

Au fil des années, le “conflit israélo-palestinien” est devenu comme une expression figée dont on ne capte qu’une longue suite d’humiliations. Pourtant en ce moment, l’ONG Breaking the Silence lui rend sa dose de réalisme à la Willy Brandt Haus (siège du Parti Social-Démocrate), à Berlin.

Breaking the Silence est une organisation non gouvernementale formée de vétérans de l’armée Israélienne, en service depuis le début de la seconde Intifada*. Depuis 2004, ils ont pris l’initiative d’exposer au peuple israélien la réalité quotidienne des territoires occupés. Alors que cette réalité est bien connue des jeunes soldats et des officiers, la société israélienne continue de mener la politique de l’autruche et de nier l’idée que ces débordements puissent être commis en son nom. C’est à leur retour à la vie civile que les soldats constatent avec peine que la réalité qu’ils ont vécue en territoire occupé est passée sous silence jusque dans leur foyer. Aujourd’hui, leur nouvelle mission est de « briser le silence » afin que la société israélienne assume cette réalité.


Fait marquant de l’exposition: ce sont les vétérans israéliens qui guident le public dans la Willy Brandt Haus. Leurs témoignages soulèvent surtout la question suivante : qui sont les bons et qui sont les méchants ? En effet, les photos exposées témoignent de la routine d’une armée d’occupation, et avec elle de toute une série d’actes illégaux et contraires aux droits de l’homme, perpétrés par cette même armée. Les légendes des photos sont des extraits d’autres témoignages de soldats recueillis dans le livre « Our Harsh Logic: Israeli Soldiers' Testimonies from the Occupied Territories, 2000-2010 »**.

Un autre point central de l’exposition est que, à l’issu de tant d’années de conflit et de politique de la division, les deux peuples ne se connaissent guère. L’un ne serait qu’un terroriste potentiel, l’autre ne serait qu’un occupant hostile. Ils ne connaissent guère plus la langue ou la culture de l’autre, ce qui prêterait souvent à de tragiques malentendus.
Depuis 2004 et les débuts prometteurs de la campagne Breaking the Silence, l’ONG n’a encore jamais connu le retentissement qu’elle espérait… En Israël, l’initiative n’a pas manqué d’être critiquée par le gouvernement. Ce dernier, par le biais du Ministère des Affaires Etrangères israélien, aurait tenté de dissuader les créanciers majoritaires de l’ONG (entre autres l’Espagne, la Grande Bretagne et la Hollande) de continuer à financer ce projet sous prétexte que, selon un ancien officier Israélien : “un pays allié ne devrait pas financer les parties adverses. Nous ne sommes pas un pays du Tiers-Monde.” Action de propagande ou initiative humanitaire, les avis restent partagés quant à la campagne Breaking the Silence. Ce qui est sûr, c’est qu’elle ternit quelque peu l’image prestigieuse du Tsahal (armée Israélienne).

*Le conflit territorial et religieux s’est enlisé dans les années 2000 avec la deuxième Intifada.
** Les témoignages de quelques 800 soldats ayant servi dans la Bande de Gaza et en Cisjordanie, tous recueillis dans ce livre. « Our Harsh Logic: Israeli Soldiers' Testimonies from the Occupied Territories, 2000-2010 » est disponible en anglais aux Edition First.


Israël et son armée
Depuis sa création en 1948, l’Etat d’Israël a donné une place majeure à ses forces armées. En effet, elle était le symbole de la défense du peuple juif israélien ainsi que l’accession de ce peuple à un territoire. En somme, l’armée a permis à des millions de juifs de créer et défendre leur Nation.
Son rôle a évolué à partir de 1967 (Guerre de Six Jours) : avec l’extension du territoire israélien, l’armée de défense est devenue un armée d’occupation et de contrôle des populations locales (soit 4millions de palestiniens). Cette annexion stratégique de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza avait bien soulevé la question de la reconnaissance de la citoyenneté des palestiniens ; 45 ans plus tard, ces derniers ne jouissent toujours d’aucun droit.
Après 20 ans d’occupation, la population palestinienne se soulève en 1987, plus connu sous le nom de Première Intifada ou « Guerre des Pierres ». Le conflit se stabilise en 1995 avec le Traité de Paix d’Oslo, et le territoire est divisé en trois zones (dont deux sous contrôle palestinien). Dès lors, le régime israélien a une influence considérable sur la vie des palestiniens appartenant à la « Zone C » : contrôle des propriétés, de l’eau, de l’électricité, des infrastructures, mais aussi plus de 4800 démolitions depuis 2000.

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Plus d'infos
OU/QUAND?
Jusqu'au 29/09/2012
Willy Brandt Haus, tlj sauf lundi, 12h-18h, entrée gratuite
www.willy-brandt-haus.de/cms/beitrag/1003769/111900/
Wilhelmstraße 140 - 10963 Berlin / U-Bahn Hallesches Tor
Breaking the Silence www.breakingthesilence.org.il
Medico International www.medico.de/blogs/medico-hausblog/2012/09/18/315/
Arte www.arte.tv/fr/israel-des-temoignanges-genants-pour-le-tsahal/6934464.html
www.arte.tv/fr/israel-armee-les-photos-du-scandale/3379930.html
Laura Berger
27/09/2012