Thomas Ostermeier, intendant de la prestigieuse Schaubühne, sur le théâtre allemand, son expérience du travail dans la durée et le désir de révolution…
Comment êtes-vous venu au théâtre ?
J’ai commencé à Munich, à l´âge de 16 ans. J’ai joué durant toute ma scolarité et je voulais devenir comédien. Puis je suis rentré à la Ernst Busch Hochschule. La section art dramatique insistait pour que je les rejoigne mais je suis quand même resté dans la section mise en scène. Je suis devenu metteur en scène sans vraiment y réfléchir. Pour moi, un metteur en scène, c´était un homme d’au moins cinquante ans avec une barbe, un gros ventre et très savant. Etre un jeune metteur en scène, c´était tout simplement pour moi impensable !
Comment définiriez-vous la Schaubühne ?
C´est un grand théâtre public, international et contemporain. International, car nous travaillons avec des auteurs du monde entier. Par exemple, nous avons fait découvrir à l’Allemagne des dramaturges contemporains, comme Jon Fosse. Nous présentons toutes les pièces de Sarah Kane. Enda Walsh, Martin Crimp, autant d´auteurs engagés politiquement, critiques de la société occidentale. Et nous sommes toujours à la recherche de nouveaux auteurs contemporains, notamment avec le F.I.N.D. Festival. Le plus représentatif en est peut-être Falk Richter, auteur et metteur en scène à la Schaubühne.
Pour ce qui est de la mise en scène, je crois encore très fort à la narration. Les histoires sur lesquelles j´ai travaillé dernièrement racontent une bourgeoisie allemande qui vit dans la peur.
Comment définiriez-vous le théâtre allemand aujourd’hui ?
Le théâtre en Allemagne s’est développé depuis deux siècles en une forme artistique autonome. Lors de la révolution française, Schiller, Goethe, Lessing et Kaiser ont poussé des cris de joie, mais le peuple allemand, lui, n’était pas prêt à mener une révolution. De fait, en Allemagne, la révolution a souvent eu lieu sur scène.
La structure est aussi une explication importante de cette spécificité du théâtre allemand : il existe ici de nombreux théâtres, à Hambourg, Francfort, Stuttgart, Hanovre, Munich et Berlin… L’Etat fédéral et décentralisé a produit à la fois de la diversité et une culture de la subvention, qui a fait naître un désir de compagnies fixes (« feste Ensemble »). Et ces « ensembles » permettent que l’on s’entende sur une même langue théâtrale. Cette structure du théâtre allemand, c’est-à-dire cette haute culture du théâtre subventionné, a permis la naissance d’une réelle forme d’art théâtral. Le théâtre n’est pas seulement un divertissement qui amuse la bourgeoisie, mais une œuvre d’art, parfois énigmatique. Le théâtre ne cherche pas à tout prix à être compréhensible mais tend aussi vers une haute forme d’abstraction. Ce qui, dans certains cas, tourne malheureusement à l’élitisme. Je crois que cela fait aussi partie du théâtre allemand.
Le théâtre allemand serait aujourd’hui le théâtre européen le plus avant-gardiste, qu´en pensez-vous ?
Si la France avait les mêmes structures que l’Allemagne pour pouvoir penser plus grand, c'est-à-dire des compagnies, un répertoire, une entreprise théâtrale, des moyens financiers plus importants pour la scénographie ou les costumes, alors le théâtre français pourrait aussi être le premier d’Europe… L’Allemagne compte de très nombreux théâtres, très différents. Cette multiplicité ne se retrouve pas au niveau international. Et, bien entendu, ce sont aussi les meilleures productions allemandes qui sont présentées en France…
Le théâtre français est-il considéré en Allemagne comme trop traditionnel ?
Si le théâtre français est plus traditionnel aujourd’hui, je crois que cela tient au paysage dans lequel il s’ancre. En Allemagne, la scénographie et les costumes ont une place particulièrement importante. L’esthétique y joue un grand rôle. En France, les metteurs en scène ont besoin de coproducteurs pour leurs productions, ce qui signifie que leurs mises en scène et leurs scénographies doivent être adaptables à de nombreux lieux… Ils doivent restreindre leurs ambitions esthétiques pour satisfaire ces contraintes. Et cela n’est tout simplement pas bon pour l’art théâtral.
D’autre part, le jeu plus traditionnel de l’acteur s’explique peut être par le fait qu'il n’a pas la possibilité de travailler longtemps avec la même équipe et d’y développer une autre forme de jeu, étant donné qu’il n’appartient pas à une compagnie fixe. La façon de jouer est toujours liée à la relation de confiance et l’esthétique d’un metteur en scène : il faut la construire et la développer. Ca n’est pas possible lorsqu’on travaille deux trois mois sur une production et qu’on enchaîne directement avec un autre metteur en scène qui travaille de façon complètement différente. Castorf et Marthaler parviennent à de tels résultats parce qu’ils travaillent avec la logique d’un ensemble, dans la continuité. C’est une possibilité que n’offre pas la France. Il y a des exceptions, bien sûr, comme Ariane Mnouchkine.
Propos recueillis par Pauline Beaulieu
A lire, Thomas Ostermeier, Introduction et entretien par Sylvie Chalaye, Actes Sud-Papiers, 2007
bonjour
je suis etudiant à l'université Paris 8 en arts du spectacle vivant ou je prepare une licence. Jamerais avoir des renseigments par rapport le master à dans les universites berlinoises ainsi que les ecoles de theatre a Berlim comme l'école ernst Busch entre autres.
Je vous remercies de l'aide que vous pourriez m'apporter
flavio Lima