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Abdourahman Waberi, 41 ans, originaire de Djibouti, lira à la Foire du Livre de Leipzig des extraits de son dernier roman, "Les Etats-Unis d'Afrique", succès commercial et critique. Ecrivain , professeur d’anglais, collaborateur du "Monde Diplomatique" et de "Lettre International", il nous raconte l’œil pétillant, les aléas du métier.  

 

Vous venez de passer six mois à Berlin avec une bourse du DAAD, la ville vous a-t-elle inspiré ?

Disons que j’ai très bien travaillé les trois premiers mois, puis j’ai décroché, pour des raisons que je ne m’explique pas… J’ai décidé de ne pas me forcer. D’ailleurs, je pense que même en n’écrivant pas, je travaille d’une autre manière : mon roman traverse une période de maturation en quelque sorte. C’est ce que j’appelle la politique du détour [rires]. En tout cas, je m’intéresse beaucoup à l’exil, en l’occurrence à la diaspora juive des années 30, j’aimerais écrire quelque chose sur l’Allemagne de ces années-là. Donc pour l’instant, je suis plongé dans Walter Benjamin.

 

L’exil… Que pensez-vous d’Orhan Pamuk qui a dû fuir aux Etats-Unis ?

Orhan a été appelé à l’Université de Columbia, il va gagner beaucoup d’argent, je ne m’inquiète pas pour lui. Par contre, Asli Erdogan, une jeune auteure turque, est menacée pour ses prises de position sur la question arménienne, il faut faire quelque chose. J’ai réussi à faire publier en Suisse le texte qu’elle a lu le jour de l’enterrement de Hrant Dink (journaliste turco-arménien assassiné en janvier à Istanbul. [Ndlr]), et je l’ai recommandée pour le prochain Festival international de littérature de Berlin.

 

Vous retournez à Djibouti une fois par an mais vous dites ne pas pouvoir y vivre. Vous considèrez-vous en exil ?

Oui, mais ce n’est pas un arrachement, ou une fuite. Quand je suis retourné à Djibouti après mes études en France, j’ai été convoqué par le Président, il voulait faire de moi un jeune ambassadeur de la culture djiboutienne… mais il fallait être d’accord avec lui. Ça ne me convenait pas. Deux ans plus tard, rebelote, il me convoque : « On a pensé à toi pour un projet formidable. Que dirais-tu d’écrire un livre pour le 20e anniversaire de l’indépendance de Djibouti ? » Je lui réponds que je ne suis pas historien, et je lui en cite deux qui pourraient le faire. Il me dit : "Non, Machin vient d’avoir un enfant… qui n’est pas de lui, donc il est en dépression, et Truc… blablabla", quelque chose qui n’avait rien à voir avec la politique. Le problème dans ce genre de dictature, c’est que le président contrôle tout, même la vie privée. Un type qui se fait tout seul, c’est intolérable pour lui.

 

Que pensez-vous du cas Günter Grass, qui avoue dans sa biographie «  En épluchant l'oignon » qu’il s’était enrôlé dans la Waffen-SS en 1944 ?

Je n’ai pas lu son livre alors je ne peux pas me prononcer. Mais ce qui m’intéresse, c’est qu’il ait pu cacher ça pendant si longtemps. On peut faire le parallèle avec la France : là-bas aussi il y a des arrangements avec la morale, par exemple, il n’y a toujours pas de signes officiels rappelant la colonisation ou la pratique de la torture pendant la guerre d’Algérie. Et la découverte du passé tortueux de Mitterrand ne l’a pas empêché d’être réélu. Quelque part, Grass, ça le rend shakespearien. Et puis je pense que quand il était moralisateur, il était sincère.

 

Propos recueillis par Céline Robinet

 

A. Waberi lira à la Foire du livre de Leipzig le 23 mars à 12h des extraits de Aux Etats-Unis d’Afrique, Editions Jean-Claude Lattès, 2006, en cours de traduction allemande.

 

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