
Sans culotte de peau, ni chapeau à plumes, il fallait bien, le petit-déjeuner pris, se mettre en route vers l’événement de ce week-end munichois. Curieux mais aussi un peu nerveux, comme souvent avant un saut, même modeste dans l’inconnu, je prends avec mes hôtes le chemin de la fête de la bière.
Le métro se bonde un peu plus à chaque station. A l’arrivée, des masses assoiffées se déversent sur les Wiesen et marchent d’un pas décidé vers une des nombreuses tentes. Au deuxième jour de la fête, un dimanche, les places sont comptées. Et il vaut mieux ne pas arriver trop tard. A midi et demi, la première manche est gagnée. Nous prenons d’assaut une table encore vide à l'une des extrémités de la tente où la musique ronflante de l’orchestre retentit déjà, invitant les visiteurs à consommer.
Un litre de bière à la mi-journée, une heure ou deux après le café au lait ? Un peu dur. Je m’abstiens provisoirement. Des serveuses en costumes folkloriques virevoltent, des chopes géantes à la main. Le public est encore sage et ingurgite ses premières lampées de bière. L’air est encore respirable sous cette tente immense pleine à craquer où plusieurs centaines de personnes se serrent les unes contre les autres sur de longs bancs.
Toujours sobre, j’observe lentement l’effet de l’alcool autour de moi. Les décibels atteignent des sommets ; aux discussions animées succèdent des chants sonores et des éclats de rires tonitruants. L’orchestre se réveille régulièrement pour entonner des marches entraînantes ponctuées par un « Heil prosit » salvateur ; les commensaux trinquent et vident leur chope d’un litre.
Je m’y mets aussi. C’est la seule manière de ne pas jouer les extra-terrestres ébahis. Oui, c’est vrai, ça marche. Les neurones et le reste s’imbibent. Les inhibitions s’estompent et les pulsions s’exhibent. La sage ambiance de kermesse paroissiale initiale a disparue. Les buveurs et les buveuses s’enlacent, debout sur les bancs ou les tables. Sodome et Gomorrhe pointent le bout de leur nez. La consommation ne se limite plus à la boisson et aux Brezels….
Pendant ce temps, les serveuses en Dirndl virevoltent toujours de table en table ; les musiciens en culottes de peau scandent toujours et encore leurs mêmes airs ronflants. En soirée, les tentes se vident. Les visiteurs titubent vers la sortie, atteignant quand ils le peuvent les toilettes engorgées et parfois doublement occupées, avant de rentrer dans un état second à la maison. Rude journée. Mais mon intégration fait des progrès. Prochaines étapes, le carnaval de Cologne, une semaine de vacances dans un jardin d'ouvriers avec mon nain de jardin et mes Birkenstock. A suivre.
*Pascal Thibaut est correspondant de RFI. Il habite à Berlin depuis 16 ans.
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C'était une tente un peu spéciale... mmmm, ca donne fin
pas d'inquiétude Pascal tibaut!
vous n'etes pas un "extra-terrestre ébahi"!