imprimer   23.05.2012 
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Avec la sortie de son deuxième album Takes, Brisa Roché nous transporte dans son univers folky rock surprenant. En 6 mois de travail intense, cette artiste californienne a façonné un tableau musical sauvage et intimiste aux nuances hippies. La chanteuse, à la vision du monde singulière, nous en parle lors d'un passage express à Berlin.

 

        

On vous surnomme "la plus française des américaines": ça vous fait plaisir?

Je n'ai jamais entendu ça mais pourquoi pas, ça me plaît, oui. Il y a plein de choses en France que je m'approprie, donc oui je serais flattée.

 

Takes, c'est presque un retour aux sources, à votre Californie natale. Être éloigné de sa terre fait qu'on a envie d'y retourner, d'en parler et que les souvenirs rejaillissent?

Je pense que si j'avais enregistré le disque aux USA, il aurait été moins américain: j'ai fait les maquettes là-bas et je ne m'attendais pas à ce qu'elles soient si imprégnées de mon village – resté très années 60 – où j'ai passé mon adolescence à jouer de la guitare acoustique. Je ne savais pas que cela allait être tellement absorbé dans les maquettes. Mais en rentrant en France, j'ai entendu cet aspect très américain et je me suis dit: "Ah oui, j'ai besoin de ça et je peux défendre ça et c'est quelque chose de vrai." Je sentais aussi que ça allait être une bataille de faire ce disque comme je voulais et je pense que j'avais besoin de cette ambiance de chez moi et de mon passé pour me renforcer dans la petite guerre que j'allais mener.

 

Vous dites avoir été surprise par l'atmosphère soixante-huitarde et psychédélique qui se dégage au final dans votre album. C'est quelque chose qui n'était pas planifié?

Non. Je l'ai entendu dans les maquettes quand j'étais en train de les faire. Et j'ai trouvé ça drôle! Je pensais que plus tard je pourrais enlever cet élément-là dans les enregistrements. Et puis en fait, déjà à la fin des maquettages, je savais que ça allait rester. Mais je ne l'avais pas planifié. J'avais planifié un aspect un peu folky, mais plutôt folky Rolling Stones que folky psyché. Et je n´ai pas pu échapper à ça, c'est venu comme ça. Ce n'était pas juste dans un morceau, c'était dans plusieurs. Et puis maintenant, les versions live pour le spectacle, c'est encore beaucoup plus psychédélique que ça, c'est vraiment très extrême. Sur scène, on a physiquement des espaces pour improviser, pour chanter sur les plages psychédéliques, c'est super. Et je viens juste de réaliser que c'est possible. Mais je n'avais même pas pensé à cela, je n'étais peut-être pas prête. Mon nouveau groupe me met tellement en confiance que je peux finalement me laisser faire quelque chose que je n'avais jamais exprimé avant.

 

Votre premier album contenait quelques chansons en français, mais dans Takes tout est en anglais. Le choix de cette langue est-il venu spontanément?

Oui, il faut dire aussi que j'avais subi un peu de pression dans le premier disque pour faire des morceaux en français. Je pense que je ne l'aurais pas fait naturellement à l'époque. Parce que, la langue... déjà tu formes ta bouche d'une autre manière et pour moi la langue française, quelque part, c'est une fausse langue (c'est comme l'argent du Monopoly). Dans ma langue à moi, je sais comment chanter avec ces syllabes-là et puis en plus j'ai des histoires avec ces mots et ces syllabes, des histoires lourdes et c'est plus facile d'accéder à l'émotion à travers ces mots remplis d'histoire. Donc pour ce disque, vu qu'un projet un peu deuxième degré, façon Birkin, léger, féminin et drôle ne m'intéressait pas, j'ai tout fait en anglais. Mais je pourrais le faire un jour, ce serait fun!

 

Un mot pour définir votre album?

Ce serait impossible! Je listerais beaucoup de mots: folky, intime, pop rock, psyché... Je vais compter sur les journalistes pour me donner ce genre de définitions!

 

Et le choix du titre "Brisa Roché. Takes", parce que vous êtes une femme qui a de l'assurance, qui prend sa vie en main et sait saisir l'instant présent?

Tout ce que vous dites me plaît, donc allez-y! Il y a de ça, mais c'est aussi que ma vie est devenue le disque pendant un long moment. J'y travaillais encore quand j'ai décidé du titre. Et j'ai vraiment pris sur moi la responsabilité de l'album et de tout, et j'ai aussi pris sur moi le risque, en sachant que je me battais pour le faire à ma façon, que si ça marchait je prenais ça mais que si ça merdait, c'était vraiment tout pour moi. Et j'ai dit: "ok, je prends et je vais survivre!". Mais saisir le moment présent, c'est une philosophie qui m'est très chère. Takes, ça peut aussi vouloir dire « les prises » (de vue, de son) dans un enregistrement. Et puis « une femme qui prend » – dans l'argot américain des années 50 – c'est une femme qui fait l'amour...

 

... Ce qui rappelle un peu la pochette

Oui oui, mais la pochette est plus féministe que sexy. Ce n'est pas une pose qu'un mec aurait choisie pour une femme. C'est une pose où je me sens puissante, moi-même et confiante. Il n'y avait pas de styliste, pas de maquilleuse ni de coiffeuse. Et les micros, c'est comme la bête que j'aurais tuée et qui est la technique; parce que pour être assez indépendante et faire le disque comme je voulais, il fallait que je maîtrise pro tools, les fichiers, les ordis, le studio toute seule: c'était une grande étape dans ma vie et je l'ai fait. Je le montre avec le casque sur la pochette, et je frime un peu avec ça!

 

Quelles messages vos chansons cherchent-elles à transmettre? Il y a cette idée de liberté, d'aller au bout de soi-même, de suivre sa voie

Oui. Mais ça c'est un message très ouvert, très sérieux, que je voulais passer comme un espèce d'encouragement. Ce n'est qu'après que j'ai vraiment compris que je me le disais aussi à moi-même, pendant le projet, et que je m'encourageais à résister. Mais c'est vrai qu'il y a beaucoup de morceaux à propos du rasoir entre le compromis et la rebellion et un encouragement vers la rebellion, vers le fait de prendre son chemin à soi, son naturel à soi. Que ce n'est pas facile, mais qu'il faut quand même. Il faut être fort pour faire ça et il faut se forcer. Et il y a aussi des histoires de départ, de solitude, de choix. Beaucoup de choix, parce que la rebellion est un choix. Tu sacrifies des choses quand tu fais ce choix et il faut assumer ces sacrifices. Et il faut savoir qu'on peux y survivre et qu'il y a de la joie et que cette inélégance qu'on peut vivre dans ta rebellion peut être sublimée. Et parfois non, et puis tant pis!

 

Vous parlez souvent de vouloir vous dégager de la société et votre look ou votre musique sont plutôt originaux. Vous aimez cette image de rebelle?

En fait je ne pense pas que je veuille me dégager de la société. C'est que mon enfance et mon éducation se sont passées hors société et j'ai un réflexe vers cela. Très souvent en France, j'ai essayé de participer à la société. Parce que je veux évoluer, je veux goûter à autre chose, ne pas rester la même toute ma vie, et puis je n'ai rien à prouver quant à ma façon d'être rock n'roll et rebellious. Et j'ai essayé de participer, mais même quand je le veux bien, je suis une alien, souvent! Je suis assez âgée maintenant pour l'assumer. Je ne peux pas faire comme tout le monde; c'est presque physique, je dois manipuler tout, m'approprier tout, même déformer les choses, les casser pour ne pas être intimidée par elles. J'ai des rapports un peu compulsifs, je suis spéciale, quoi! C'est fatiguant, mais ça me pousse à être créative constamment.

 

Vous êtes soulagée depuis la sortie de votre disque et heureuse du résultat. Et la scène, ça vous angoisse?

Je suis chanceuse de pouvoir monter sur scène! je veux le mériter et je veux que ça soit vraiment puissant, que le public soit vraiment transporté, que je sois généreuse etc. Il y a plein de raisons d'être angoissée et de vouloir que tout se passe bien, pas seulement superficiellement, mais aussi spirituellement, physiquement. Mais ma première scène autour de cet album, à la Maroquinerie, s'est bien passée, donc ça va!

 

Quel rôle joue la nature et l'état sauvage dans vos chansons? Et la ville?

Il y a une place aux deux. Il y a même un morceau qui ne raconte que ça, c'est High justement, où tous les couplets sont des scènes de liberté, de sexe, comme une sensation de drogue. Mais c'est surtout la sensation de la nature, le feu le soir, et danser sur la plage, être nue, la mer et le sel, la fumée et un homme, les étoiles qui bougent et tout ça. Et les refrains disent: "Even in the city there's a rythm and its by this beat that we are driven...". Ca veut dire que cet aspect naturel, puissant et animal qu'on peut trouver dans la nature immense, on l'a aussi dans la ville; on peut aussi vivre l'intensité et des sensations comme celles-là, c'est un rythme qui existe à la fois dans la ville et dans la nature. J'ai grandi vraiment dans les états super naturels sans électricité, sans téléphone, loin de tout et après j'ai vécu dans la grande ville et je me sens aussi à l'aise dans les deux; je peux faire la transition très rapidement et je suis très contente d'avoir cette capacité, j'ai de la chance. Il y a des ambiances puissantes dans les deux. Il faut trouver le fil conducteur en soi, qui est peut-être juste le désir et le fait d'être éveillé: comme on peut l'avoir dans la forêt quand il fait noir et qu'on commence à entendre tout et à voir presque dans la nuit. Dans la ville, c'est vrai qu'il y a des aggressions plus puissantes, mais il y a aussi ces ambiances justement avec les grands immeubles, ou avec les gens, le mouvement des gens, les rythmes, les métros... les gens qui désirent que quelque chose se passe dans le métro; le métro est rempli de sexualité, de romantisme, d'espoir, de gens qui désirent. Je le sens, c'est animal et rythmique, presque comme si tu dansais autour d'un feu.

 

Et pour en venir à l'Allemagne, la scène musicale allemande, vous connaissez un peu?

Pas vraiment. Juste en écoutant la radio dans la voiture, j'ai senti déjà combien c'était différent de la radio française. Il y a un groupe allemand, Can, des années 70 que j'adore. Et je sais qu'ici à l'époque, il y avait beaucoup de recherches assez expérimentales, le début des recherches électroniques. J'ai entendu beaucoup de choses aussi à propos de la scène actuelle, très techno, très électro, mais je ne la connais pas du tout.

 

Berlin? Une ville où vous vous verriez vivre?

La seule fois où je suis restée quelques heures à me promener dans Berlin, je me suis dis que je pourrais y vivre : « l'espace, ah! » Et puis en plus, apparemment, ce n'est pas très cher, il y a plein d'artistes, ils parlent anglais, et cette fois-là, il y avait une concentration de beaux mecs!

 

 

Propos recueillis par Anne-Sophie Subilia et Joyce Bacqueyrisses

 

 

 

Concerts le 25.03 à Hambourg (Prinzenbar), le 26.03 à Münster (Gleis 22), le 30.03 à Berlin (Roter Salon), le 31.03. Bielefeld (Kamp) et le 01.04 à Cologne (Prime Club).

Pour plus d'informations: www.fourartists.com

 

                                  








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