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 Manuel Valls sur le bord de la Spree, en fond l'Oberbaumbrücke qui relie les quartiers de Kreuzberg et Friechshain (photo : RPG / La Gazette)
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Manuel Valls, député et maire d’Evry (Paris), est candidat aux "Primaires citoyennes" organisées par le parti socialiste français. Le 27 septembre, il était de passage à Berlin dans le cadre de sa compagne. La Gazette l’a rencontré au bord de la Spree, à quelques mètres des vestiges du mur de Berlin, par une fin d’après midi ensoleillée. Impeccable dans un costume sombre, le candidat a longuement répondu à nos questions, devant une bière fraîche. Un message plein de convictions où le socialiste parfois décrit comme "le plus à droite" des candidats s'aventure en dehors des thèmes sécuritaires. Manuel de campagne.
Arrivé à Berlin dans la matinée M.Valls s'est rendu à la Friedrich Ebert Stiftung puis à la WIlly Brandt Haus pour des réunions de travail avant de visiter dans l'après midi le centre de biotechnologies BiotechPark Berlin Buch (partenaire d'une structure comparable sur sa commune d'Evry). Manuel Valls aura donc été le troisième candidat aux Primaires (après François Hollande et Martine Aubry) a honoré Berlin de sa présence. Preuve supplémentaire de l'importance du vote des Français expatriés (M.Valls s'était déjà rendu vingt jours auparavant à Londres). Ce jour là Manuel Valls faisait la Une du quotidien français Libération. Souvent cantonné sur des préoccupations de sécurité, le candidat aura sans nul doute avec son pendant "gauchiste" dans la course à l'investiture Arnaud Montebourg, été le grand bénéficiaire de ce grand raout démocratique. Il est clair qu'il faudra compter avec celui qui a profité d'une nouvelle visibilité et qui incarne désormais au sein du PS un discours spécifique autour des valeurs de laïcité et de fidélité à la République.

La Gazette : Tout d’abord une question rituelle : avez-vous un lien personnel avec l’Allemagne ou Berlin ?
Manuel Valls : Je n’en ai pas. J’aime la musique, la littérature classique. Je vis d’ailleurs avec une musicienne. Elle joue comme violoniste Beethoven.

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 La musique allemande pour M.Valls c'est avant tout Beethoven, l'électro ne sera pas citée (photo : Deanna Wardin @ Tatoo Boogaloo)
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Mais mon lien avec l’Allemagne est avant tout politique. Au-delà de l’histoire tourmentée de l’Allemagne, la figure politique de Willy Brandt a beaucoup compté dans mon engagement politique. Quand j’ai adhéré au parti social démocrate à 18 ans. Willy Brandt était alors une figure qui comptait beaucoup pour moi, avec Gonzales et Rocard. Cet homme est une référence, c’est lui qui s’est engagé dans la Résistance, c’est lui qui s’est agenouillé devant le mémorial des victimes du Ghetto de Varsovie, c’est le chancelier des années 60, c’est une figure emblématique, morale.
J’ai été aussi marqué par la Chute du Mur, par la force du peuple. J’avais moins de 30 ans à l’époque, mais aucun de nous n’imaginait que l’URSS pourrait se disloquer. Il s’est passé quelque chose dans cette ville, qui a joué un rôle central dans l’histoire, avec son importance culturelle notamment dans la République de Weimar. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est la réussite de cette ville moderne contemporaine. C’est une ville monde, qui accueille et qui ne rejette pas sa population à l’extérieur.
La Gazette : Vous êtes très présent sur les thèmes sécuritaires. L’Allemagne connaît aussi une forte immigration, et pourtant elle échappe à ce qui s’est passé en France ou en Grande Bretagne. Comment vous expliquez-vous cela ?

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 La conviction affirmé d'incarner un renouveau à gauche (photo : Alban Genty / La Gazette)
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Manuel Valls : Je ne sais pas s’il y a un modèle allemand qui explique cette réussite. Certes il y a eu des difficultés mais pas à la même échelle. L’immigration a été plutôt une mono immigration. Je sais qu’il y a un substrat sur lequel il faut être prudent. Le « succès historique » (je mets des guillemets pour ne pas m’en féliciter) du livre de Thilo Sarrazin met en évidence un problème de fond. Peut être que la Réunification, ou la puissance économique de l’Allemagne, sont des éléments de réponse. Ce n’est ni le modèle français d’intégration forcée, ni le modèle anglais de communautarisme.
Il y a aussi un autre facteur qui est celui du travail, bien que l’Allemagne ait connu des périodes de chômages importantes. Certaines figures apparaissent ces dernières années dans la vie politique comme dans le football, qui sont des Allemands qui n’ont pas d’origine d’allemande. Je n’ai pas d’explication pour ça. Une autre raison serait l’urbanisme et le logement. Les modèles anglais et français conduisent à la ségrégation, à l’Apartheid. On a mis dans les mêmes quartiers les plus pa<suvres. Les Anglais l’assument, mais en France c’est insupportable. Le rapport centre ville banlieue n’est pas de même nature en Allemagne ou France. Les politiques d’urbanisme et de logement sont donc aussi importantes que les politiques d’intégration et d’immigration.

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 La charmante Maud Piquion, Française qui travaille dans l'art contemporain à Berlin a servi de guide à M.Valls sur le site de l'Eastside gallery (photo : Alban Genty / La Gazette)
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La Gazette : Vous évoquez Thilo Sarrazin. Au moment où l’on parle, il est toujours membre du SPD. Si vous étiez membre de l'instance décisionnaire du SPD, est-ce que vous l’excluriez du parti ?
Manuel Valls : A titre personnel, au nom des valeurs qui sont les miennes, bien évidemment ! Si j’ai bonne mémoire il y a eu une tentative infructueuse. Sur les valeurs et les propos qui sont les siens, même si je n’ai pas de leçon de morale à donner : en France ça n’aurait pas été possible. L’histoire de l’Allemagne joue comme une frontière morale. Moi je dis que rien n’est arrêté. Puisque la question de l’Islam dans nos sociétés, sa place dans nos villes et dans nos quartiers, mais aussi de certains groupes terroristes dont certains se sont organisés depuis l’Allemagne, à Hambourg, tout cela pose des questions... Soyons prudents. Il suffit qu’il y ait demain une crise majeure, que la croissance soit moins importante, pour que les réflexes de la recherche du bouc émissaire reviennent.
La Gazette : Alors que vous êtes aujourd’hui à Berlin, M.Papandréou, premier ministre grec, doit rencontrer Mme Merkel. Dans deux jours, il y a un vote très important du Bundestag sur l’aide à apporter à la Grèce*. Une ministre du gouvernement, Ursula von der Leyen s’est distinguée du discours actuel, a parlé d’une nécessité d’aller vers les États Unis d’Europe. On dit que l’Europe se construit dans la crise, est-ce que vous pensez que ce serait justement le moment de faire un bond fédéraliste?
Manuel Valls : Théorie du Chaos ! Le projet politique européen est peut être mort, il est en tout cas en panne. Evidemment je ne m’y résous pas. Je pense qu’il manque un projet politique, qui est compliqué, notamment au Sud. Avec mes origines, vous comprenez que j’attache à l’élargissement au Sud une importance particulière**. Il était d’ailleurs crucial pour le développement de ces pays. Quant à l’élargissement à l’Est, il s’est fait dans d’autres conditions, et trop rapidement. Ces peuples voulaient trouver dans l’Union européenne la prospérité économique et la démocratie, et se mettre sous le parapluie de l’OTAN pour trouver la sécurité par rapport aux Russes. C’est un projet historique que la paix, la démocratie… De ce point de vue je pense qu’il y a au moins un projet politique en terme d’élargissement, à poursuivre, sous des formes différentes avec des coopérations avec l’Ukraine, la Russie.

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 Un discours de "père sévère" dans la lignée d'un Jean-Pierre Chevènement (photo : Alban Genty / La Gazette)
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La Gazette : Compte tenu de votre histoire personnelle, familiale, c'est peut être le Sud de l'Europe qui vous inspire le plus ?
Manuel Valls : Moi j’ai changé d’avis, je pense qu’il faut élargir l’Europe à la Turquie. Je ne pensais pas ça auparavant. Mais aujourd’hui je pense qu’il faut le faire. Il ne faut pas le faire uniquement au nom de la Démocratie, mais au nom des intérêts stratégiques de l’Europe : du point de vue militaire, du rapport de la Turquie au Caucase, par rapport à la Russie, à l’Iran, et par rapport à la question centrale qui est l’énergie, avec les pipelines qui passent en Turquie.
Il y a en même temps un projet avec la Méditerranée et l’Afrique. L’Afrique et le Maghreb, c’est le continent d’avenir, en termes de démographie, de matières premières… Il convient de reconstruire le projet, mais c’est vrai qu’il y a aujourd’hui une crise de la zone euro et une crise économique. Ce n’est pas le moment aujourd’hui d’avoir de grands débats sur les États Unis d’Europe. J’aime Victor Hugo*** et j’ai beaucoup de respect pour le fédéralisme européen, mais ce n’est pas le sujet. Nous sommes à ce stade une fédération d’états nations, et je ne propose pas d’ouvrir le débat. En revanche le vrai sujet, c’est de savoir comment on sort de la crise, comment on se dote de vrais outils pour gouverner la zone euro, sur les plans économique, monétaire et fiscal, et comment l’Allemagne et la France, entre autres, peuvent réussir à surmonter cette crise.
Dans les discussions que l’on a eues aujourd’hui, avec l’entourage de la chancelière comme avec mes amis du SPD, il y a quand même des pistes. Elles ne sont pas simples. Le court terme, c’est de sauver la Grèce. Ça, c’est l’urgence des urgences. Si on ne sauve pas la Grèce, sous une forme ou une autre : effacement de la dette, soutien financier, mise en place des accords du 21 Juillet, la contagion est possible sur d’autres pays, comme le Portugal, ou au-delà. Si demain l’Italie ou la France viennent à être concernées, on entre dans une autre phase, celle de l’explosion.
La Gazette : On est ici à Berlin, quelle place pour le fameux moteur franco-allemand dans ce contexte?
Manuel Valls : La France a un rôle essentiel à jouer. S’il elle ne montre pas le signe vis-à-vis de ses partenaires allemands, qu’elle rentre dans une phase de réduction de la dette, avec beaucoup de volontarisme, elle nuit à la confiance qui est nécessaire pour demain aller plus loin dans la gouvernance de l’Euro. Ce que j’ai entendu chez les sociaux démocrates, et sous une forme ou une autre dans l’entourage de la chancelière, c’est qu’il faut faire un effort avant d’aller plus loin. Tout le monde aujourd’hui est d’accord pour aller plus loin.
Il y a des mots tabous qui ont sauté en Allemagne : par exemple les mots « gouvernance », ou « coordination des politiques économiques ou monétaires ». Ca veut dire qu’il y a des évolutions. J’ai dit être inquiet à mes partenaires allemands. Il y a une sorte de fossé qui se creuse entre les élites politiques et économiques allemandes et françaises, de par la nature aussi de l’économie allemande liée surtout à l’exportation avec une balance commerciale positive, loin des 50 milliards de déficit français. Ce que je dis à tous mes interlocuteurs, c’est que d’ici la fin de l’année, des membres du Parti socialistes devraient venir ici, pour connaître les dirigeants, pour mieux comprendre ce qui se passe en Allemagne.
J’avais été frappé quand je travaillais avec Jospin par les premiers contacts avec Gerhard Schröder. Au fond, c’était une page qui se tournait, une nouvelle génération qui arrivait au pouvoir. La première déclaration publique que Schröder a faite, c’était avec Tony Blair. Ensuite, la logique et la cohérence l’ont ramené au couple franco-allemand. Je veux comprendre ce qui se passe en Allemagne et bâtir une relation même si ce doit être sous une nouvelle forme.
"Un jour, une idée" - Un rapport de confiance... von manuelvalls

La vidéo tournée par l'équipe de Manuel Valls lors de son passage à Berlin.

La Gazette : vous intervenez beaucoup sur les questions sécuritaires. Est-ce qu’il n’y a pas un danger de s’enfermer là dedans ? Et imaginons, soyons fous, que vous ne gagniez pas la primaire…
Manuel Valls : Cela me paraît exclu (rires)
La Gazette : Certes, mais envisageons l'impossible! En admettant donc qu’un autre candidat socialiste remporte la primaire, puis les élections présidentielles, quel serait le portefeuille ministériel qui vous ferait rêver ? Uniquement l’intérieur ou d’autres pourraient vous intéresser ?

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 La laïcité un leitmotiv de M.Valls. Ici dans à Donzy en bourgogne inscription suite à une dispute entre maire et curé (photo : Sunfox / Sunny Ripert)
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Manuel Valls : Ecoutez, mon but ou ma démarche, c’est de bâtir une nouvelle alliance, parce qu’il faut dépasser la sociale-démocratie, la 3e voie blairiste qui a mené à une impasse. Il faut donc une nouvelle synthèse entre la Gauche et la République. Le reste, les qualificatifs, ne m’intéressent pas beaucoup. Je pense que la Gauche doit incarner la nation ouverte et généreuse, incarner la République, je suis français et c’est important. Incarner aussi la laïcité, l’autorité politique -dont ne fait pas preuve Nicolas Sarkozy- et évidemment la sécurité, parce que ce sont les plus faibles et les plus fragiles de notre société, qui sont victimes de la violence et de l’insécurité. Je ne suis pas sécuritaire, je suis pour la sécurité et quand la Gauche oublie ça, elle perd. Je suis une voix forte sur ce sujet. C’est une condition incontournable pour gagner. Si la Gauche dit la vérité sur les questions économiques, notamment sur la lutte contre l’endettement, si elle met l’accent sur la compétitivité, notamment des PME -ce qui est une grande réussite de l’Allemagne-, si elle se réarme avec de nouveaux outils pour lutter contre l’injustice, si elle imagine ce qu’est une nouvelle politique scolaire, une nouvelle réforme des retraites, une nouvelle vision de la culture, qui ne passe pas forcément par une augmentation de la dette publique, je pense qu’on peut gagner. Quant à ma place dans tout cela, moi je suis candidat à la présidence de la république. Je veux être utile à la Gauche, à la France, ensuite la place des uns et des autres…
La Gazette : Mais si ça ne se faisait pas exactement comme vous le souhaitez, il n’y a pas un domaine qui pourrait vous intéresser plus qu’un autre?
Manuel Valls : Tous les domaines peuvent m’intéresser, je suis parlementaire, maire. Demain je suis prêt à assumer toutes responsabilités, mais je ne suis pas candidat à la primaire pour tel ou tel poste. En tout cas, je veux de toutes mes forces que la Gauche gagne. Pas pour elle-même. Si le PS perdait une élection présidentielle imperdable, ce serait bien sûr terrible pour lui. Mais la France a besoin de la Gauche pour apaiser la société et pour redonner un cap au pays qui en manque. Après ma place là dedans ? Alors oui, je suis un social démocrate, un socialiste, un homme de Gauche : ce qui me différencie de la Gauche qui se proclame à Gauche mais qui ne met jamais les mains dans le cambouis. Je sais que demain ce sera très difficile de gouverner, que ce sera très dur, vu la crise économique, vu le chômage et la précarité. En France la jeunesse est pessimiste. Comment redonner de l’espérance ? Comment redonner de l’espoir ? Moi je suis prêt à prendre toutes mes responsabilités. Mais avant de répartir ces responsabilités et ces postes dans un gouvernement, il faut gagner !

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 La plante stupéfiante s'est invitée dès le premier débat télévisé des primaires. A l'aune du positionnement exprimé sur sa consommation les candidats ont pu affirmer selon les cas leur "modernité" (Jean-Michel Baylet) ou leur attachement aux "normes" (Manuel Valls, Arnaud Montebourg).
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La Gazette : Vous avez été très ferme lors du premier débat télévisé de la primaire sur la consommation de cannabis, est-ce que dans votre entourage il n’y a personne qui parfois fume un joint ? Et est-ce que vous, vous avez déjà fumé un joint ?
Manuel Valls : Mais, Euh… Quelle est la question ?
La Gazette : Eh bien les deux ! Avez-vous avez déjà fumé un joint ?
Manuel Valls : Mais évidemment! Et alors, quel est le sujet ?
La Gazette : Est-ce que cette fermeté se justifie dans la société française d'aujourd'hui ?
Manuel Valls : Dans mon entourage j’ai vu quelqu’un détruit par la drogue.
La Gazette : Détruit par le cannabis ?
Manuel Valls : Détruit par la drogue. Il n’y a pas de lien entre le consommateur de cannabis et le consommateur de drogues qui vous détruisent. Il peut y en avoir, mais il n’y en a pas un forcément. Je pense qu’on a besoin d’autorité, de droit et de devoir dans notre société. Le rôle des forces de l’ordre est de lutter contre le crime, la délinquance et le trafic de drogues qui est une question au caractère mondial, majeur, une économie parallèle souterraine qui aujourd’hui s’appuie sur des villes en Europe de l’Est ou des états en Afrique ou en Amérique Latine avec des dégâts considérables. On le voit bien au Mexique. Et quand l’activité de la police française est essentiellement basé sur le contrôle des sans papiers, ou des fumeurs de haschich, ça n’a pas de sens, et je ne propose pas moi qu’on poursuive les fumeurs de Haschich.
La Gazette : Uniquement les vendeurs donc?
Manuel Valls : Non, puis dans la pratique ce n’est pas vrai. Quelqu’un qui fume un pétard n’est pas poursuivi par la police, ce n’est pas vrai. Mais je suis contre tout ce qui lève la norme. On a besoin de normes. Donc l’idée de dépénaliser, et encore plus de légaliser la vente de cannabis, aujourd’hui, dans l’état dans lequel sont certains de nos quartiers en France, ça ma paraît criminel. Et puis par ailleurs, les dégâts du cannabis chez des ados au lycée ou au collège, ça c’est une réalité. Un jeune qui fume du Cannabis en permanence n’est pas dans un état qui lui permet d’étudier et de se former. C’est ce que je vois. J’habite à Evry. Mes gamins sont scolarisés à Evry, dans un collège qui reçoit des gamins de toute la ville. Je ne suis pas un bobo, je ne vis pas au centre ville, je vis cette réalité et je vois les dégâts. Donc avant de lever des normes et de s’en affranchir, soyons extrêmement prudents.
La Gazette : Une raison de voter pour vous, si on doit n’en retenir qu’une seule ?
Manuel Valls : Toute voix qui va vers moi renforce une Gauche que j’appelle moderne, inventive, et profondément attachée à la République, et c’est uniquement cette Gauche qui peut nous faire gagner et gouverner dans la durée. C’est cela la raison du vote utile pour moi.
Propos recueillis par Gautier Feron et Régis Présent-Griot
*Le 29 septembre 2011, le Bundestag adoptait avec une très large majorité (523 voix) l'élargissement de plan de soutien à la Grèce.
**Manuel Valls qui parle couramment catalan et castillan-espagnol-, est né à Barcelonne (1962) avant d'être naturalisé français en 1982.
***Le projet fédéraliste européen avec l'expression "Etats Unis d'Europe" avait été évoqué en 1849 par Victor Hugo lors d'une rencontre diplomatique à Paris. Toutefois quelques années auparavant, dans un courrier au marquis de de Lafayette, Georges Washington utilise déjà la même expression, pour expliquer sa conviction que l'Europe, elle aussi un jour adoptera une organisation fédéraliste.