l’occasion des 125 ans du Kudamm, L’institut français de Berlin rend hommage à une ensorceleuse de la rue en exposant ses œuvres jusqu’au 16 septembre 2011. Pour la première fois l’artiste française fait le mur à Berlin, ville paradis du street-art. La Gazette est partie à sa rencontre.




©Coralie Jacquier


Débuts d’une « femme de l’être »

 

Au début des années 80, la jeune femme rentre tout juste de trois années aux États-Unis où elle a été bercée par le mouvement Hip-Hop et sa culture du graffiti, lorsque prennent forme à Paris les prémices du Street-art français. C’est une déception amoureuse qui l’incite à partager pour la première fois ses sentiments intimes avec les badauds parisiens. La jeune fille pique alors à Walt Disney le nom de sa sorcière obsédée par le sou fétiche de Picsou et s’arme de bombes magiques pour investir les murs de la capitale aux côtés de ses amis les VLP, où encore les frères Ripoulins. Son compagnon de l’époque lui avait annoncé ne « plus pouvoir la voir en peinture ».



Miss.Tic, avec humour, décide à partir de ce jour là, « d’enfiler l’art mur, pour bombarder des mots cœurs ». Le street art devient, à ses yeux, un moyen poétique d’exprimer la vengeance d’une demoiselle au cœur blessé, un remède pour se « Délivrer du mâle ». À partir de cette expérience intime va se façonner une artiste qui exprimera toujours à merveille des sentiments partagés par les femmes.

 




©Coralie Jacquier

« Le masculin l’emporte, mais où? »

 

Très vite son style particulier la fait remarquer. Petit à petit, ses oeuvres évoluent, mais les questionnements sur la féminité, les sentiments amoureux, la sensualité restent centraux. « Je suis Ta gueuse » raconte-t-elle au fil des rues entre les porte-jarretelles et les soutiens-gorges de ses personnages féminins qui accompagnent ses traits d’esprit. Petit à petit, les questionnements sur la place de la femme dans la société investissent ses quartiers de prédilection. Pourtant Miss.Tic se refuse à être considérée comme une féministe : « Je ne suis pas féministe, je suis féminine » rétorque-t-elle à qui tente d’enfermer son travail dans le courant de pensée. Ses pochoirs seront d’ailleurs la cible de certaines tenantes du courant jugeant qu’ils offrent de la femme une image dégradante trop proche d’une fonction objet. Objection. En réalité Miss.Tic semble plutôt souligner les choix que possèdent la femme contemporaine face à un univers encore discriminatoire. Elle invite plutôt ses consœurs à assumer leur envie de plaire, leur envie de séduire et leur envie de prendre du plaisir. En définitive à faire d’elles, ce qu’elles veulent. Miss.Tic « joue, oui » et, au nez des qu’en dira-t-on, propose de « s’offrir, quand tout se vend ».

 




Miss.Tic, Jorinde Reznikoff et KP Flügel lors du vernissage de l'exposition "Bomb.It"

©Coralie Jacquier

De Paris à Berlin : « Bomb.It »

 

En Allemagne, le travail de l’artiste reste largement méconnu. Si bien que sa première exposition reste inscrite dans le cadre très francophone de l’Institut français de Berlin. Toutefois deux journalistes allemands ont tenté d’y remédier. Jorinde Reznikoff et KP Flügel, découvrent Miss.Tic à la fête de l’Huma de 2008, en France. Touchés par son art, ils débutent un travail sur l’œuvre de la parisienne, se donnant pour objectif de faire partager sa sensibilité artistique aux germanophones. En mars 2011, ils publient un petit livre, « Bomb.it », qui retrace le parcours de la graffeuse et tente d’expliciter sa démarche et le sens de ses graffitis. « Nous ne voulions pas traduire à tout prix des jeux de mots qui feraient non-sens en allemand, mais plutôt expliquer la nature de ses travaux et faire découvrir la personnalité si particulière de Miss.Tic » explique Jorinde Reznikoff au sujet de son travail. À côté des trente œuvres originales présentées dans ces pages, la journaliste offre ainsi au lecteur un portrait très personnel de celle qui est devenue son amie. C’est d’ailleurs en référence à cet ouvrage que Miss.Tic a choisi de donner à son exposition à Berlin le titre de « Bomb.It ». Tous deux offrent aux Berlinois une nouvelle occasion de découvrir la culture urbaine française.

 




©Coralie Jacquier

Rencontre avec une bombe sensuelle

 

La Gazette : Vous avez débuté dans le milieu du graffiti en tant qu’artiste révoltée, l’État a-t-il réussi a faire de vous une personne plus sage?

 

Miss.Tic : Non je suis toujours révoltée, mais j’ai trouvé une façon de détourner le système oppressif et juridique et maintenant je peux m’exprimer librement en le contournant. Depuis mon arrestation et mon procès pour détérioration publique qui a aboutit en 2000 et à la suite duquel j’ai du payer une amende, j’ai changé ma façon de fonctionner. Désormais je réponds à des demandes privées que je choisis et pour lesquels je suis payée. Et lorsque je veux peindre pour moi dans la rue, je demande une autorisation au propriétaire du mur. Bien sûr dans ce cas là, je travaille gratuitement. Mais ainsi, mon travail ne peut plus être considéré comme illégal. Mais son contenu n’en est pas modifié.

 

La Gazette : Quel genre de demande avez-vous refusé?

 

Miss.Tic : Justement si je les ai refusées je n’en parle pas. Parfois je les ai refusées pour des raisons éthiques, politiques mais aussi parfois car c’était très mal payé.

 

La Gazette Vous évoquiez plus tôt que vous aviez gardé votre liberté. Qu’est ce qui aujourd’hui continue à vous révolter, à vous inspirer?

 

Miss.Tic : Je vais dire des banalités. Mais l’injustice me révolte, l’exploitation des femmes, des hommes, des enfants me révoltent. Qu’il y ait une sorte de valeur morale en perdition également. Mais je vais vous répondre ce que l’on raconte dans les cafés, car je ne suis pas une grande philosophe ou politicienne. En réalité, je ne travaille que peu sur l’actualité, car l’actualité se démode très vite. On va parler de ça aujourd’hui à cause d’un focus médiatique. J’ai fait le choix de travailler sur un champ poétique plutôt que politique et d’actualité afin d’offrir une dimension universelle à mon art.

 

 



La Gazette : Les femmes sont très présentes dans votre art, pourquoi ce choix d’axer votre travail sur la féminité?

 

Miss.Tic : Pour moi la féminité n’est pas un thème. Ce sont les gens qui disent que je travaille sur la féminité. J’accompagne mes textes de portraits de femmes simplement car je me demandais à l’origine comment accompagner mes textes. J’ai trouvé ça plus simple au départ de les illustrer avec des auto-portraits, et ensuite par d’autres figures féminines. Mais au début c’était un hasard. Ce n’est qu’ensuite que j’ai trouvé intéressant de travailler sur l’image de la femme dans les médias, dans la mode, dans la publicité. Et là aussi je les détourne pour leur faire dire quelque chose qu’elles ne disent pas dans les médias. Mais il ne faut pas oublier que ce n’est pas le seul axe de mon travail.

 

La Gazette : Vous avez tendance à refuser d’être considérée comme une féministe pourtant votre travail porte tout de même un regard très critique sur la place de la femme dans la société?

 

Miss.Tic : Je fais un travail critique mais pas militant. Je ne suis pas féministe dans ce sens. Je pense. Ce qui m’énerve c’est que dès qu’une femme pense on lui attribue l’adjectif féministe. Alors que c’est une étiquette. Je me sens plus anarchiste que féministe. Modigliani, par exemple, ne peint que des femmes, pourtant on ne le dit pas féministe. Alors qu’il peint la féminité. Je suis toujours choquée que l’on me pose des questions que l’on ne pose pas aux hommes. Cela montre bien qu’il reste beaucoup de travail à faire dans les rapports hommes-femmes. J’ai l’habitude de dire que je ne suis pas féministe, mais féminine. En plus beaucoup de mouvements féministes me critiquent, car ils me trouvent vulgaire, sexiste voire pornographique.

 

La Gazette : A Berlin, de nombreux artistes travaillent dans le domaine du street-art, avez-vous des contacts dans ce milieu?

 

Miss.Tic : Non. Je n’ai jamais peint sur les murs berlinois. C’était l’idée de départ de cette exposition. La ville de Berlin avait le projet de créer une West Side Gallery, comme il existe une East Side Gallery, mais finalement il a été abandonné. Mais j’aimerais réellement revenir, en septembre par exemple, pour faire des poses dans la rue.

Je trouve également très intéressant d’être d’abord connu à travers une exposition. J’ai eu cette expérience en France, dans une ville de province en Bretagne. Pendant 4 jours, 23 000 personnes sont venues voir l’exposition. Et suite à ces 4 jours j’ai pu bomber dans la ville. Les gens découvrent, aiment et ensuite vient la rue. Il n’y a pas que la rue, ou l’exposition, les choses peuvent se faire dans les deux sens.



La Gazette : Comme vous le rappeliez, les messages que véhicule votre art ont une dimension universelle. Pourtant vous n’écrivez vos jeux de mots qu’en français. Avez-vous déjà pensé à écrire dans une autre langue?

 

Miss.Tic : Ne parlant pas d’autres langues, je n’écris pas dans d’autres langues. Je suis monolingue. Il m’est arrivé de faire appel à des traducteurs pour mes expositions à l’étranger, comme ça a été le cas en Italie par exemple. Pour des textes qui étaient possibles en traduction. Dans ce cas là, je fais une sélection de textes qui sont traduisibles dans la langue étrangère et qui n’ont pas trop de jeux de mots. Ce qui est aussi courant dans mon travail. Par exemple quand je dis « L’art nuit à la stupidité », il n’y a aucuns jeux de mots. Par contre, pour Berlin, comme j’étais invitée à l’institut français, je n’ai pas fait un travail en allemand car j’exposais dans un cadre francophone et francophile. Mais si je devais revenir exposer dans un autre cadre, alors je ferais ce travail de traduction.

 

La Gazette : Si vous deviez un jour bomber à Berlin, qui est une ville, compte tenue de son histoire, très intéressante dans le domaine de l’art de rue, quelle direction donneriez-vous à votre travail?

 

Miss.Tic : Je ne travaille que dans ma propre direction, je ne travaille pas sur l’histoire des lieux. Si je travaille ici, je n’irai pas dans l’histoire, je ne ferais qu’inscrire ma présence. Je me sens vraiment de mon époque, et c’est sûrement un peu mégalo mais je préfère, moi, rentrer dans l’histoire des lieux que j’habite et faire ensuite partie de cette histoire. Mais sans m’appuyer sur l’histoire précédente.

 

Propos recueillis par Coralie JACQUIER








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Galico /// Freitag, 22-07-11 15:47

Cela me rappelle cette magnifique expo de Miss.Tic

 

Galico /// Freitag, 22-07-11 15:30

Très sympa les créations de cette artiste! Bonne continuation!

 

miss.tic /// Dienstag, 19-07-11 21:51

Je suis Miss.Tic et je vous signale que vous citez mon nom ! et bien ce n'est pas mon patronyme! quelqu'un a sur internet écris ce nom...je ne sais pas a qui il appartient. J'aimerais , que vous retiriez cette erreur de votre article.
Cordialement

Miss.Tic

 
 

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