Le plus grand scandale et procès économique depuis l´après-guerre se clôt par une transaction financière entre la justice et six prévenus : les poursuites prennent donc fin et chacun conserve un casier judiciaire vierge. Le procès n´a certes plus lieu d´être, mais est-il certain que le scandale disparaisse ?
Au départ, en 2000, le groupe britannique Vodafone initie une opération boursière hostile en vue de racheter le conglomérat Mannesmann. Puis, l´opération devient amicale, et se conclue par un montant record : 178 milliards d’euros, avec l´accord de six dirigeants du groupe cible (dont le suisse Joseph Ackermann, aujourd´hui à la tête de la Deutsche Bank). Au passage ceux-ci s´octroient alors quelque 57 millions de primes.
En juillet 2004, les six dirigeants (parmi lesquels l’ancien patron de Mannesmann Klaus Esser ou bien encore l’ex-dirigeant du syndicat IG Metall, Klaus Zwickel) poursuivis pour abus de confiance aggravé, bénéficient d´une relaxe générale. Mais devant le scandale suscité, le procureur demande alors une révision devant la Cour Fédérale Suprême à Karlsruhe laquelle ordonne un procès en seconde instance.
Octobre 2006, le second procès s´ouvre. C´est ce procès qui n´ira finalement pas à son terme puisque le juge Stefan Drees du tribunal de Düsseldorf, en charge de l’affaire, a annoncé que le Tribunal acceptait la proposition faite par la défense d’un abandon des poursuites contre l’ensemble des prévenus en échange du versement à la justice d’une somme totale de 5,8 millions d’euros. M. Drees, pour désamorcer le scandale, a argumenté que le procès "n'était pas dans l'intérêt public" (ce dont justement beaucoup doutent !) et expliqué que ce genre de transaction était courant et concernait plus de 100 000 cas par an.
Cette décision, conforme au paragraphe 153a du code de procédure pénale allemand, permet la conclusion sans jugement d´un procès. Notons que Joseph Ackermann, dont le salaire se situe entre 15 et 20 millions d’euros, devra s’acquitter de 3,2 millions. Klaus Zwickel, et l’ex-chef du syndicat IG Metall de 60.000 euros.
Alors que les milieux économiques se réjouissent de cette issue, du côté politique, à gauche comme à droite, les acteurs soulignent le mauvais coup porté à la confiance dans l´Etat de droit et la démocratie.
Régis Présent-Griot