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Lothar bisky lors de sa fête d´anniversaire

Le 17 août dernier, Lothar Bisky fêtait ses 65 ans à la Karl-Liebnecht-Haus, la maison du Linkspartei.PDS, parti de gauche allemand dont il a été réélu Président en 2003. Rencontre avec un commandant au long court de la gauche allemande, qui a balayé près de 17 ans de politique allemande.

 

 

 

Monsieur Bisky, vous avez longtemps été un homme de science avant d’être un homme politique. Comment s’est faite votre entrée en politique ?

 

Je suis devenu actif politiquement parlant sans en avoir vraiment conscience. Ma véritable entrée en politique date certainement du 4 novembre 1989, de mon discours sur l’Alexanderplatz, lorsque j’ai demandé aux dirigeants de la RDA de se soumettre au vote des citoyens. J’avais déjà été confronté à l’appareil de contrôle du Parti, dans mon travail de directeur de l’université de Potsdam-Babelsberg : je devais vraiment me battre pour que mes étudiants puissent réaliser leurs films et accéder aux médias sans que personne ne leur dicte ce qu’ils avaient à penser. Ce sont ces convictions qui m’ont amené à parler devant des milliers de personnes, le 4 novembre. Moi qui m’adressais d’ordinaire à mes étudiants en amphithéâtre, je n’avais aucune expérience des manifestations de masse ! Mais j’étais convaincu d’une chose : nous ne pouvions pas continuer ainsi, une démocratisation radicale de la RDA et de son parti unique, le SED (1), s’imposait.

 

 

Vous vouliez donc changer la RDA, le pays pour lequel vous aviez quitté votre famille et le Schleswig-Holstein à l’âge de 18 ans, en 1959. Vos attentes étaient-elles déçues ?

 

Je suis venu à l’Est car même les enfants des plus pauvres y recevaient un bon enseignement. Je n’avais pas d’autres attentes, je découvrais. D’autres choses m’ont d’ailleurs rapidement plu comme le fait qu’une femme puisse rester indépendante financièrement de son partenaire grâce aux infrastructures pour les enfants. Le vivre ensemble avait alors un tout autre sens et je trouvais ça bien ! Par contre, ma sensibilité libérale était heurtée par le fait qu’il fallait souvent surveiller ses propos. Cette répression politique s’appuyait sur l’éternel argument « c’est comme ça pour l’instant mais ça va changer, c’est parce que la lutte des classes est compliquée. » Quel espoir, donc, lorsqu’au début des années 70, Honecker annonce qu’il n’y a pas de tabou dans l’art. Nous avons cru pouvoir dire tout ce que nous voulions ! Ce fut cependant relativisé et la déception fut grande. Bien que toujours membre du SED, je devenais de plus en plus critique vis-à-vis du système. Lors de la Chute du Mur, j’étais donc politisé, sans toutefois être titulaire d’une fonction politique.

 

 

En 1989, vous appartenez au directoire du PDS (2), succédant alors au SED. En mars 1990, vous êtes élu à la dernière Chambre du Peuple, le Parlement de la RDA. A cette époque, pouvait-on encore croire au communisme ?

 

LA RDA implosait. Je faisais partie de ceux qui voulaient fonder un nouveau parti, socialiste et démocratique. Ce n’était pas facile de se maintenir comme force de gauche. Et beaucoup avaient une attitude anticommuniste, à l’Ouest comme à l’est. Les citoyens de la RDA n’y croyaient plus, le PDS a perdu plus de deux millions de membres en quelques mois. Et puis, il s’est passé des choses invraisemblables : les membres du NDPD (3) devenaient d’un seul coup des héros de la résistance, les partis bourgeois et dogmatiques de l’Ouest absorbaient les partis de la RDA, etc. Je trouvais ça ignoble ! La situation était plutôt désespérante pour le PDS, mais le parti s’est tout de même maintenu.

 

 

En 2003, vous voici une fois de plus Président du PDS. On vous compare souvent à un capitaine qui n’abandonne pas son navire, quoiqu’il arrive. A juste titre ?

 

C’est vrai qu’en 2003, le PDS touchait le fond. Il n’était même plus présent au Bundestag en tant que groupe parlementaire. Nous devions réaffirmer notre identité politique, montrer aux gens que nous prenions leurs besoins au sérieux. Nous nous sommes fermement opposés aux mesures néolibérales du gouvernement Schröder et peu à peu, la confiance est revenue. Dès 2004, nous avons enregistré de bons scores en Brandebourg et en Thuringe. Peut-être parce que les citoyens de l’ex-RDA avaient fait l’expérience du capitalisme et de ses inégalités, je ne sais pas. Toujours est-il que nous étions confiants pour les prochaines législatives. Il nous fallait juste convaincre les électeurs de l’Ouest. En anticipant les élections, Schröder nous a pris au dépourvu. Nous avons dû réagir rapidement. C’est dans ces conditions que nous avons décidé de faire campagne avec la WASG (4), avec Oskar Lafontaine. Notre programme commun fut un véritable succès, à l’Est comme à l’Ouest.

 

 

Alors que la WASG et le Linkspartei, alias PDS, envisagent de fusionner en un nouveau parti de gauche d’ici à juin 2007, la WASG-Berlin pose sa candidature en solo aux régionales de Berlin ainsi que du Mecklembourg et de la Poméranie occidentale. Etes-vous confiant en l’avenir ?

 

Je suis optimiste et c’est bien pour cela que je ne pars pas en retraite sur le champ ! Ce n’est pas toujours facile, mais une fusion est possible. C’est vrai que les candidatures séparées de la WASG et du Linkspartei pour les régionales de Berlin comme du Mecklembourg et de la Poméranie occidentale ne sont pas sans danger pour la gauche, notamment à Berlin où les sondages sont critiques. Nous n’avons pas souhaité ce bras de fer politique, mais je préfère ne pas jeter d’huile sur le feu. Je reste confiant : je pense que le nouveau parti verra le jour l’année prochaine.

 

Propos recueillis par Charlotte Noblet.

 

(1) SED = Sozialistische Einheitspartei Deutschlands

(2) PDS = Partei des Demokratischen Sozialismus

(3) NDPD = Nationaldemokratische Partei Deutschlands

(3) WASG = Die Wahlalternative für Arbeit und soziale Gerechtigkeit








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