Madame Kluxen-Pyta, 45 ans, travaille à la Fédération des syndicats patronaux allemands (Bundesvereinigung der Deutschen Arbeitgeberverbände). Directrice adjointe au service de l’éducation, elle réagit à la publication de l’OCDE « Regards sur l’éducation ».
L’Allemagne manque de diplômés. Peut-on s’attendre à autre chose lorsqu’on sait que seulement 30% des Allemands ont le bac ?
Si vous considérez que seuls les bacheliers sont de futurs diplômés, 30% d’une classe d’âge, c’est effectivement bien peu car, économiquement parlant, l’Allemagne doit miser sur la qualification de ses jeunes. Et pour l’instant, il faut le bac pour aller à l’université, c’est ainsi que fonctionne le système scolaire allemand. D’ailleurs, si rien ne change, le pire està venir avec la chute démographique.
D’où l’importance d’une plus grande perméabilité du système éducatif. Un jeune ayant suivi une bonne formation pratique ne devrait pas avoir à repasser le bac pour faire des études, une formation pratique en électromécanique étant un aussi bon bagage que le bac pour devenir l’ingénieur en mécanique qui intéresse les entreprises. Ce n’est pas possible qu’en manquant l’entrée au lycée, les jeunes se retrouvent dans l’impasse. Selon l’OCDE, la situation s’améliore : 14% des jeunes passent le bac en dehors du lycée en Allemagne contre 9,2% en moyenne dans les autres pays industrialisés. Plusieurs initiatives voient le jour comme ce « Berufsgymnasium », dans le Bade-Wurtemberg, qui offre une formation pratique aux élèves tout en les menant au bac.
Avec sa possibilité de formation par alternance dès l’âge de 15 ans, le système binaire à l’allemande serait-il dépassé?
Le fait que l’apprenti travaille directement dans l’entreprise facilite son intégration sur le marché du travail. Le prix pour cela est que les entreprises ne forment en général pas les jeunes plus qu’elles n’en ont besoin. Et l’autre inconvénient, c’est la dépendance du système binaire de la conjoncture économique. Les élèves ont plus de difficultés à trouver une place de formation, mais ensuite, ils trouvent plus facilement du travail, souvent dans l’entreprise où ils sont formés. Le principe de l’alternance est bon, ce qu’il faut optimiser, c’est plutôt l’intérêt pour les différentes formations qui existent. Les garçons veulent toujours être garagistes et les filles coiffeuses, mais il existe plus de 350 formations différentes ! 10% des places restent inoccupés, notamment chez les artisans, les boulangers, les bouchers.
Donner la possibilité d’étudier à un plus grand nombre, ok. Mais les amphis sont déjà surchargés et les profs débordés…
Les universités surchargées, c’est selon. Dans les nouveaux Länder, les professeurs ont généralement plus de temps pour les étudiants. En moyenne, il y a en Allemagne un prof pour 60 étudiants, ce qui est respectable. Mais la question des amphis surchargés a tout de même été posée, car si on supprime la 13ème classe existant encore dans certains Länder pour faire le bac à 18 ans, il y aura parfois deux promotions en même temps sur les bancs des universités. Une des propositions est d’introduire une nouvelle catégorie d’enseignants à l’université, des sortes de tuteurs, pour assister les professeurs et se consacrer aux étudiants. Cette « classe moyenne » du corps enseignant manque actuellement aux universités allemandes. Une autre proposition est de raccourcir les études. C’est aussi une observation de l’OCDE : en Allemagne, les études les plus longues sont souvent interrompues, ce qui réduit d’autant le nombre de diplômés à la sortie. Nous espérons que le passage au système européen, avec les bachelors et les masters, sera l’occasion d’intensifier et de mieux encadrer les études en Allemagne.
Propos recueillis par Charlotte Noblet