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|  L'unique photo de ce match si particulier.
Photo: Laffont.
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Alors que le championnat d’Europe des nations s'est achevé avec la victoire de l’Espagne à Kiev. Au moment où l’on entend des débats sur l’absurdité ou non des primes versées aux footballeurs. Il fût également un match joué à Kiev, où l’enjeu n’était pas commercial, mais la tentative de démontrer une supériorité raciale pour les uns, et l’occasion de laver, ne serait-ce qu’un instant, l’humiliation subie quotidiennement de la part de l'envahisseur. Remettre en cause la domination nazie pendant 90 minutes. Gagner à en mourir: une histoire racontée dans le livre de Pierre-Louis Basse, grande figure du journalisme sportif, homme de radio devenu écrivain,.

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 Pierre-Louis Basse
Photo: Laffont.
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Nous sommes encore loin de la première édition de l’EURO en 1964. Un après-midi d’été. Le 9 août 1942. En plein milieu de la seconde Guerre Mondiale. L’Ukraine est alors occupée par l’armée nazie. Le Dynamo Kiev avait été disloqué. Il y eût un match qui ne s’inscrit dans aucune « compétition », pas plus que de trophée à gagner. Une affaire de propagande dont le but est de montrer ou de démontrer quelle est la race supérieure. D’un côté les meilleurs joueurs de la Wehrmacht, de l’autre une équipe montée par un patron d’usine, qui avait embauché d’ancienne gloires du Dynamo, et les fit rejouer au football : le FC Start. D’un côté des joueurs repus, de l’autre des joueurs qui ont seulement réussi à avoir un peu de pain et d’eau avant le coup d’envoi.
L’équipe enchaîne les victoires, ce qui pousse les dirigeants nazis à vouloir confronter les deux équipes pour montrer que, même la meilleure équipe ukrainienne ne fait pas le poids face aux joueurs allemands. En cette journée lourde du mois d’août, les gars du FC Start se doutent du sort qui leurs sera réservé s'ils gagnent ce match. L’auteur commente ce match invisible, dont la seule trace visuelle restante est une photo prise quelques minutes avant le coup d’envoi. C’est la sélection allemande qui ouvre le score, à la suite d’une grossière faute que l’arbitre dédaigna siffler. Les Ukrainiens reprennent l'avantage grâce à Kuzmenko et Goncharenko . 2-1 à la mi-temps. Après être félicité par le patron de la ligue ( organisateur de la rencontre), il leur est demander de lever le pied pour permettre à l’adversaire de gagner. Mais comme le décrit si bien l’auteur dans son essai, la jeunesse et la fougue de cette équipe les empêche d’accepter le déshonneur de laisser filer une partie qu’ils peuvent remporter. Ils vont le gagner ce match. Ils n’oublient pas à ce moment là toutes les humiliations subies. La restriction. La faim. Score final 5-2. Le match est fini. Les joueurs saluent les supporteurs. Ceux ci exultent de cette victoire de courte durée.

"Je crois bien qu'il était temps de siffler la fin de la partie"

Dans cet essai, il est question de ce match, mais plus encore de football et de résistance. Sans oublier les massacres de Babi Yar de 1941. L’auteur parle de cette culture du football, du communisme. Cette victoire reprend toutes ces thématiques, et finira à Syrets, camp jouxtant Babi Yar. Neuf jours après leurs défaite, les autorités allemandes arrêtent les joueurs à l'usine même où ils travaillent. Ces derniers se voient conduire au camp, certains seront immédiatement exécutés.
A travers ce livre, Pierre-Louis Basse conte en peu de caractères beaucoup de souvenirs. Utilisant volontiers l'emploi de la première personne, il fait vivre au lecteur son exploration temporelle à la recherche de cet après-midi. Quasi- autobiographique, l'auteur revient sur son enfance, sa famille ainsi que sur les matchs qui l'ont fait rêver.
Gagner à en mourir. Cela dépasse le jeu ou une simple victoire. Il n’est pas simplement question de gagner, mais de vivre. Vivre à en mourir. Un recueil émouvant, un éloge à la résistance, où la dignité ne se vend pas. « Une histoire de dribleurs fous et insouciants qui avaient préféré la mort à un match arrangé »

Yacine Amenna
02.07.2012

Gagner à en mourir
de Pierre-Louis Basse
chez Robert Laffont
paru en avril 2012
145 pages