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Marie-Antoinette, la crème de la crème, prête à se faire masser les pieds parmi les macarons Ladurée.


La Marie-Antoinette de Sophia Coppola est un portrait chou à la crème de notre célèbre Autrichienne - de son arrivée en 1770 à 14 ans dans son new home Versaillais jusqu’à son installation aux Tuileries, et le destin qu’on lui connaît 19 ans plus tard. Tout juste le temps de changer de toilette un demi billion de fois, de collectionner escarpins et dettes de jeu, de se goinfrer de potins et de petits fours Ladurée, de prendre amant et favorit(e)s – et, oh juste en passant, de donner à la couronne le dauphin tant espéré.

 

De politique, du rôle ambigu de « l’Autrichienne » dans la  diplomatie de la couronne de France, ou de la délicate affaire du collier, Coppola ne souffle mot. Il faut dire que des mots, il y en a peu. Aux dialogues, Coppola préfère une bande son stylisée faite de chuchotements de cour et de l’alternance décalée de menuets et de pop contemporain braillant sa propre décadence – Siouxie and the Banshees lors d’un bal costumé, New Order à l’aube après une soirée enivrée. Ça rocke. D’autant que la facétieuse Coppola se permet des anachronismes discrets, tel qu’un plan volé sur une basket Converse négligemment abandonnée parmi les escarpins royaux. Très cool, très fashion.

 

Et ça se regarde comme un magazine de mode, esthétisé à outrance, filmé à grand renfort d’images somptueuses et de friandises glacées: francophilie et francologie de Coppola semblent se résumer au look de ce Versailles fin de régime, ses fastes et ses fringues, la hauteur de ses compositions capillaires et culinaires – perruques et pièces montées se succédant en une déclinaison orgiaque de séquences vert pistache et rose bonbon. Et Marie A. dans tout ça ? « Lost in profusion » - paumée dans le décor. Le corps de la jeune femme est perdu dans l’immensité somptueuse de Versailles (le plan mémorable du visage de Kirsten Dunst noyé dans les imprimés fleuris de son boudoir). La reine a deux corps : l’un public, l’autre privé. Si l’on sait que le premier lui vaudra la guillotine, Coppola s’ingénie à grand renfort de parures, textures et autres falbalas, à reléguer le dernier à un élément du décor.

 

Sans complexe aucun, Coppola se réapproprie l’histoire de France pour en revendiquer une version contemporaine et  intimiste. Comme dans ses films précédents (Virgin Suicide, Lost in Translation), une jeune femme un peu ingénue est confrontée à un monde aussi branché qu’étranger dans lequel elle est mise au défi de trouver sa place.

Si la facture se rapproche de Vogue et de Maisons et Châteaux, le contenu est du calibre de Jeune et Jolie. Dans une version consumérisme du 21ème siècle, Kirsten Dunst incarne à ravir une barbie à la moue pouponne dont la liberté s’arrête à celle de consommer. L’affluence de Versailles est entêtante mais surtout asphyxiante. Esseulée, écrasée par le poids d’un protocole dont elle n’a pas l’habitude, et par une charge dont elle n’a guère la carrure, la jeune reine s’évade. Aujourd’hui, elle se couvrirait de piercing et se shooterait. Marie A., elle, compense par le luxe et un brin de luxure, les parties de cartes et les parties de campagne, pendant que son benêt de roi s’affaire à la chasse. Et qu’est-ce qu’elle se gave de p’tits fours ! A en voir le corps frêle presque anorexique de Dunst, on s’attend à tout moment à la voir se faire vomir les macarons dans les chiottes de Versailles.

 

Le problème est que Coppola semble incapable de distinguer l’histoire de France, de la personnalité de son héroïne, et la personnalité de son héroïne de ses atours. Pour elle, Versailles n’est qu’un grand château, et la reine la fille la mieux fringuée de la cour. Ses efforts pour racheter la vacuité et la superficialité de son héroïne trahissent les siennes. On connaissait l’histoire par le p’tit bout de la lorgnette. Coppola nous sert l’Histoire par le p’tit trou de la boutonnière : version taffetas et fil de soie. Somptueux, mais pas plus nourrissant qu’un macaron Ladurée !

Nadja Vancauwenberghe

"Marie-Antoinette" de Sofia Coppola, Sortie en salle le 2 novembre.








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