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©Coralie Jacquier


Rencontrés à l'occasion de la Französische Film Woche à Berlin en décembre dernier où ils venaient présenter leur nouveau film, les deux co-réalisateurs Éric Toledano et Olivier Nakache sur un petit nuage, savourent sereinement leur triomphe. Intouchable (Ziemlich beste Freunde en allemand) sort le 5 janvier prochain sur les écrans allemands. Il rencontre depuis sa sortie en France un immense succès.

 

Intouchables d'Éric Toledano et Olivier Nakache

 

La Gazette : Question un peu rituelle à La Gazette, que connaissez vous du cinéma allemand?

 

Éric Toledano: quelques éléments quand même. On a dû l'étudier à un moment. En général les films étrangers, autres qu'américains, qui arrivent en France, ont déjà eu un tel écho qu'ils sont souvent de grande qualité. C'est pour ça que l'on peut voir au cinéma la crème de l'Espagne, de l'Allemagne...

 

Olivier Nakache: On connaît Fassbinder, Fati Akim comme réalisateur, sinon il y a eu Good Bye Lenin ou La vie des autres. C'est sans doute celui qui nous a le plus marqué, parce que il y avait tout: richesse de scénario, de sujet et de jeu d'acteur.

 

La Gazette : Pour revenir sur Intouchables, un film dirigé à deux, comment ça marche?

 

Éric Toledano: C'est en fait très simple, c'est faire du cinéma mais à deux. Il n'y a pas quelqu'un chargé de la direction d'acteur ou un autre de la direction de plateau. Tout le film est fait à deux.

 

Olivier Nakache: Il y a moins de difficultés dans l'ensemble. On choisit les acteurs, les décors ensemble etc. C'est vraiment un cerveau à deux têtes: il n'est qu'une personne qui réalise. Le deal de départ a toujours été "on fait tout ensemble". Il n'y a pas de répartition technique des choses. Aujourd'hui on ne l'analyse même plus vraiment et cela facilite grandement les choses car on fait tout le processus à deux. De l'écriture au point final du mixage. On a développé une grande confiance dans notre façon de travailler à deux.

 

La Gazette : Vous avez du collaboré avec les véritables protagonistes de l'histoire, Philippe Pozzo Di Borgo et Abdel Sellou, Est-ce ce qu'il y a eu beaucoup de contacts entre eux et François Cluzet et Omar?

 

Éric Toledano: En fait, on n'a pas vraiment collaboré avec eux. On s'est rencontré avant d'écrire le scénario. Avant le tournage, on a emmené François Cluzet et Omar Sy au Maroc voir Philippe Pozzo Di Borgo pour qu'ils se rencontre et se parlent. C'était très important pour les rôles, pour les personnages, mais dans l'ensemble, il nous a laissé tranquille et nous a fait confiance. On a discuté, on a fait le film et on lui a montré. Ni Abdel, ni Philippe n’a vraiment donné de conseils aux acteurs, ils nous ont fait confiance.

 

La Gazette : Le film repose vraiment sur ce duo central, avez-vous eu des hésitations pour le Casting?

 

Olivier Nakache: Au départ, le film a été écrit pour Omar. C'était lui. On a pensé à d'autres acteurs comme Daniel Auteuil pour jouer Philippe.

 

Éric Toledano: Quand on est dans cette trempe là d'acteur, on a pas tant d'alternatives, on est donc vite tombé sur Cluzet. Il fallait quelqu'un qui donne un peu de légitimité à l'histoire. Omar tout seul, les gens ne serait pas allés, de même avec un inconnu. Il fallait quelqu'un avec une certaine expérience pour cautionner le film.

 

 

La Gazette : Comment se sont passés les premiers jours de tournage? Vous attendiez-vous à une telle complicité entre les deux acteurs?

 

Éric Toledano: On l'espérait fortement. Parfois on a fait des scènes que l'on a reprises plus tard. Ça n'a pas pris comme ça d'un coup, et c'est ça qui fait parti de la magie du cinéma. Il y a un moment où ça marche. Entre eux ça a pris vraiment dans la vie. Ils se sont beaucoup appréciés l'un l'autre.

 

 




Olivier Nakache
©Coralie Jacquier


Le film a dépassé les 10 millions d'entrée en à peine 4 semaines (15,8 millions aujourd'hui) et il va être être distribué aux Etats-Unis. C'est parti pour être un immense succès commercial. Comment vous situez vous par rapport à cela?

 

Olivier Nakache: C'est déjà un grand succès. C'est disproportionné, on a jamais fait un film qui a fait plus de 1,5 million d'entrée ( Nos jours heureux), c'est un peu nouveau pour nous.

Éric Toledano: Ça comporte son lot de folie, on est dans une société ultra médiatisée. Jusque là on touchait le média du bout des doigts. Maintenant c'est disproportionné, on nous appelle de partout, on nous veut partout. C'est aussi pour cela qu'on est ici à Berlin. On s'extrait de ce qui se passe à Paris, ça nous fait du bien d'être ailleurs. Après on sait comment ça marche, ça monte et ça redescend... Comme le ressentir? C'est de la joie, il y a beaucoup de monde tout le temps autour de nous, mais il faut être aussi vigilant.

Olivier Nakache: Oui, il faut faire attention, parce tout ce que tu dis est analysé, tout ce que tu fais est analysé. Les journaux enchaînent dans leurs titres: "le phénomène" et comme ça prend de l'importante, la moindre scène est décortiquée: "ils se sont foutus de l'art contemporain, ils dédaignent l'opéra, etc...”, cela crée des polémiques. Il y a des effets pervers, positifs et négatifs. Les effets positifs, c'est par exemple le monde du handicap qui bénéficie de ce film. On a balancé un pavé dans la mare sur le regard qu'on a en France. Cette pitié dont ils ne veulent pas, cette compassion dont ils ne veulent pas. Et surtout cette envie d'être intégré à la société, d'être avec les gens. Il faut rire avec eux. Je pense qu'il y a le monde de banlieue, qui va également se réveiller. Eux aussi souhaitent un autre regard. Si on peut soulever le débat tant mieux. On ne sait pas où ça va aller, c'est pour ça que l'on va à l'international voir ce qu'il se passe.

Éric Toledano: On ne peut pas s'attendre un à tel succès. On ne peut pas s'attendre à ça, c'est tellement disproportionné! Là, on parle de chiffres qui vont avoisiner les records de 1945, Autant en emporte le vent, ou La grande vadrouille. Après en France quand il y a trop de succès, ça devient suspect... Je crois que le film fera ce qu'il a à faire. C'est sûr qu'il réunit deux mondes. Une France des banlieues populaire qui vient voir le film et une autre France qui est en train d'aller le voir. On n'est peut-être le seul film depuis très longtemps à réunir ce public dans les salles à savoir des personnes en fauteuil, des bourgeois, des aristos, des personnes de banlieue. C'est aussi un peu ça le cinéma dans le fond. C'est réunir des gens qui d'habitude sont devant leur plasma à la maison. Ils viennent en salle voir l'évènement. Le cinéma c'est créer une envie qui fait que l'on ne peut pas attendre plus. On ne veut pas attendre les quatre mois pour avoir le dvd, ou les quelques semaines pour le télécharger illégalement ou les huit mois pour le voir à la télé sur canal plus etc. Non, l'attente c'est: "Est-ce que j'aie envie de le voir au point d'acheter ma place?". Quand on ne peut pas attendre, on a créé quelque chose. C'est un bon signe, un signe d'éveil. On a amené un sujet fort qui raconte quelque chose sur la société française. La leçon c'est que les français ont besoin d'optimisme, d'espoir, de se réconcilier, et non de s'opposer constamment. Il faut quelque chose qui les unisse, qui les mette en contact. La douleur et la souffrance on la voit ne serait-ce qu'en regardant le 20h. C'est la comédie qui permet de séduire. Ceux que tu veux faire réfléchir, tu ne peux pas leur dire simplement: "Venez, on va réfléchir". Au contraire, il faut leur dire: "Venez, on va rire et ensuite peut-être que l'on va réfléchir." Il faut d'abord être séduisant.

 

 

 




Éric Toledano
©Coralie Jacquier


La Gazette : Qu'est ce que ce succès signifie pour vos futurs projets?

 

Éric Toledano: On est plus libre donc ça va être compliqué, on va être plus jugé, mais plus libres. Les entrées c'est bien sûr un objectif, mais nous sommes aujourd'hui immunisés contre les entrées. Le public fait la queue depuis des semaines. On va pouvoir vraiment traiter les sujets que l'on a envie de traiter et si ça ne marche pas, tant pis. En France on nous regardera avec des kalachnikov pour le prochain film et puis c'est tout.

 

La Gazette : Vous envisagez de travailler ailleurs qu'en France désormais?

 

Éric Toledano: On s'intéressera à d'autres chose; à l'Amérique, à l'Allemagne, à d'autres choses!

 

Olivier Nakache: A La Gazette de Berlin désormais...(rires)

 

Propos recueillis par François Tdm, Photos Coralie Jacquier

 

03.01.2012

 

Voir aussi

Intouchables d'Éric Toledano et Olivier Nakache

Ziemlich beste Freunde von Éric Toledano und Olivier Nakache








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