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3 questions à Béatrice Durand* sur une ébauche de comparaison et les spécificité des études secondaires en République Fédérale...

Le lycéen : „un citoyen libre et autonome“ en construction

 

En quoi la place de l’autorité dans les conceptions allemandes et françaises de l’enseignement diffère-t-elle ?

Il y a une véritable carence dans l’approche française : c’est la construction de la personnalité morale et sociale. Particulièrement depuis le renouveau républicain de vingt ces dernières années, tout se passe comme si l’enseignement devait se limiter à la transmission du savoir. Comme si le savoir seul était en soi émancipateur. À l’inverse, en Allemagne l’accent est porté tant par les parents que par la société dans son ensemble sur le « soziales Lernen », la construction d’une personnalité épanouie, responsable et critique. Ce souhait de construire un citoyen libre et autonome est naturellement lié au traumatisme de l’histoire, le IIIème Reich etc…

L’Allemagne d’aujourd’hui est beaucoup plus proche des idéaux pédagogiques de Rousseau que la France. C’est le cas, par exemple d’un pédagogue comme Hartmut von Hentig …qui est d’ailleurs un ancien élève du FG et auteur d’un livre sur Rousseau !

 

L’orientation scolaire « précoce » parfois dès 9 ans en fait puisqu’elle intervient souvent dès la fin de la quatrième année (équivalent du CM1 français) choque les observateurs étrangers ? Où en est la réflexion là-dessus ?

On sait que retarder ce moment crucial atténuerait la reproduction par l’École des inégalités sociales. Et c’est vrai, la gymnasiale Empfehlung (appréciation du personnel enseignant du primaire sur l’opportunité pour un élève d’intégrer le lycée) véritable « sésame » scolaire joue un rôle de distinction sociale !

Mais les résistances de la société sont fortes. Et les expériences d’école intégrée depuis les années 1970 – avec la Gesamtschule – n’ont pas été vécues comme une réussite. Elles ont été globalement assimilées à une baisse du niveau. Difficile donc d’en faire un modèle !

Je ne fais pas partie de ceux qui estiment que le système français du collège unique (tronc commun sans véritable orientation jusqu’à 14 ou 15ans) soit un échec. Mais je ne pense pas, compte tenu des résistances dans la société allemande, qu’il soit souhaitable de transposer ce modèle qui a aussi ses défauts. Il faudrait en Allemagne une solution intermédiaire, qui offre un tronc commun et évite en tout cas les aiguillages irréversibles.

 

Il y a un rapport de fascinations réciproques concernant le rythme de la journée scolaire des deux côtés du Rhin. Les Français fantasment sur les activités multiples que permettraient les après-midi libres et les Allemands s’intéressent à la Ganztagsschule à la française afin d’encadrer le désœuvrement de certains jeunes, sans parler des supposés vertus intégratrices de l’option française. Comment les choses vont-elles évoluer ?

Aucun des deux rythmes allemand ou français n’est idéal. Les matinées allemandes sont beaucoup trop longues. Les enseignants redoutent les 5ième et 6ième périodes où l’attention des élèves est la plus faible. Par ailleurs l’absence de cantines dans beaucoup d’établissements scolaires est un véritable gaspillage social. Et il vaut mieux un vrai repas plutôt que de multiples pauses sandwichs. Toutefois le système français, en encadrant étroitement le temps des adolescents, ne favorise pas l’émergence d’une certaine autonomie, d’une aptitude à gérer soi-même son temps. On devrait donc évoluer vers un moyen terme, un peu à l’instar de ce qui se passe dans les pays anglo-saxons : des cours l’après midi, mais sans atteindre la longueur des journées françaises. Cela laisserait une marge à l’organisation individuelle du temps libre tout en ménageant de véritables plages de détente (grande récréation, repas de midi) dans le cadre scolaire.

 

Propos recueillis par R.P.G.

 

*Enseignante au FG (lycée français de Berlin) ainsi qu’à l’université de Halle (Saxe-Anhalt), auteure de deux ouvrages de référence parus dans les deux langues :

Cousins par alliance : Les Allemands en notre miroir, Autrement, Collection : Frontières, 2002 (ISBN-10: 274670238X), Die Legende vom typisch Deutschen, Paperback

Militzke Verlag e.K. (ISBN: 3861897253)

Studieren in Frankreich und Deutschland. Akademische Lehr- und Lernklturen

im Vergleich, Berlin, Avinus Verlag, 2006 (ISBN: 3-930064-66-9)

Étudier en France et en Allemagne. Approche comparée des cultures

universitaires, Lille, Presses du Septentrion, 2007 (ISBN: 978-2-75740-021-0) -en collaboration avec Stefanie Neubert, Dorothee Röseberg et Virginie Viallon-

 








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