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Depuis 2005, des « jobs à 1€ » occupent / qualifient / rentabilisent les chômeurs de longue durée, bénéficiaires de l’aide sociale.

 

« J’ai l’honneur de pouvoir vous proposer un poste d’assistant éducateur dans le domaine socioculturel du sport et de la création manuelle. Rémunéré à 1,50 €/h pour 30h/semaine, le poste est à pourvoir de suite, pour une durée maximale de 9 mois. Mit freundlichen Grüssen, votre Jobcenter. » C’est de telles lettres qu’envoient les agences pour l’emploi allemandes (1) aux chômeurs de longue durée pour leur soumettre un « Ein-Euro-Job », ces « occasions de travailler avec dédommagement des indemnités de frais » (2) leur apportant quelque 200€ en plus des 850€ mensuels de l’aide sociale. Le travail en Kindergarten, l’entretien des espaces verts ou les soins en maison de retraite constituent les offres les plus courantes. Plus novateurs sont par exemple les postes d’agents de sécurité dans les transports en commun, comme le proposait cet été le ministre des Transports Wolfgang Tiefensee pour Leipzig.

 

L’idée de ces « jobs à 1 €» - dont le nom vient de la proposition faite en 2005 par Wolfgang Clement, alors ministre des Finances, de rémunérer ces emplois subventionnés à 1€ de l’heure – est d’une part de réaliser des travaux qui, sans cette main d’œuvre bon marché, ne pourraient l’être et, d’autre part, d’habituer les chômeurs de longue durée à la vie active, de les rendre plus attractifs pour les employeurs et de leur apporter une certaine dignité. Selon Ulrich Waschki, porte-parole de l’agence fédérale pour l’emploi (1), « de telles mesures sont assez rapidement proposées aux jeunes pour qu’ils ne s’habituent pas au désoeuvrement. » Sinon, les jobs à 1€ s’adressent en général à des personnes peu qualifiées n’ayant guère de chance de retrouver une place sur le marché du travail. Le refus de ce dernier recours entraîne la perte de 30% de l’aide sociale pendant 3 mois, de 60% en cas de récidive.

 

Résultat, les chômeurs semblent friands de ces petits boulots à 1€. On comptait 246 000 jobs à 1€ en juillet 2005, 300 000 en octobre 2005 et 314 000 en octobre dernier, dont pas moins de 31 000 à Berlin. L’effet statistique est parfait : moins de chômeurs et plus de postes à pourvoir, un job à 1€ étant considéré comme une offre d’emploi. L’illusion est pourtant grande, car peu de « jobbers » accèdent ensuite au marché du travail.

 

Et c’est là que le bât blesse. Les jobs à 1€ ont vocation à « compléter » les postes habituels, mais on observe souvent le remplacement indirect de postes non renouvelés ou supprimés par des jobs à 1€. « C’est flagrant au niveau des communes où la moitié des postes ont disparus ces 15 dernières années », explique Uwe Wötzel, porte-parole de Verdi, le syndicat unifié des services (3). « C’est pourquoi nous demandons l’implication du personnel dans la décision de recourir à un job à 1€. Pour éviter les situations de concurrence. »

 

En attendant, les jobs à 1€ semblent de plus en plus considérés comme la contrepartie nécessaire de l’aide sociale reçue (concept du Workfare) et les « jobbers » seraient contents de pouvoir travailler, selon le porte-parole de l’agence fédérale pour l’emploi (1). Peut-être parce qu’ils n’ont pas encore perdu tout espoir de retrouver un emploi, précise le syndicaliste de Verdi (3). Serait-il vraiment impossible de mettre tout le monde d’accord avec des emplois non subventionnés mais rémunérés comme le supposent tout bon service qui se respecte ?

 

Charlotte Noblet

 

(1) www.arbeitsagentur.de

(2) Arbeitsgelegenheiten mit Mehraufwandsentschädigung

(3) Vereinte Dienstleistungsgewerkschaft: www.verdi.de

 

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